L’Âge d’Or

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Mes biens chers frères, comme vous le savez certainement, nous sommes entrés dans le temps de l’Avent, qui prépare la naissance du Christ à Noël. Cependant, vous savez certainement aussi que cette fête a des origines païennes. Fête du Soleil Invaincu (pour marquer le solstice d’hiver) avant la conversion de l’Empire Romain au christianisme, on y célébrait, encore auparavant, les Saturnales (après tout, le Soleil entre alors dans le signe du Capricorne – domicile de Saturne). La statue du dieu, recouverte toute l’année de lourdes chaînes de plomb (métal associé à la planète), en était alors libérée pour la semaine précédant le solstice, et un carnaval similaire à notre mardi gras envahissait les rues: festivités, farces et même une liberté temporaire vis à vis de l’ordre établi. Mais écoutons le principal intéressé:

Ma puissance se borne à sept jours : ce temps écoulé, je redeviens simple particulier, comme qui dirait un homme du peuple. Mais, durant cette semaine, il ne m’est permis de m’occuper d’aucune affaire soit publique, soit privée. Boire, m’enivrer, crier, plaisanter, jouer aux dés, choisir les rois du festin, régaler les esclaves, chanter nu, applaudir en chancelant, être parfois jeté dans l’eau froide la tête la première, avoir la figure barbouillée de suie, voilà ce qu’il m’est permis de faire. Mais les grands biens, la richesse, l’or, c’est Jupiter qui les donne à qui il lui plaît.[…]

Jupiter fait aller le monde avec mille tracas, à l’exception de quelques jours, où il me rend la royauté aux conditions que je t’ai dites, et je reprends le pouvoir, afin de rappeler aux hommes comment on vivait sous mon empire. Tout poussait alors sans soins et sans culture : point d’épis, mais le pain tout préparé et les viandes tout apprêtées ; le vin coulait en ruisseaux ; l’on avait des fontaines de lait et de miel ; tout le monde était bon et en or. Telle est la cause de mon empire éphémère : voilà pourquoi ce n’est partout que bruit, chansons, jeux, égalité parfaite entre les esclaves et les hommes libres ; car, sous mon règne, il n’y avait pas d’esclaves.

Lucien, Saturnales

Cet « empire » passé, c’est l’Âge d’Or de l’antiquité romaine, période où Saturne est exilé sur la Terre après avoir été vaincu par son fils Jupiter (du moins selon les versions les plus connues, mais Lucien ne semble pas de cet avis). Il règne alors, en compagnie du roi Janus qui l’accueille. En remerciement, le dieu lui offre un deuxième visage, avec le pouvoir de voir le passé et l’avenir.

Cette association entre Saturne et une forme d’ivresse collective semble bien rappeler le lien du dieu ( et de sa planète) au caractère mélancolique, dont je parlais précédemment (et dont Aristote disait qu’il était similaire à l’action du vin). Quant à l’Âge d’Or lui-même, et à sa manifestation annuelle, il me semble bien qu’il faille y voir l’archétype mythique du kairos, du temps de l’occasion.

En effet, comme je le faisais remarquer tantôt, le monde antique était livré à la fatalité. On ne rigolait pas forcément tous les jours, et la vie avait une dimension tragique. Heureusement, tout n’était pas absolument figé. Aristote explique, par exemple, que si le monde des corps célestes (au delà de la Lune) est complètement ordonné et prévisible, le monde terrestre (sublunaire) l’est moins, ce qui ménage aux hommes une chance de changer le cours des choses. Or, le cours des événements étant dicté a priori par la fatalité, le kairos est le temps durant lequel une possibilité nouvelle, permettant un choix réel, apparait. Une croisée des chemins, ce qui ce dit en grec: krisis.

Il s’agit donc en fin de compte de faire mentir la destinée, et, par là même, de renverser l’ordre établi. Or, nous venons de voir, il s’agit précisément de la spécialité de Saturne. Et c’est bien ce que semble lui faire dire Lucien:

LE PRÊTRE. […] je voudrais bien savoir quels sont les biens que tu peux m’accorder.

SATURNE. Ils ne sont ni médiocres, ni à dédaigner, même en les comparant au pouvoir absolu, à moins que tu estimes peu de chose de gagner au jeu, de voir le dé des autres amener l’unité, tandis que tu retournes toujours le six. Que de gens ne mangent à leur appétit que grâce à ce dé propice ! Combien d’autres se sont sauvés tout nus du naufrage, pour avoir échoué contre l’écueil de ce dé ! Et puis quel plaisir de boire à son gré, de passer dans un festin pour le plus habile chanteur, de faire plonger les servants dans un bain d’eau froide pour expier leur maladresse, de s’entendre proclamer vainqueur, de recevoir des saucisses pour prix ! Et puis encore être choisi pour roi à l’unanimité par la puissance des osselets, ne subir aucun commandement ridicule et les imposer aux autres, obliger l’un à se dire tout haut des injures, un autre à danser nu, à faire trois fois le tour de la maison en portant une danseuse dans ses bras : ne vois-tu pas là des preuves de ma munificence ?

Et voici qu’ensuite la notion d’occasion apparait:

Si tu te plains que cette royauté est feinte et éphémère, tu es un ingrat, puisque, tu le vois, moi qui accorde ces privilèges, je n’ai qu’un empire de courte durée.

On le voit bien: les Saturnales elles-mêmes, souvenir de l’âge d’or, sont un kairos, et le mélancolique, c’est à dire le suivant de Saturne, est l' »homme du kairos, de la circonstance », comme le dit Aristote.

Le kairos est aussi associé à un temps hors du temps, paradisiaque, dans le Nouveau Testament, où il est le mot désigné pour signifier l’arrivée du Royaume des Cieux, comme dans l’Évangile de ce dimanche, mes biens chers frères (Marc 13, 33-37):

En ce temps là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand ce sera le moment [GR: kairos]. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

(Bon, je triche, j’avais eu vent de cette référence il y a déjà plusieurs jours, sur un livre pas franchement d’actualité. Mais bon, voilà un bon exemple d’occasion saisie au vol)

Cet exemple est parlant, car elle nous permet de mieux percevoir ce qu’est le kairos. En effet, dans le christianisme, Dieu est la source de toute existence, ce qu’Aristote appelait le moteur immobile du monde (l’identification ayant été faite par saint Thomas d’Aquin). Les hiérarchies célestes et l’homme, dans ce cadre sont alors des moteurs mûs, c’est à dire qu’ils agissent dans le monde à conditions d’être eux-mêmes reliés à et entrainés par le moteur premier. Or, c’est précisément ce lien qui est rompu par le péché originel, l’homme devenant ainsi simple mobile, jouet des forces du monde mais sans prise sur elles.

L’œuvre du Salut consiste précisément à rétablir ce lien, pour que l’humanité redevienne partie prenante de l’ordre du monde, grâce à la communion au Christ. Et c’est bien cette communion qui prend place lors de la « venue du maître » dont parle l’évangile. Un tel évènement est donc bien d’un kairos similaire à celui des Romains, d’une fenêtre sur un Âge d’Or, à la différence près qu’il est orienté vers l’avenir et non pas le passé: c’est un kairos eschatologique, porteur d’espérance, et non pas de nostalgie. Il peut s’agir de la parousie, mais pas seulement: ce peut être des moment des grâce, durant lesquels Dieu parle de manière toute particulière, promettant de grandes grâces à ceux qui savent écouter.

Quelles sont donc les conditions pour saisir le kairos? Le caractère mélancolique, apparemment: permettant le détachement, il évite de se laisser entraîner par l’écume des choses, et de sentir les instants réellement exceptionnels. Facteur de gravité, c’est à dire de poids dans les actes et de concrétisation (la bile noire était l’humeur liée à l’élément de terre, c’est à dire de la matière et de la condensation), elle permet de plaquer au sol le petit génie ailé du kairos, en donnant l’impulsion et la force d’agir.

Mais ce n’est pas tout. N’oublions pas que Saturne était accompagné de Janus, l’homme aux deux visages, incarnation de la vertu de prudence (phronesis), c’est à dire du bien agir. Mais j’en parlerais peut-être un autre jour; il se fait tard.

Chamanisme et théorie de l’information

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En fouinant dans les livres ou blogs d’occultisme, je vois régulièrement parler de « voyage chamanique », ou de « voyage astral », une expérience qui peut s’apparenter à un rêve lucide permettant d’explorer d’autres « mondes », à la différence près que le phénomène s’accompagne souvent d’une impression de sortie de l’esprit hors du corps. On peut par exemple avoir l’impression de voir son propre corps, comme lors des expériences de mort imminente.  Évidemment, tous les témoignages ne sont pas fiables, mais bon, pourquoi pas? En tous cas, votre serviteur n’est pas allé jusque là, s’étant contenté du bête rêve lucide, en m’inspirant non pas des rayons new-age des librairies, mais plus prosaïquement des techniques de Carl Gustav Jung: le dialogue intérieur et l’imagination active.

Ces deux techniques sont similaires: à partir d’informations de base issue des rêves, il suffit de commencer par un effort d’imagination puis de se laisser porter. Le dialogue intérieur vise à prendre contact avec les archétypes jungiens, fonctions de la psyché apparaissant sous forme anthropomorphe: ce sont souvent les personnages principaux des rêves. Il faut d’abord considérer le personnage en question comme un interlocuteur, et lui poser des questions, puis imaginer ce qu’il pourrait répondre. Au fil du temps, un réel dialogue s’engage. Quand au rêve lucide, il peut reprendre complètement le rêve, ou partir d’un seul élément. L’imagination essaie de faire évoluer les personnages impliqués, les événements en cours jusqu’à ce que que tout commence à se dérouler de façon naturelle. Dans les deux cas, il faut parfois essayer plusieurs options, pour voir lesquelles fonctionnent ou pas. Cela peut sembler arbitraire, mais les romanciers ou scénaristes, qui travaillent en fin de compte d’une façon similaire, le disent bien: quand un personnage devient réellement vivant, le créateur en perd parfois le contrôle. Certaines de ses actions deviennent évidentes, tandis que d’autres deviennent impossibles.

Mais pour cet article, je vais m’intéresser à un autre sujet, qui n’aura pas échappé au lecteurs tatillons: quand le but recherché n’est pas la création artistique mais la connaissance (ce qui est le cas des méthodes jungiennes comme des techniques occultes), comment savoir où s’arrêtent l’imagination et les vœux pieux et où commence l’information réelle? Pour ma part, j’ai utilisé, justement, des concepts issus de la théorie de l’information. En effet, si je discute avec une figure « imaginaire », je devrais a priori faire les questions et les réponses, et ses répliques ont peu de chance de dévier de ce que j’attends. Or, en pratique, il arrive justement de se retrouver avec des réponses inattendues. Or, précisément, la quantité d’information donnée par un événement est d’autant plus élevée qu’il est improbable. En langage courant: c’est l’étonnement qui témoigne de la valeur d’une information. Du coup, tant que je suis étonné, je peux continuer: je sais que je suis sur la bonne voie.

Cela peut apparaître basique, et effectivement, nous procédons souvent comme cela au quotidien. Mais en avons nous conscience? Car au contraire, on a parfois tendance à écarter les affirmations ou événements trop étonnantes; peut-être justement parce qu’elles nous donnent plus d’information que nous aimerions en avoir. En tous cas, vu le nombre de fois où les scientifiques plaisantent sur leur habitude de masquer les expériences qui ne vont pas dans le sens de leurs théories, l’étonnement semble mal parti pour être un moteur de la recherche!

Victoire par chaos

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Quelques psychologues de magazine ont cherché à décortiquer le thème d’une personnalité aussi en vue que notre cher président (même avant son accession à la magistrature suprême, d’ailleurs) avec des résultats mitigés: globalement, personne n’a semblé arriver à en dire grand’chose; trop normal, peut-être. Des astrologues se sont penchés sur la question, sans forcément apporter de grandes lumières à la question. J’en ai même trouvé une sur le net qui, tout en indiquant les date et heure de naissance correctes, a réussi à ne pas analyser le bon thème; c’est dire (genre deux bonnes années d’écart). Au reste, même si c’est hors sujet, je tiens à rétablir la parité en signalant cet astrologue, mâle, que j’ai vu affirmer avec aplomb que Manuel Valls, né en plein mois d’août, était donc natif du Cancer, alors que la première coiffeuse venue sait bien qu’il s’agit de la période du Lion.

Bref; déjà, comme j’imagine que tous mes lecteurs ne savent pas de quoi je parle, un thème astral est un « cliché » du ciel tel qu’il était à la naissance d’une personne. Il dépend donc du lieu, de la date et de l’heure de naissance; on y retrouve les positions des planètes dans les signes (le tout désigné par des glyphes), ainsi que l’Ascendant, qui dépend de la position de l’horizon par rapport à la roue des signes. A ces données brutes s’ajoutent ce qu’on appelle les aspects, c’est à dire les conjonctions (planètes voisines qui se retrouvent liées de facto), indiquées par de petits cercles; aussi, les angles remarquables (30°, 60°, 90° et 180° principalement) que forment les planètes entre elles, indiqués par des segments colorés. Voici donc celui de notre intéressé:

Alors oui, du coup, c’est un peu dur à lire au début. On peut y voir, déjà, les liens avec des parents, que les psys ont pu évoquer, mais également bien d’autres choses:

  • Rapport difficile mais structurant avec le père: Soleil (paternité), conjoint Pluton (puissance et conflit) en Lion (goût du spectacle, utile en politique!)
  • Relation plus propice avec la mère, qui l’oriente vers le socialisme: Jupiter (réussite et chance) en Cancer (famille maternité), signe où la planète est exaltée (gain de force)
  • La Manif Pour Tous appréciera le fait que Jupiter soit ici conjointe à Uranus en Cancer, ce qui peut se traduire par: la réussite (Jupiter) est liée à une révolution (Uranus) de la famille et des traditions (Cancer)
  • L’orientation politique se traduit par la recherche de responsabilités: Lune (planète maîtresse du cancer) en Capricorne (maturité, responsabilités). La lune est ici en exil, c’est à dire au minimum de force, ce qui peut impliquer une certaine sécheresse, ou un gros poids des responsabilités
  • Et le tout se traduit en énergie active: Mars (planète de l’action) en Sagittaire (signe dominé par Jupiter); Sagittaire qui est aussi le signe de l’étranger au sens large, ce qui est de bonne augure dans un parti qui courtise les descendants de l’immigration.
  • On voit également une conscience aigüe des forces en action dans l’arène politique: Saturne (sagesse, prudence) en Scorpion (forces cachés).
  • Un sens de la séduction (si si, il en faut bien pour réussir en politique) donné par Vénus (rapports sociaux, charme) en domicile (maximum de force) en Balance (diplomatie, éloquence).
  • Enfin, un Ascendant Gémeaux, signe de l’intellect et de l’humour, qui peut expliquer sa réputation de grande intelligence et son fameux goût des petites phrases assassines.

Mais un point qui me semble particulièrement intéressant est la concentration de plusieurs aspects sur Lilith, la lune noire. Cette entité astronomique n’est pas un corps céleste, mais le deuxième foyer de l’orbite de la Lune (le premier étant la Terre) et, si sa définition actuelle est relativement récente (1937), l’astrologue Hadès, notamment, lui reconnait une grande puissance. On lui attribue la représentation de l’inconscient personnel freudien, mais surtout de celui de Carl Jung: l’archétype de l’Ombre, le « jumeau maléfique » présent dans bien des mythologies ou même des histoires contemporaines (voir Dark Vador dans Star Wars). L’archétype jungien, évolution de la notion freudienne de ‘complexe’ (qu’il avait lui-même formulé alors qu’il était disciple de Freud) représente une fonction de l’inconscient qui, mal prise en compte, prend en quelque sorte une personnalité propre, une forme humaine avec laquelle il est possible de dialoguer, se qui se fait soit par dialogue intérieur, soit par projection sur un tiers. Et l’Ombre, parmi les archétypes, est celui qui sert de réceptacle à toutes nos tendances refoulées (pas toutes mauvaises, mais au moins immatures), ce qui fait de lui un « repoussoir »; l’Ombre fait peur, et attire, globalement, des réponses émotionnelles intenses.

Jung, non content de délimiter son rôle thérapeutique, note avec sagesse, son rôle dans les relations humaines: ainsi, souvent, la peur de l’autre est souvent la peur de notre propre Ombre. C’est la parabole de la paille qu’on voit dans l’oeil de l’autre sans voir la poutre dans le notre; comme le fait remarque Jung, les recommandations du Christ (mais aussi de l’Ancien Testament: « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Lévitique 19:18) ont pour effet de pacifier les rapports avec l’Ombre, donc avec nous-même.

Pour conclure ce large détour psychologique en astrologie (j’ai mis longtemps à me décider d’écrire cet article, tant le boulot à faire me fatiguait d’avance), le rapport à cet archétype est piloté par Lilith, selon différentes modalités représentées par les signe du Zodiaque, en particulier:

  • La « double personnalité » que l’on associe au Gémeaux (à la fois rieur et parfois sec et cassant), sans forcément l’expliquer: il s’agit d’un signe intellectuel, mais parfois superficiel, donc peu enclin à l’introspection. Or, une telle attitude, nous dit Jung, est le meilleur moyen de faire croître l’Ombre. En fin de compte le signe du Gémeaux peut amener à développer l’Ombre, mais sans s’en rendre compte (défaut d’introspection) car elle se retrouve projetée sur les autres. Ce signe étant associé aux adolescents, on retrouve la tendance de la jeunesse à trouver des « cons » partout, y compris chez les ados attardés que sont bien des caricaturistes (Cabu et ses éternels flics à moustache).
  • A l’inverse, le signe diamétralement opposé au Gémeaux, le Sagittaire, est celui de l’étranger: l’homme est en accord avec son ombre (le Sagittaire est mi-homme mi-cheval, c’est à dire qu’il accepte ses aspects inférieurs) et donc avec les autres, aussi différents soient-ils.
  • Enfin, la Balance, le signe de la négociation, est le deuxième signe d’air (c’est à dire d’intellect) après le Gémeaux; il illustre bien la nécessité, pour la maturité, de composer avec son Ombre. A un telle point que ce signe, vénusien, est le patron des arts, mais aussi de la paresse et de la lascivité: on finit par accepter ses pulsions inférieures sans faire de discrimination.

Voilà voilà. Bien. Revenons donc à notre natif qui a, justement, Lilith (dont le glyphe est un croissant de lune surmontant une croix) en Balance (en bas à droite) recevant des aspect de bien des planètes, et l’Ascendant en Gémeaux; deux positions de force pour Lilith, mais aussi les deux mécanismes psychologiques majeurs liés à l’Ombre: la projection, la négociation. Et, si l’on regarde bien, c’est là, dans ce rapport à l’Ombre qu’est tout le talent de François Hollande.

En effet, qu’est-ce que la gauche? C’est, depuis Mitterand, un outil avant tout idéologique visant à censurer toute idée adverse par la diabolisation, puis l’action en justice (la victoire importe d’ailleurs relativement peu, l’essentiel étant de faire perdre du temps et de l’argent aux cibles afin de leur faire passer le goût de recommencer). Ce travail incombe principalement aux nombreuses associations droitsdelhommistes anti-discrimination, qui sont autant de phalanges paranoïaques (par la force des choses) et hystériques, représentant parfois des sensibilités incompatibles, voire ennemies (l’islam ou le judaisme ne font pas bon ménage avec les revendications LGBT).  Et donc, François Hollande seul, au PS a su équilibrer ces tendances en leur évitant de s’entredéchirer. Par projection de l’Ombre, il concentre la haine de ses troupes sur des ennemis désignés, les « fachos », L’Eglise, etc, tandis que ses ennemis, eux, se concentrent sur de problème du musulman, de la féministe, de l’immigrant etc sans voir ceux qui se tiennent derrière. Puis, par négociation, il se fait l’arbitre entre les tendances et leur point d’équilibre (symbolique Balance). On le dit mou et inconsistant, ne sachant que rechercher le consensus; mais c’est précisément ce qui lui donne ce pouvoir sur ses troupes. Ce faisant, il a su mieux que personne marcher dans les pas de Tonton, qui pourtant le méprisait; comme disait l’autre, « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire » (Matthieu 21,42, en référence à Psaumes 118, 22).

Au vu de tout cela, il me semble urgent de chercher l’unité, d’insister sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare, afin de ne pas enter dans le jeu des projections. Car en fin de compte, comment croire que le « Grand Remplacement » des Français de souche par des immigrés soit l’urgence principale, alors que les musulmans s’allient à la Manif Pour Tous, et que les jeunes de banlieue suivent massivement le catholique pratiquant Dieudonné (lui-même pas franchement souchard) et le « catholicisant » Alain Soral? Comment ne pas voir que les causes des femmes et des homosexuels sont détournées par une minorité d’idéologues aux motivations douteuses, ni que la plupart des juifs sont pris en otages par certains membres de leur propre communauté, alimentant la peur du nazisme pour mieux servir leurs intérêts? Comment, enfin, ne pas voir le spectre maçonnique derrière tant d’athées et de laïcards de bonne foi?

Bref, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté; seul un vrai effort (parce que c’est dur, il faut bien l’admettre) de fraternité permettra de sortir de la toile tissée depuis trente ans par les faux prophètes. Et pour les cathos, peut-être faudra-t-il rappeler que l’oecuménisme et la tolérance ne sont pas des produits de la Nouvelle Théologie, puis de Vatican II, mais sont bel et bien ancrés radicalement dans les Écritures, car Pierre lui-même dit:

En vérité, je me rends compte que Dieu ne fait point acception de personnes mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. (Actes des apôtres 10, 34-35)