Lune en Capricorne

capricorne

Après Mars en Balance, penchons-nous sur une autre position d’exil. Qu’obtient-on quand la planète de l’enfance, luminaire donneur de vie et de confort, dans le signe de la vieillesse, de la sécheresse et de la responsabilité? Pas besoin d’être grand clerc pour deviner le résultat: la Lune en exil en Capricorne, comme en chute dans le Scorpion, écrase tout le reste du thème en coupant la source de vitalité et de joie de vivre du natif. Au programme: sens accru des responsabilités et de l’ambition (Napoléon Bonaparte), au prix d’une sensibilité étouffée et d’un tempérament soit froid et dépourvu d’affect (François Hollande) soit mélancolique, pour ne pas dire dépressif (Tim Burton et son esthétique torturée). Cet aspect est d’ailleurs plus fort chez les hommes, ayant naturellement plus de mal à vivre leur sensibilité. Au féminin, si cette position fait les femmes politiques (Marine Le Pen), elle semble être plus facile à vivre au quotidien (Theresa Tallien, à la fois « reine » du Directoire et chef de file des Merveilleuses). Après tout, la Lune est peut-être en exil dans le Capricorne, mais reste en domicile chez ces dames.

Mais pour bien comprendre cette position, il faut déjà voir que le domicile de la Lune est le signe du Cancer. Pour les anciens, notamment Ptolémée, il s’agit avant tout d’un signe humide, caractère voué à la nutrition et à la protection. Mettons-nous dans le contexte: l’astrologie occidentale fut inventée par des civilisations méditerranéennes, vivant dans des milieux très secs, avec une tendance à l’aridité. Babylone et l’Égypte étaient plus vertes qu’aujourd’hui, mais néanmoins bordées de déserts. L’eau y était précieuse, et la présence d’eau sous forme d’oasis, de rivière ou de nappe phréatique protégeait les êtres vivants, à commencer par les végétaux, de la sécheresse. Or, le Cancer, précisément, est un signe d’eau, qui plus est, de modalité cardinale, c’est à dire un « socle » élémentaire. Cette idée double de socle et d’eau est probablement le mieux exprimée par le dieu sumérien Ea/Enki, dieu des eaux souterraines: la présence d’une telle réserve d’eau garantit que, même par forte chaleur, la terre reste toujours humide et fertile, les eaux remontant alors constamment à la surface par capillarité. C’est pourquoi ce dieu était considéré comme créateur, source de vie et protecteur des hommes.

Enki

Le signe du Cancer reprend cette symbolique, étant domicile de la Lune (planète humide de nutrition) et exaltation de Jupiter (planète humide de protection). Symbole de la famille, du foyer, de la sensibilité, il est le jardin secret, le lieu intime de ressourcement; il manifeste pleinement la fonction lunaire du puer aeternus, l’enfant divin source de vitalité, avec pour conséquence d’être parfois régressif et émotif. A l’inverse, le Capricorne est le signe cardinal de terre, qui figure un rocher inamovible. Domicile de Saturne, c’est un signe de sécheresse, de maturité et de responsabilité, au risque d’être parfois froid ou cassant.

Or, comme d’habitude en astrologie, les signes opposés du Cancer et du Capricorne sont intrinsèquement liés comme le yin et le yang, et il est significatif que le capricorne sumérien soit justement associé à Enki. Dans un sens, le Cancer est le signe de l’enracinement et, correctement « nourri » par la Lune, il devient un signe de stabilité et d’endurance digne de son opposé saturnien: c’est notamment le signe traditionnellement associé à la lutte. Réciproquement, si le capricorne érige souvent des barrières, comme la « forteresse intérieure » des stoïciens, c’est pour fortifier leur propre sensibilité; soit dans le sens d’un isolement, soit, au mieux, de façon à la rendre imperméable aux coups de la vie. Le jardin intérieur peut donc soit n’être accessible que dans la plus stricte intimité, soit, quand la leçon d’endurance du signe est mieux intégrée, s’afficher crânement au yeux de tous, au mépris du qu’en-dira-t’on. C’est le cas par exemple de Lemmy Kilmister, emblématique leader du groupe Mötörhead et Capricorne ascendant Capricorne, dont la personnalité et la musique n’ont pas changé d’un iota au fil des modes; ou encore de certains psychothérapeutes qui collent des marcassins partout sur leur blog.

lemmy-kilmister

Un look à la fois moderne et consensuel

Bref, voici la clé pour comprendre la Lune en Capricorne: quand la planète se manifeste au sein du domicile de Saturne, c’est par le biais de ce reflet Cancer au sein d’une « forteresse intérieure » qui la protège mais peut l’emprisonner. Pour éviter cela, deux solutions:

– soit vivre pleinement la dimension sociale du signe, avec sa part de responsabilité: c’est Saturne, exilé sur Terre par Jupiter, qui amène l’âge d’Or.

– soit chercher à renforcer la sensibilité, à permettre de l’assumer pleinement: c’est Isis (Saturne) reconstituant Osiris (la Lune) coupé en morceaux pour le ressusciter.

Ces deux voies ne sont pas incompatibles, et sont peut-être même complémentaires. La première peut mener à une fuite en avant dans la maitrise, et mener à sauver les autres sans pouvoir se sauver soi-même. La deuxième peut risquer un certain égoïsme, mais, surtout, elle est plus compliquée à mettre en œuvre. Bref, à savoir doser en fonction des cas individuels.

En tous cas, il faut bien voir que, si Saturne le « grand maléfique » recherche la maturité, cela ne signifie certainement pas l’ennui ou la gravité. Au contraire, l’humour est un trait fréquent du capricornien; peut-être parce qu’on ne rit jamais de bon cœur que dans les cimetières, comme disait Pierre Desproges (Lune en Capricorne), mais aussi parce que le côté intemporel du signe (et de la planète) joue à double sens: le saturnien nait vieux, et vieillit jeune. Chez lui, jeunesse et vieillesse ne se succèdent pas: elles cohabitent en permanence.

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Le trois fois grand

temple-philae

 

J’étais dans ma cellule, dans cette boîte en carton vide et fausse, où je tournais en rond. Je ne voyais pas le jour, ni ne sentais le vent. Le monde extérieur ne filtrait qu’à travers mon imagination, mais en ce lieu, hors du temps et de l’espace, il n’existait pas encore. Il ne me restait, pour m’échapper, que la sortie par le haut. Le retour à la source vive, là où tout commence et finit. Alors j’ai prié.

Il y eut une clameur, un bruit de tonnerre, et une colonne de poussière comme une trombe d’eau apparut. L’ange se tenait au milieu, sa silhouette dessinée dans la nuée et parcouru d’éclairs. Il m’adressa la parole:

« Mes frères du chœur des Trônes ont entendu ta requête et m’envoient vers toi. Est-ce bien vrai que tu recherches l’entrée au Saint des Saints? Le monde où le Seigneur a fait reposer son Nom dans la Création?

– Oui, c’est moi.

– Bien. Tu sais donc que seule une âme d’enfant peut y parvenir.

– C’est vrai, mais justement…

– Oui, je sais, tu veux que je t’aide. Eh bien soit, prends ma main. »

J’obéis, et aussitôt, la colonne de poussière se met à s’accélérer et à enfler, jusqu’à m’englober entièrement. Maintenant le vent se calme, découvrant une mer de sable, parsemée de ruines de granit. Je suis en Égypte. L’ange se tient à côté de moi; ce n’est toujours qu’une silhouette, mais il est désormais composé de lumière dorée. Il m’invite à partir.

 

Je ne vais pas bien loin; très vite, je tombe sur un petit garçon. Maigre, il est vêtu d’un simple pagne élimé. Il transporte quelque chose, caché aux creux de ses bras, d’un air de conspirateur.

« Bonjour, lui dis-je.

– Bonjour, me répond-il avec un grand sourire »

Ma curiosité me pousse à regarder ce qui ‘il porte, et, s’en rendant compte, il me montre de bon cœur son trésor. Des tablettes d’argiles, couvertes de hiéroglyphes.

« J’ai trouvé ça dans les vieux temples abandonnés. Avant, il y avait des magiciens et des devins là-bas, mais maintenant la Lumière s’est cachée et c’est devenu difficile de la voir. Ils avaient écrit des tas de choses, mais plus personne ne s’y intéresse, c’est dommage.

– Ah? Mais toi, tu comprends ce qu’ils disent? Tu arrives à lire?

– Un peu. Mais la Lumière aime qu’on s’intéresse à elle, alors quand je lis, elle revient un peu.

– Oh, je vois.

– Oui! Et après, je vais tout comprendre ce que faisait la Lumière avant, et j’en saurai plus que tout le monde. Du coup, Pharaon m’invitera à sa cour, et fera de moi le Grand-Prêtre! Et j’habiterai dans un beau palais, avec du marbre et de l’or partout! Même si ce ne sera jamais aussi beau que dans les temples d’avant, quand c’était la Lumière elle-même qui décorait tout. »

 

Son enthousiasme est contagieux, mais malgré ça, je ne peux n’empêcher de demander: « Et si tu n’y arrives pas? »

Lui, réfléchit une seconde, l’air concentré, mais hausse les épaules bien vite.

« Bah, au moins, j’aurais bien joué! »

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Puer aeternus

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Hier soir, je me suis remis à parcourir le blog officiel de Jodorowsky. Au milieu de choses mignonnes mais parfois un peu superficielles à mon goût, on trouve parfois des idées intéressantes. Par exemple, j’étais parti pour me renseigner sur sa théorie de la psychogénéalogie, et, outre les infos que je cherchais, j’ai aussi trouvé du grain à moudre sur un concept qui me taraude depuis pas mal de temps: l’Enfant Divin, parfois aussi appelé enfant intérieur (notamment par les psychothérapeutes qui l’utilisent)

J’en avais surtout entendu parler dans le cadre de la psychologie de Carl Gustav Jung, aussi appelée psychologie des profondeurs. L’Enfant Divin y est un archétype, c’est à dire une fonction de la psyché douée d’autonomie, similaire aux complexes freudiens (dont Jung est co-inventeur). On en compte plusieurs, dont le Moi; or, celui-ci est le siège de la conscience. Il peut donc être tout à fait ignorant des autres archétypes, qui se comportent alors comme des personnalités cohabitant, plus ou moins pacifiquement, avec nous, c’est à dire notre Moi. L’Enfant Divin est considéré par Jung comme lié à l’archétype du Soi, l’idéal du Moi, dont le rôle est de guider la personnalité vers la réalisation totale de son potentiel; mais aussi à l’archétype du Fripon, le tricheur sacré, chargé de nous faire sortir de notre zone de confort. Il désire jouer et profiter de la vie, et on le voit surtout apparaître quand il se sent maltraité, c’est à dire quand nous sommes trop sérieux à son goût. On peut alors soit  le consoler par la distraction, le jeu, les plaisirs de la vie (c’est ce qui me semble être la voie suivie par les thérapies centrée sur l’enfant intérieur), soit suivre pleinement ses conseils. Il agit alors en germe du Soi, poussant le Moi dans la direction de la réalisation; un peu comme dans les comédies feel good américaines qui encouragent à « croire à ses rêves » en bon stakhanoviste du développement personnel, mais avec un résultat plus mature.

Car, évidemment, les caprices de l’Enfant Divin ne sont pas forcément adaptés à nos moyens et aspirations adultes, ainsi qu’aux desiderata des autres archétypes. Ce n’est qu’une graine, chargée de donner une première impulsion vers le véritable objectif, le Soi. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean 12:24).

Cependant, tout ça ne me semblait pas bien coller. Ce rôle, aussi vital qu’il paraisse, ne semble guère plus qu’un mélange entre le Soi et le Fripon, qui pourrait, qui sait, remplacer l’un ou l’autre au gré des cas cliniques. Et de plus, le fait qu’une structure de la personnalité, présente à l’âge adulte, soit destinée à disparaître et à se taire, me choquait. Qui plus est, je me posais des question sur la signification de la Lune en astrologie; souvent considérée comme féminine, il me semblait que l’archétype androgyne de l’Enfant Divin lui convenait mieux. En effet, le Soi, archétype androgyne, est associé au Soleil (lui-même généralement associé au masculin), et, dans la Kabbale, les deux luminaires sont sur le pilier central, androgyne, de l’arbre des Sephiroth (Soleil-Tiphereth, Lune-Yesod). Mais associer une planète à un archétype flou et à durée de vie limité serait peu pertinent.

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J’en étais donc là de mes questionnements quand je parcourrais le blog de Jodo, qui m’a présenté une idée nouvelle: que c’est l’enfnt divin qui est responsable des maladies. Oui, toutes. C’est à dire que, pour lui, toutes les maladies sont avant tout des symptômes de maladies psychologiques, des somatisations en somme. Et de même, certains accidents seraient des actes manqués, voire des tentatives de suicide déguisées. Si je ne suis pas convaincu que l’on puisse généraliser à ce point, les troubles somatoformes et les actes manqués existent certainement, et le concept de bénéfice des maladies psychiques est bien connu. Tout cela ressemblerait bien à un enfant cherchant à se faire dorloter. Mais j’en retiens surtout le concept de l’Enfant Divin comme archétype psychique contrôlant les énergies du corps. Ce qui est, bien probablement, son rôle désigné: l’archétype interface entre corps et esprit, naïf, spontané et exigeant comme le corps, mais capable d’un minimum de verbalisation.

En effet, l’Enfant Divin a déjà une longue histoire.  Ovide a inventé la locution puer aeternus pour désigner, à la base, Bacchus/ DIonysos; puis elle fut étendue à d’autres dieux de jeunesse éternelle et, surtout, de mort et résurrection: Attis, Osiris, ou encore Adonis. Or, le concept de mort et résurrection a été souvent attribué au Soleil, donc aux dieux solaires, mais aussi au Soi. D’une part, le dieu des morts Osiris ainsi que Dionysos, opposé par Nietzsche au très solaire Apollon, ne me semblent pas pouvoir facilement représenter l’astre du jour. D’autre part, comme on l’a vu, l’Enfant Divin est un potentiel du Soi, mais pas le Soi lui-même. Et c’est là qu’intervient un autre aspect de ces pueri aeterni: contrairement aux dieux solaires (volontiers rois, guerriers ou intellectuels), ce sont tous des divinités chtoniennes, liées à la fertilité ou au monde des morts, comme l’est souvent la Lune elle-même. Qui plus est, la Lune est exaltée en Tareau, signe par excellence de la fertilité. Enfin, sur l’Arbre des Séphiroth, Yesod-Lune est au contact avec Malkut-Terre, le monde physique, alors que Tipheret-Soleil ne l’est pas.

Il semblerait donc bien qu’il y ait au moins deux sortes de divinités de mort et résurrection, les solaires et les lunaires, toutes deux représentatives du Soi, toutes deux associées à des luminaires célestes, toutes deux sur le pilier central de l’arbre de vie, renforçant alors une unicité qu’il ne me semblait pas trop avoir, du moins dans la tradition hermétique. Reste à savoir ce qu’il en est pour l’idéal humain par excellence: Jésus-Christ.

Eh bien, tout simplement, il est les deux à la fois. Adulte, prêcheur et imprécateur, et sur la Croix, il est une divinité solaire, comme cela a souvent été remarqué (y compris par Jung). Mais on remarque qu’il est aussi très souvent représenté sous forme d’enfant; sous cette forme, Enfant Roi, et sous la forme de l’Agneau sacrificiel (comme l’est le Taureau astrologique), il est puer aeternus, force de vie et de fertilité éternelle.

Enfant, agneau, qui sera sacrifié le premier? Vote par SMS au 33666!

Adoration des Bergers, Lorenzo Lotto