Le Grand Bénéfique

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En astrologie, il existe un facteur capable d’apporter de la chance: la planète Jupiter, surnommée « le grand bénéfique ». Accomplissant une révolution autour du Soleil en environ douze ans, elle reste dans chaque signe un peu moins d’une année. C’est assez long; c’est pourquoi elle compte particulièrement en des positions spécifiques (près de l’Ascendant ou du Milieu du Ciel, par exemple). Domiciliée en Sagittaire et Poissons, exaltée en Cancer, elle peut servir chez tout le monde de « porte-bonheur », y compris dans des signes d’exil (Gémeaux et Vierge) ou de chute (Capricorne). Associé au chef des dieux romains, elle symbolise la royauté, les honneurs et l’autorité. Mais on peut se demander légitimement comment elle les obtient; d’autant que le concept de « chance » est, au mieux, un peu hasardeux.

Pour commencer, un constat: les signes domiciles de Jupiter sont diamétralement opposées à ceux de Mercure (Gémeaux et Vierge, justement), ce qui fait des domiciles de l’un les positions d’exil de l’autre. Comme pour Mars et Vénus, on peut donc se dire qu’il s’agit de deux concepts opposés mais complémentaires. Or, les sens de Mercure st bien connu: il s’agit du moi conscient, du verbe, du commerce, et surtout de la pensée rationnelle. On peut en déduire que Jupiter pilotera plutôt la relation à l’inconscient, à l’émotion, à l’irrationnel, et, partant, au subliminal. Soit, deux pistes:

  • D’un côté jungien, Mercure représente le Moi conscient; Jupiter représente donc le pôle opposé, la fonction de relation avec l’inconscient: animus chez la femme, anima chez l’homme. C’est le sommet de l’Olympe, le pont entre le ciel et la terre.
  • D’un autre, dans une opposition malheureusement un peu oubliée, Mercure représente l’esprit d’analyse; ce qui fait logiquement de Jupiter l’ambassadeur de l’esprit de synthèse.

L’analyse consiste à découper un problème en sous problèmes plus faciles à traiter. Cependant, on comprend bien qu’en faisant ça, on finit, comme quand on mange des artichauts, avec une assiette plus remplie avant qu’après l’opération. Et c’est justement le défaut des signes mercuriens: la dispersion. Les Gémeaux font des pieds et des mains dans tous les sens, émettant des idées, et des paroles, en une brume qui se dissipe rapidement. Chez les natifs du signe, c’est Jean d’Ormesson écrivant toujours le même livre, où Jean-Marie Le Pen ne parvenant jamais au pouvoir à force de provocations. Chez la Vierge, c’est la tendance au perfectionnisme et au contrôle (Louis XIV et l’étiquette), à l’instauration d’une culture qui peut amener à la répétition (Cabu, Tim Burton). Mercure marque aussi la recherche contemporaine, qui multiplie les articles, les concepts, jusqu’à étouffer sous la paperasse. Notons qu’il semble

L’esprit de synthèse permet au contraire le regroupement, le rassemblement. C’est pourquoi, là où Mercure crée quelque chose de plus vaste que l’individu, Jupiter ramène des concepts vastes à la dimension humaine. Ainsi, il permet d’avancer toujours plus loin en « mangeant » la complexité du monde devant lui, et s’appuyant dessus pour avancer. D’où son association à l’aigle, qui s’envole dans les hauteurs en brassant l’air de ses ailes. Même si, malheureusement, la nature rapace de l’aigle nous oriente sur le côté négatif de cette force, qui serait, disons, son abus: le parasitisme ou les excès en tous genres. la notion de lien à l’inconscient est également importante car, c’est lui qui récupère les informations « subliminales » (surtout chez l’homme, à travers l’anima, fonction de sensibilité) et qui est le dépositaire des préjugés (surtout chez la femme, à travers l’animus, dépositaire de l’autorité)

Ce concept de synthèse se décline sous deux aspects: extraverti, c’est le Sagittaire; introverti, les Poissons. On associe au premier les notions de voyage, de multiculturalisme et de loi. En fait, tous ces aspects se rencontrent dans la notion de synthèse: le Sagittaire (dans sa forme la plus accomplie, car il peut tendre au conformisme) va faire des rencontres, observer des comportements divers, puis les synthétiser sons la forme d’une loi morale basé sur les traits les plus universels, selon la formule de l’ascendant Sagittaire Jürgen Habermas: « Au lieu d’imposer à tous les autres une maxime dont je veux qu’elle soit une loi universelle, je dois soumettre ma maxime à tous les autres afin d’examiner par la discussion sa prétention à l’universalité« . On peut aussi constater cette marque chez le politologue et ethnologue Alain de Benoist, natif du signe (et aussi jupitérien par son ascendant Cancer), dont l’œuvre prolixe et protéiforme porte nettement la marque de Jupiter. La notion d’autorité morale se retrouve également chez les papes, dont un certain nombre sont marqués par le signe: François (natif), Jean-Paul Ier (Jupiter et Ascendant), Jean XXIII (natif et Ascendant), Pie XII (Jupiter). Ce qui n’est pas étonnant: comme je l’ai dit, Jupiter est le pont entre le ciel et la terre, et c’est même de cette notion que provient le concept romain de pontifex (grand-prêtre et législateur religieux) à la racine de la notion et du terme de « souverain pontife« .

Quant aux Poissons, il se traduit dans le domaine de la sensibilité, par la mise en place d’un ensemble de symboles, d’un monde intérieur auquel sont ramenées toutes les données du monde extérieur. Ainsi, on a pu voir le natif Georges Dumézil (représentatif de l’infini associé au signe par la trentaine de langues qu’il parlait), ethnologue, introduire dans la mythologie comparée (dont nécessairement synthétisée) la notion d’organisation tripartite des sociétés indo-européennes, que j’ai déjà évoquée ici. On voit ici la synthèse introvertie à l’œuvre: l’émergence d’un concept central permettant de condenser des pans entiers de connaissance humaine. Dans d’autres domaines, c’est leur conception très particulière de leur métier qui a fait la fortune des natifs Bernard Arnaud (le luxe doit être une industrie comme une autre), Luc Besson (le cinéma doit être une industrie comme une autre), et Jacques Séguéla (la publicité comme usine à rêves). On sent d’ailleurs chez ce dernier, quand il parle, un côté presque mystique (un marqueur courant du signe), que ses détracteurs prennent un peu vite pour du sophisme. Moi, je pense qu’il est tout à fait (bon allez, disons 80%) persuadé de ce qu’il dit. Tout au moins, ceux qui sont marqués par le Poissons voient le monde à travers le prisme de leur système, et tendent à s’exprimer à travers lui; ce qui donne d’ailleurs au signe une réputation sibylline, qui peut s’accommoder difficilement de la pensée discursive (signe de chute de Mercure). Notons enfin que Benoît XVI, Jupiter conjoint Ascendant en Poissons, est marqué à la fois par les notions Poissons et jupitériennes de mystique et d’infini, par la portée et l’ampleur que beaucoup dans l’Église attribuent à son œuvre théologique.

On aura bien sûr remarqué le lien net entre ces deux expressions de l’esprit de synthèse et les fonctions inconscientes de Jung, anima et animus: le Sagittaire aboutit précisément au rôle législateur de l’animus, tandis que les Poissons correspondent au rôle de traitement d’informations joué par l’anima.

Il reste le Cancer, signe d’exaltation, donc de croissance, de la planète Jupiter: il est le signe à la fois de l’enracinement (donc des valeurs traditionnelles et la « décence commune« , selon une expression du natif George Orwell) et de la sensibilité extra-lucide, les deux branches dont partent les deux versants de Jupiter. D’ailleurs, on prête au Cancer d’être à la fois casanier et amateur de voyages; ce qui peut sembler paradoxal, mais tend plutôt à dire que, pour se sentir bien avec les autres, il faut d’abord se sentir bien chez soi.

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Volonté

Quinotaur[1]

Pfff, je voulais écrire un article sur le thème de la volonté, mais finalement, j’ai plus trop envie; c’est dire si je maitrise le sujet. Donc du coup, on va jouer aux devinettes: sauriez-vous me dire ce que représente le dessin ci-dessus? Mmm? Sans regarder le titre de l’image bien sûr.

Bon, je doute que vous y arriviez sans tricher, car le machin est très rarement cité: c’est un Quinotaure, un bidule qui n’est connu qu’à un seul titre, celui de père de Mérovée. C’est à dire le fondateur de la dynastie des Mérovingiens et grand-père de Clovis, le premier roi de France. En effet, la mère de celui-ci, alors enceinte, aurait été attaquée par ce monstre alors qu’elle se baignait, ce qui fait qu’on ne peut savoir qui, de lui ou du père légitime Clodion le Chevelu, était le vrai père.

Bien sûr, revendiquer une ascendance divine est un bon moyen d’asseoir son autorité, et nombre de tribus germaniques revendiquaient descendre de Wotan/Odin, les Francs étant justement une exception notable. On peut donc légitimement se demander « pourquoi »? Pourquoi un truc aquatique qui ne ressemble à rien, plutôt qu’un dieu guerrier largement reconnu?

Bon, de mon côté, j’ai mon avis: le Quinotaure a été rapproché des cultes de Nerthus décrits par Tacite, et qui s’achevaient justement autour d’un lac. Or, Nerthus a apparemment été identifiée, par interpretatio romana, à Saturne. Ce qui semble justifié: Saturne comme Nerthus n’est « libéré » que pendant un temps limité (durant les saturnales), et rétablit l’Âge d’Or de fertilité et de paix. Or, à quel autre animal fabuleux fait penser notre Quinotaure? Au Capricorne, mi-chèvre mi-poisson, correspondant précisément au domicile astrologique de la planète Saturne: la porte du ciel.

Évidemment, ça tient difficilement sur le plan des preuves matérielles, mais on pourrait y voir une logique profonde. Saturne est le père des dieux et, astrologiquement, le supérieur de Jupiter, planète de la royauté. Il est le prêtre qui, le jour de l’intronisation du monarque, lui confère la puissance divine (d’où le mot inauguration, du latin augur, force divine). Ainsi, cette double naissance rendrait Mérovée, « inauguré » dès sa naissance. Ce n’est pas rien, mais on peut tout de même se demander l’intérêt d’une telle histoire par rapport à une plus classique descendance de Wotan, surtout pour une lignée qui s’est bien vite convertie au christianisme. Le mystère demeure.

Il n’en reste pas moins intéressant de voir que ce règne par l’autorité divine a perduré à l’ère chrétienne: les Mérovingiens ont compté de nombreux saints, et il semblerait que l’hagiographie ait été leur principal genre littéraire. Et pas seulement pour se faire mousser, car la dynastie carolingienne, qui leur succède, ne s’intéresse qu’aux saints du passé, ou bien à des modèles d’ascétisme religieux bien trop éloignés pour servir de modèles concrets. Les Mérovingiens suivent leur modèles, ce qui est prouvé, paradoxalement, par le fait que ceux-ci sont parés de vertus parfois plus pragmatiques qu’évangéliques, comme le « noble lignage » ou « l’habileté à l’épée », afin de faciliter l’identification sûrement.

Pourquoi? Tout simplement pour rester habité de la puissance divine qui fonde leur pouvoir, au point que certains parlent même d’hagiocratie (« gouvernement par les saints« ). L’aura de sainteté a simplement remplacé le heil, ou halig, germanique (des équivalents existent dans la plupart des cultures), cette aura charismatique sacrée qui entourait les personnes de pouvoir, et que Clovis craignait de perdre à son baptême. Ainsi la tradition des rois-mages a pu perdurer, au moins pendant un temps.

En tous cas, voilà une bonne leçon à méditer pour ceux qui rêvent d’être des mâles alphas. Car si l’Adelsheilige (« saint noble ») mérovingien n’a pas que des qualités chrétiennes, il n’en reste pas moins que leur aura n’est pas achetée, ni développée en salle de sport. Elle dépend bel et bien de qualités morales, à commencer par la réalisation du thélème, la volonté divine sacrée menant l’individu vers sa véritable identité; plutôt que la petite volonté de l’égo qui ne mène qu’à des caprices, et à se faire violence à soi-même. C’est pourquoi le charisme ne nait vraiment qu’en suivant sa propre voie. Malheureusement, celle-ci peut être obscurcie par l’ego, seul aspect de la psyché auquel la conscience a directement accès.

Bon, évidemment, il s’agit là d’une conception plus hindoue ou jungienne que médiévale; c’était juste histoire de caser un peu ce que je voulais dire sur la volonté. Comme quoi j’en ai quand même un peu; reste à savoir si c’est mon thélème ou juste un caprice!

 

Lune en Capricorne

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Après Mars en Balance, penchons-nous sur une autre position d’exil. Qu’obtient-on quand la planète de l’enfance, luminaire donneur de vie et de confort, dans le signe de la vieillesse, de la sécheresse et de la responsabilité? Pas besoin d’être grand clerc pour deviner le résultat: la Lune en exil en Capricorne, comme en chute dans le Scorpion, écrase tout le reste du thème en coupant la source de vitalité et de joie de vivre du natif. Au programme: sens accru des responsabilités et de l’ambition (Napoléon Bonaparte), au prix d’une sensibilité étouffée et d’un tempérament soit froid et dépourvu d’affect (François Hollande) soit mélancolique, pour ne pas dire dépressif (Tim Burton et son esthétique torturée). Cet aspect est d’ailleurs plus fort chez les hommes, ayant naturellement plus de mal à vivre leur sensibilité. Au féminin, si cette position fait les femmes politiques (Marine Le Pen), elle semble être plus facile à vivre au quotidien (Theresa Tallien, à la fois « reine » du Directoire et chef de file des Merveilleuses). Après tout, la Lune est peut-être en exil dans le Capricorne, mais reste en domicile chez ces dames.

Mais pour bien comprendre cette position, il faut déjà voir que le domicile de la Lune est le signe du Cancer. Pour les anciens, notamment Ptolémée, il s’agit avant tout d’un signe humide, caractère voué à la nutrition et à la protection. Mettons-nous dans le contexte: l’astrologie occidentale fut inventée par des civilisations méditerranéennes, vivant dans des milieux très secs, avec une tendance à l’aridité. Babylone et l’Égypte étaient plus vertes qu’aujourd’hui, mais néanmoins bordées de déserts. L’eau y était précieuse, et la présence d’eau sous forme d’oasis, de rivière ou de nappe phréatique protégeait les êtres vivants, à commencer par les végétaux, de la sécheresse. Or, le Cancer, précisément, est un signe d’eau, qui plus est, de modalité cardinale, c’est à dire un « socle » élémentaire. Cette idée double de socle et d’eau est probablement le mieux exprimée par le dieu sumérien Ea/Enki, dieu des eaux souterraines: la présence d’une telle réserve d’eau garantit que, même par forte chaleur, la terre reste toujours humide et fertile, les eaux remontant alors constamment à la surface par capillarité. C’est pourquoi ce dieu était considéré comme créateur, source de vie et protecteur des hommes.

Enki

Le signe du Cancer reprend cette symbolique, étant domicile de la Lune (planète humide de nutrition) et exaltation de Jupiter (planète humide de protection). Symbole de la famille, du foyer, de la sensibilité, il est le jardin secret, le lieu intime de ressourcement; il manifeste pleinement la fonction lunaire du puer aeternus, l’enfant divin source de vitalité, avec pour conséquence d’être parfois régressif et émotif. A l’inverse, le Capricorne est le signe cardinal de terre, qui figure un rocher inamovible. Domicile de Saturne, c’est un signe de sécheresse, de maturité et de responsabilité, au risque d’être parfois froid ou cassant.

Or, comme d’habitude en astrologie, les signes opposés du Cancer et du Capricorne sont intrinsèquement liés comme le yin et le yang, et il est significatif que le capricorne sumérien soit justement associé à Enki. Dans un sens, le Cancer est le signe de l’enracinement et, correctement « nourri » par la Lune, il devient un signe de stabilité et d’endurance digne de son opposé saturnien: c’est notamment le signe traditionnellement associé à la lutte. Réciproquement, si le capricorne érige souvent des barrières, comme la « forteresse intérieure » des stoïciens, c’est pour fortifier leur propre sensibilité; soit dans le sens d’un isolement, soit, au mieux, de façon à la rendre imperméable aux coups de la vie. Le jardin intérieur peut donc soit n’être accessible que dans la plus stricte intimité, soit, quand la leçon d’endurance du signe est mieux intégrée, s’afficher crânement au yeux de tous, au mépris du qu’en-dira-t’on. C’est le cas par exemple de Lemmy Kilmister, emblématique leader du groupe Mötörhead et Capricorne ascendant Capricorne, dont la personnalité et la musique n’ont pas changé d’un iota au fil des modes; ou encore de certains psychothérapeutes qui collent des marcassins partout sur leur blog.

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Un look à la fois moderne et consensuel

Bref, voici la clé pour comprendre la Lune en Capricorne: quand la planète se manifeste au sein du domicile de Saturne, c’est par le biais de ce reflet Cancer au sein d’une « forteresse intérieure » qui la protège mais peut l’emprisonner. Pour éviter cela, deux solutions:

– soit vivre pleinement la dimension sociale du signe, avec sa part de responsabilité: c’est Saturne, exilé sur Terre par Jupiter, qui amène l’âge d’Or.

– soit chercher à renforcer la sensibilité, à permettre de l’assumer pleinement: c’est Isis (Saturne) reconstituant Osiris (la Lune) coupé en morceaux pour le ressusciter.

Ces deux voies ne sont pas incompatibles, et sont peut-être même complémentaires. La première peut mener à une fuite en avant dans la maitrise, et mener à sauver les autres sans pouvoir se sauver soi-même. La deuxième peut risquer un certain égoïsme, mais, surtout, elle est plus compliquée à mettre en œuvre. Bref, à savoir doser en fonction des cas individuels.

En tous cas, il faut bien voir que, si Saturne le « grand maléfique » recherche la maturité, cela ne signifie certainement pas l’ennui ou la gravité. Au contraire, l’humour est un trait fréquent du capricornien; peut-être parce qu’on ne rit jamais de bon cœur que dans les cimetières, comme disait Pierre Desproges (Lune en Capricorne), mais aussi parce que le côté intemporel du signe (et de la planète) joue à double sens: le saturnien nait vieux, et vieillit jeune. Chez lui, jeunesse et vieillesse ne se succèdent pas: elles cohabitent en permanence.