Audaces fortuna juvat

roue-fortune

Tiens, il parait qu’il y avait tantôt une série de conférences sur le thème de l’audace à la Cité de la Réussite(dont nous apprenons donc au passage l’existence, et ce depuis 1989; d’où la prospérité éclatante de l’économie française depuis les années 90). Et ils n’ont pas daigné m’inviter, les cuistres, comme si l’ingénieur chamane pouvait ne pas avoir de sublimes lumières à dispenser à ce sujet, comme sur tout les autres!

Enfin, il faut admettre que je ne faisait pas le poids devant un tel aréopage de punks, de rebelles, de bouillants Achilles parmi lesquels on compte à la pelle: des normaliens, polytechniciens, sciencepotards, un « chirurgien de formation, urologue, également diplômé de Science Po, d’HEC et de l’ENA » (excusez du peu) et Jacques Attali, sans parler de ces brûlots que sont la SNCF et le CEA. A tout seigneur tout honneur, c’est bien sûr Carlos Ghosn, le comptable en chef de chez Renault, qui ouvre le bal en parlant de la « prise de risque en entreprise ». C’est vrai que, sous ses airs de cost killer tatillon, il est plus qualifié qu’il n’en a l’air: passer de la Twingo (petite, jolie, originale) à la Twingo 2 (grosse, moche et sans âme), il fallait effectivement oser, je veux bien l’admettre.

Bref, voici ce que vous n’auriez pas eu à la conférence: l’aspect mythologique de l’audace. La formule de Virgile qui sert de titre à cet article en évoque, à travers la déesse Fortuna, une vision assez impersonnelle. Dans un monde où le destin est figé et décidé par les dieux, les humains sont peu maîtres de leur vie. La seule façon, ou presque, de peser dans la balance universelle, est de saisir les occasions créées par la Déesse de la Chance, ces moments de basculement que les Grecs ont appelé kairos. Ce temps, qu’on appelle « temps de l’occasion », est représenté par un jeune homme chauve, à part une mèche de cheveu sur le front: l’audacieux est celui qui le voit, et sait le saisir à temps; une fois qu’il nous tourne le dos, l’arrière de son crâne, lisse, n’offre plus aucune prise.

On peut trouver cruelle cette vision, qui implique un nombre incalculable d’occasions ratées, faute de voir le kairos à temps ou de le saisir rapidement. Certes, la vie n’est pas facile pour ceux qui réagissent toujours trop tard, mais au moins l’existence de ces occasions est-elle porteuse d’espérance. On peut les voir comme autant de brèches possibles dans la règle générale de la vie humaine qui, pour les Grecs, est l’obéissance à la volonté des dieux, la fatalité.

S’il y a des gagnants dans cet ordre du monde (ceux qui naissent et demeurent riches, beaux et en bonne santé), il n’offre par contre que peu d’échappatoires à l’immense majorité des autres. D’où la naissance de la tragédie grecque, conçue comme un défouloir (Aristote parle de catharsis, c’est à dire d' »épuration » des passions) ou des philosophies, ancêtres du développement personnel, que sont par exemple l’épicurisme (apprendre à savourer même les plus petits plaisirs de la vie) ou le stoïcisme (serrer les dents, et apprendre à aimer son destin).

Certains modernes, comme Nietzsche, admirent chez les anciens cette disposition (appelée « sens du tragique » par Alain de Benoist), et critiquent les consolations promises par le christianisme, considérées comme illusoires et infantiles. Il me semble, cependant, qu’ils négligent les innombrables témoignages d’amertume du monde antique face à cette situation. Les mythes européens gardent la trace de ce qu’on appelle aujourd’hui des doubles contraintes. et qui, dans leur langage, se traduisait par des ordres divins ou magiques contradictoires et ambigus. Le héros celte Cuchulainn est soumis à deux geis (interdictions magiques) lui interdisant, respectivement, de refuser l’hospitalité offerte par une femme, et de manger du chien. Ses ennemis l’ayant appris, une sorcière l’invite à manger et lui sert une généreuse portion de meilleur-ami-de-l’homme: quoi qu’il fasse, il est condamné. De même, dans La Walkyrie de Wagner, l’héroïne Brunehilde reçoit un ordre du dieu Wotan donné à contrecoeur; elle décide de suivre la volonté profonde de ce dernier (dont elle est une émanation – une hypostase) plutôt que la lettre de l’ordre, ce qui lui vaut d’être déchue de sa divinité en punition.

Cette vision d’un monde d’où le changement est banni s’exprime également, philosophiquement, par la philosophie de Parménide, mis en scène dans le dialogue éponyme de Platon, pour qui l' »être est, et le non-être n’est pas ». Par conséquent, tout changement ne serait qu’illusion, car rien ne peut advenir qui n’existe pas déjà. C’est cette vision du monde qui nous a donné les paradoxes de Zénon, élève de Parménide. Enfin, la Bible exprime également ce sentiment à travers l’Ecclésiaste (qohèleth, l' »homme de l’assemblée »), généralement identifié au roi Salomon:

Paroles de Qohèleth, fils de David, roi de Jérusalem.
Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !
Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?
Une génération s’en va, une génération s’en vient, et la terre subsiste toujours.
Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera.
Le vent part vers le sud, il tourne vers le nord ; il tourne et il tourne, et recommence à tournoyer.
Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est pas remplie ; dans le sens où vont les fleuves, les fleuves continuent de couler.
Tout discours est fatigant, on ne peut jamais tout dire. L’œil n’a jamais fini de voir, ni l’oreille d’entendre.
Ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ; rien de nouveau sous le soleil.
Y a-t-il une seule chose dont on dise : « Voilà enfin du nouveau ! » – Non, cela existait déjà dans les siècles passés.
Mais, il ne reste pas de souvenir d’autrefois ; de même, les événements futurs ne laisseront pas de souvenir après eux.
(Ecclésiaste 1, 1-11)
Voilà donc la vision du temps et du destin qu’avaient les anciens. Néanmoins, ils pressentaient des « portes de sorties » à ce état des choses, associées à des types humains ou mythiques particuliers. Cet article commençant à s’allonger et à trainer (mais il fallait bien ça, je pense, pour situer les choses), je les détaillerai plus tard.
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Thème astral

Bon, on me demande une analyse de thème en commentaire; tant qu’à faire, autant faire un article, pour l’édification de tous mes chers lecteurs. Édification, car le thème est plutôt simple, mais montre bien que l’astrologie est un art plus qu’une science (enfin, en espérant ne pas trop me tromper bien sûr)

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Ici, les planètes forment des groupes distincts, qu’il faut prendre soin de traiter ensemble:

– Lune et Jupiter: ces planètes ne sont pas en conjonction, mais sont tous deux maître de l’Ascendant, le Cancer. Elles sont aussi toutes deux dans la même maison (XII, les épreuves).

– Soleil, Lilith, Mars et Mercure en Fond du Ciel, position angulaire donc très puissante.

– Vénus et Pluton conjointes en Scorpion, domicile de la seconde mais exil de la première, le tout au cupside de la maison V (loisirs, amours et enfants)

– Saturne, Neptune et Uranus (planètes collectives) en Capricorne maison VI (le service)

De là, on peut rechercher les planètes dominantes; ici, je dirais: Mercure (Fond du ciel, reçoit les deux luminaires), Lune (maître de l’Ascendant et de la symbolique Fond du Ciel), Saturne (en domicile, fort groupements dans des signes de dignité que sont le Capricorne et la Balance) et Pluton (ou convergent de nombreuses influences). A première vue, on peut se dire qu’il y a beaucoup de « mauvais » aspects (carrés et oppositions, en rouge), mais regardons mieux: tous ces aspects tendus concernent en fait plusieurs planètes en conjonction donc liées entre elles. Il vaut donc mieux prendre du recul et synthétiser, soit considérer qu’il s’agit d’aspects « simples » entre groupes de planètes.

Ainsi la situation devient assez claire. On remarque une opposition entre le groupe des maitres du Cancer (recherche de ses racines, vie intérieure) et le groupement en Capricorne qui appelle à un rôle social exigeant. Le premier groupement étant dans la maison des épreuves, on peut supposer qu’il est le grand perdant de l’affaire. La thématique du Cancer étant peu ou prou la même que celle du Fond du Ciel, c’est sur celui-ci que se reporte le besoin d’introspection et de confort, donc sur Mercure, qui plus est stimulé par les luminaires en signes mercuriens. Outre ce fardeau, celui-ci qui se retrouve écartelé par les carrés entre les deux positions précédentes, et ce doublement car si le Fond du ciel s’assimile au Cancer, la planète est dans le signe de la Balance, exaltation de Saturne. La conjonction avec Mars peut y rajouter une couche de tension, mais de toute façon, la planète de l’intellectualité n’est pas la plus adaptée à l’introspection, et risque soit de se noyer dans les émotions, soit de leur claquer la porte au nez en se repliant sur la rationalité et le contrôle.

Face à cette situation, deux échappatoires: d’une part, le Milieu du Ciel en Bélier peut inviter à développer l’énergie de ce signe, afin de compenser la position opposée (soit le groupe mercurien); mais la piste la plus intéressante est peut-être celle du groupe Vénus-Pluton en Scorpion, bien que la première soit en exil. Vénus est le maître de la Balance, ou se situe le groupe mercurien, tandis que Pluton est maître du signe (et aussi du Bélier au Milieu du Ciel). En suite, le groupement est le seul à présenter des aspects « bénéfiques » (trigone et sextile, en bleu), et aucun négatif. Il faut comprendre ces aspects comme ceci: le Scorpion est un bon compromis entre le Cancer et le Capricorne, en contact avec la vie intérieure comme le premier, mais avec la lucidité aigüe du second. Comme on est ici au cupside de la maison V, celle des loisirs et des amours, le tandem Vénus-Pluton devrait jouer à plein dans la vie amoureuse et déclencher des passions (Pluton est la planète de la libido et du magnétisme) potentiellement dures à vivre. Le tout serait de comprendre ces passions et les analyser, afin de mettre la vie intérieure sous le regard de Mercure.

Proserpine

Pluton procède largement par projections: ce qui l’excite provient souvent d’aspects cachés de la vie intérieure, mais c’est le propre du signe de faire remonter ce qui est caché à la surface, même le moins reluisant. La dualité Vénus-Scorpion est puissante. Position d’exil, elle peut rendre difficiles les rapports sociaux en les chargeant d’énergie, attisant les attractions mais aussi les répulsions, avec un cortège de jalousies ou de colères. Elle fait (ou, chez les hommes, rend attiré par) les femmes fatales, dans tous les sens du terme, mais c’est également la signature de la déesse Perséphone, l’épouse d’Hadès, qui passe l’hiver chez lui aux Enfers mais ramène la fertilité à son retour. C’est d’ailleurs pourquoi les Grecs donnaient à leur dieu infernal le surnom qui est devenu son nom romain: Pluton, « le riche ».

Le trois fois grand

temple-philae

 

J’étais dans ma cellule, dans cette boîte en carton vide et fausse, où je tournais en rond. Je ne voyais pas le jour, ni ne sentais le vent. Le monde extérieur ne filtrait qu’à travers mon imagination, mais en ce lieu, hors du temps et de l’espace, il n’existait pas encore. Il ne me restait, pour m’échapper, que la sortie par le haut. Le retour à la source vive, là où tout commence et finit. Alors j’ai prié.

Il y eut une clameur, un bruit de tonnerre, et une colonne de poussière comme une trombe d’eau apparut. L’ange se tenait au milieu, sa silhouette dessinée dans la nuée et parcouru d’éclairs. Il m’adressa la parole:

« Mes frères du chœur des Trônes ont entendu ta requête et m’envoient vers toi. Est-ce bien vrai que tu recherches l’entrée au Saint des Saints? Le monde où le Seigneur a fait reposer son Nom dans la Création?

– Oui, c’est moi.

– Bien. Tu sais donc que seule une âme d’enfant peut y parvenir.

– C’est vrai, mais justement…

– Oui, je sais, tu veux que je t’aide. Eh bien soit, prends ma main. »

J’obéis, et aussitôt, la colonne de poussière se met à s’accélérer et à enfler, jusqu’à m’englober entièrement. Maintenant le vent se calme, découvrant une mer de sable, parsemée de ruines de granit. Je suis en Égypte. L’ange se tient à côté de moi; ce n’est toujours qu’une silhouette, mais il est désormais composé de lumière dorée. Il m’invite à partir.

 

Je ne vais pas bien loin; très vite, je tombe sur un petit garçon. Maigre, il est vêtu d’un simple pagne élimé. Il transporte quelque chose, caché aux creux de ses bras, d’un air de conspirateur.

« Bonjour, lui dis-je.

– Bonjour, me répond-il avec un grand sourire »

Ma curiosité me pousse à regarder ce qui ‘il porte, et, s’en rendant compte, il me montre de bon cœur son trésor. Des tablettes d’argiles, couvertes de hiéroglyphes.

« J’ai trouvé ça dans les vieux temples abandonnés. Avant, il y avait des magiciens et des devins là-bas, mais maintenant la Lumière s’est cachée et c’est devenu difficile de la voir. Ils avaient écrit des tas de choses, mais plus personne ne s’y intéresse, c’est dommage.

– Ah? Mais toi, tu comprends ce qu’ils disent? Tu arrives à lire?

– Un peu. Mais la Lumière aime qu’on s’intéresse à elle, alors quand je lis, elle revient un peu.

– Oh, je vois.

– Oui! Et après, je vais tout comprendre ce que faisait la Lumière avant, et j’en saurai plus que tout le monde. Du coup, Pharaon m’invitera à sa cour, et fera de moi le Grand-Prêtre! Et j’habiterai dans un beau palais, avec du marbre et de l’or partout! Même si ce ne sera jamais aussi beau que dans les temples d’avant, quand c’était la Lumière elle-même qui décorait tout. »

 

Son enthousiasme est contagieux, mais malgré ça, je ne peux n’empêcher de demander: « Et si tu n’y arrives pas? »

Lui, réfléchit une seconde, l’air concentré, mais hausse les épaules bien vite.

« Bah, au moins, j’aurais bien joué! »

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Ite, missa est

Comme certains d’entre vous le savent, il se tenait récemment à Science Po une Queer Week, semaine de découverte des sexualité alternatives. Événement se présentant comme, selon le site officiel « reprenant la tradition américaine de ces semaines de débats, de conférences et de festivités », à ceci près que, pour ce qui est des débats, la contradiction fut rapidement mise à la porte manu militari, comme s’en félicite ce webzine LGBT(QI etc). Passons; on sait depuis longtemps (sauf Béatrice Bourges, visiblement) que les partisans de l’ouverture d’esprit voient bien souvent la paille dans l’œil des autres avant de voir la poutre dans le leur, et la fable du pot de terre contre le pot de fer est plus que jamais d’actualité. De toute façon, s’il me semble positif que des catholiques cessent de regarder leur nombril pour s’impliquer dans la vie de la Cité, le ‘Printemps Français’ a encore de gros efforts de lucidité et de maturité à faire pour devenir une force crédible. En France, le christianisme n’est plus en pays conquis; on le regretter, mais il faut en prendre acte pour avancer.

Il y aurait bien sûr des tas de choses à dire sur cette semaine dévolue au plaisir, avec des ateliers consacrés au porno, aux sex toys etc. (dixit le programme officiel), et sur l’image que cela donne de la communauté LGBT; sur cette fameuse théorie du genre qui n’existe pas selon notre gouvernement (probablement parce qu’ils la considèrent comme un fait acquis et évident) et qui se trouve en vitrine dans une des plus fameuses usines à élites de notre République. Il est d’ailleurs savoureux de voir cette boîte à bac montée en graine, apprenant à ses élèves à répondre dans les cases des concours de la fonction publique,  se piquer de faire une apologie de la liberté individuelle.

Cependant, ce n’est pas de tout ça dont je veux parler, mais, plus précisément du premier happening de la semaine, le « rituel d’activation des fétiches » (cf. programme du lundi). Ce happening se veut d’inspiration chamanique, ce qui éveille mon intérêt. Or, voici que j’en trouve une description, faite par des élèves:

« Dans le jardin de l’école s’est tenu un véritable rituel chamanique, rigoureusement antichrétien et singeant la liturgie catholique (utilisation de croix inversées et de chapelets). Cette procession, censée promouvoir la tolérance aux sexualités alternatives, a conjuré la Manif pour tous en piétinant ses drapeaux avant de les brûler »

Bon, le site source, Égalité et Réconciliation, étant plutôt partisan, il faut bien sûr faire la part des choses, et je me garderais de me prononcer sur la véracité de cette description. Qui plus est, au vu du programme, je ne peux me demander sans sourire quels « fétiches » sont exactement censés être activés par ce rite. Cependant, si cette « cérémonie d’inauguration » s’est bien déroulée ainsi,  je me dois de corriger ces élèves, décidément bien ignorants en matière de culture religieuse. Il n’y a là rien de chamanique: il s’agit d’une messe noire.

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En effet, qu’est-ce qu’une messe noire? On s’en fait souvent l’imgae d’un prêtre encapuchonné sacrifiant une chèvre ou jeune vierge sur un autel, mais en fait, ce type de cérémonie correspondrait plutôt à un rituel païen plus ou moins dévoyé (à la manière des sacrifices d’enfants à Moloch, dénoncés par la Bible et les Romains chez les peuples puniques de Canaan et Carthage). Mais si ce genre de phénomènes lugubres a existé depuis longtemps chez des peuples variés, la messe noire, comme son nom l’indique, est spécifiquement une réaction anti-chrétienne. Il s’agit essentiellement d’un rite de blasphème, parodiant la liturgie de la messe catholique, dans le but d’acter un refus de suivre les commandements du christianisme, vus par les pratiquants comme un carcan moral inacceptable. Le sacrifice y est secondaire, plutôt symbolique; le vin et l’hostie peuvent être utilisés précisément pour se rapprocher de la véritable messe (bien que l’usage puisse en être bien différent), même si, bien sûr, certains groupes puissent aller plus loin. A défaut, on a ici l’holocauste (sacrifice consistant à brûler entièrement l’offrande) des drapeaux de La Manif’ Pour Tous, qui peut rappeler l’anathème antique.

On peut trouver cela exagéré, tiré par les cheveux, mais après tout, cela me semblerait tout à fait cohérent avec le contexte. Vu le message de jouissance sans entrave que le programme de la semaine semble afficher (et qui, pourtant, ne me semble  pas consubstantiel de l’homosexualité), on peut comprendre que le fait de s’affranchir des contraintes morales aide à se mettre dans l’ambiance. Cette attitude est même compréhensible, dans une certaine mesure, pour des personnes ayant reçu une instruction chrétienne dévoyée, trop sévère, inculquant des valeurs rigides ne laissant pas la place au pardon et à la charité. C’est d’ailleurs probablement pourquoi la musique metal et son cortège de satanisme et néo-paganisme provient surtout de pays protestants, forme de christianisme se distinguant généralement par son austérité. Cependant, outre que le remède me semble d’une efficacité douteuse, une personne qui pousserait cette logique jusqu’au bout aboutirait à s’affranchir de toutes valeurs et toute notion de honte; et cela ne s’appelle pas un homme libre mais un psychopathe.

Si, donc, ce happening s’est bien déroulé ainsi, on peut se demander ce qui est passé par la tête des artistes et des organisateurs. Je me doute bien que la plupart des participants n’auraient de toute façon pas su de quoi il retournait, mais je doute qu’on puisse recréer « accidentellement » les mécanismes de la messe noire en faisant du chamanisme, qui consiste principalement à entrer en transe par le moyen d’un rythme musical et d’hallucinogènes. Et puis, avec tout le respect que je dois à la religion sataniste, ne serait-il pas légèrement contraire à la laïcité de célébrer ainsi son rite dans un établissement d’enseignement public?

Maître chef

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Pourquoi?

Non mais franchement, pourquoi?

Pourquoi est-ce qu’on ne peut plus avoir un repas de famille sans une maîtresse de maison qui se la joue Tour d’argent en annonçant le nom du plat pendant le service?

Pourquoi est-il de plus en plus difficile de mettre plus de cinq personnes autour d’une table sans tentative d’expérimentation culinaire, sans assiettes carrées décorées de trois lichettes de coulis? Car il s’agit bien de coulis, hein, n’allez pas oser parler de « sauce », béotiens que vous êtes.

Pourquoi, enfin, même dans des restaurants tout juste au-dessus du bistrot de quartier (en terme de qualité, bien sûr; pour les prix, c’est une autre paire de manche), trouve-t-on des serveurs pour vous souhaiter une « bonne dégustation », voire, dans les cas extrêmes, une « bonne continuation d’appétit? »

Pourquoi, pourquoi, pourquoi? D’abord, je ne le « déguste » pas, ton steak frites, connard, même si tu l’appelles « entrecôte du rôtisseur pommes Pont-Neuf ». Je le mange, et à la rigueur, je le bâfre si j’ai envie, surtout si ça peut aider à te remettre à ta place de croquant mal dégrossi. Mais soit, je comprends la logique économique qui t’anime, tout occupé que tu es à canaliser vers ton porte-monnaie le snobisme de la vermine bobo qui envahit chaque jour plus la capitale – même si je te soupçonne de te prendre à ton propre jeu.

Mais mon Dieu, quels dégâts sur la psyché des bons bourgeois, sur les neurones sous-employés des ménagères de moins (et même plus) de 50 ans ont pu semer ces Taupe Chef et consorts! Non pas, bien sûr, que ces émissions soient coupables en elles-mêmes (même si les la récupération commerciale qui en est faite mériterait quelques baffes), car elles sont, en fin de compte, une des rares poires pour la soif de l’activité intellectuelle (en ces temps de socialisme et de sudoku triomphants) et manuelle (depuis qu’on n’a plus le temps de passer à la ferme de mémé) de l’homme ordinaire. Mais au final, que d’affectation, de sophistication artificielle! Et surtout, que de mignardises inconsistantes, et parfois immangeables!

Las, parmi tous ces braves journalistes qui pourfendent la dieudonnisation des esprits, ne s’en trouvera-t-il pas un pour lutter contre la masterchefisation des petits plats? Quelle Caroline Fourest, quel procureur anti-pornographie remarquera enfin que la destruction de l’intimité par les pratiques issues des médias ne se limite pas à la chambre à coucher? Enfin, faudra-t-il ressortir Lavoisier de son tombeau pour qu’il nous rappelle que les mots « cuisine » et « moléculaire » n’ont, dans un monde sensé, rien à faire dans la même phrase?

Voilà donc que le roi semble nu: on se plaint de l’influence des jeux vidéos ou de la télé sur les esprits juvéniles des adolescents, mais visiblement, des personnes plus âgées et censément responsables ne sont pas épargnées. Peut-être est-ce la une forme de néoténie, peut-être est-ce un bienfait de voir la plasticité cérébrale rester vigoureuse plus longtemps qu’on aurait pu le croire mais, en tous cas, une chose est sûre: un escalier, ça se balaie d’abord par le haut.

Memento mori

Source: http://www.dupy.fr

Voir la source

Comme souvent, ma promenade m’amène devant Notre-Dame; pour une fois, il y a peu de monde, alors j’entre. Je comptais admirer le Christ à droite en entrant, sculpté dans une pierre noire comme la nuit; je le salue, avant que mes pas m’entrainent, presque en courant, au fond de la nef. Face à la chapelle du Saint Sacrement, mes yeux passent distraitement sur l’autel, revêtu d’un brocard vert et or, sur lequel repose une bougie rouge dans une coupe; mais ma visite s’interrompt, mes yeux ne pouvant plus se détacher de cet étrange et modeste installation. Car le mystère est , et aussitôt que mon attention se fixe, sa présence commence à rayonner, presque suffocante, en un halo pénétrant tout mon champ de vision. Je retiens mon souffle, rejoignant, je m’en rends compte bien vite, une poignée d’inconnus qui, comme moi, sont happés par cette présence. Même les touristes sont tranquilles et discrets; d’où qu’ils viennent, qui qu’ils soient, ils sentent, eux aussi. Comme la maternité, le mariage, ou le deuil; certaines expériences humaines sont simplement universelles.

Le charme est rompu par l’annonce de la messe des vêpres. Je n’y avais pas pensé, mais après tout, pourquoi ne pas en profiter… Je m’installe, et je vois la nef d’une profondeur qui semble infinie, avec sa croix dorée et ses anges de marbre noir. Un épais nuage d’encens apparait dans l’espace consacré, et désormais la cathédrale des touristes n’existe plus. Il existe bien encore un corridor de visite, d’où les visiteurs regardent la célébration d’un oeil curieux, peut-être un peu craintif parfois. Mais tout ça est désormais périphérique, accessoire. Une bogue de châtaigne protégeant le vrai fruit, la vraie vie qui se déploie, ici: le coeur géant de la cathédrale qui souffle, s’active, s’échauffe puis se met à battre, pompant, charriant, crachotant puis projetant, enfin, son fluide vital et lumineux, en nous, à travers nous, flottant à travers la ville au gré des vents et tempêtes des âmes humaines qui s’agitent sur la terre, tout en bas… Dans cette ville musée, ce Paris que tant de cuistres tentent de figer, momifier, à coup de culture, de réhabilitations et de Nuits Blanches. Tous ces lieux historiques embaumés, ces chefs-d’oeuvre prostitués, ces quartiers rendus exsangues par la spéculation immobilière. Et je suis là, nous sommes là, dans un des rares bâtiments où la vie bat encore, et notre seule présence ici en ce Jour du Souvenir, la commémoration de la plus sinistre boucherie de l’histoire de France, sert à dire: les forces mécaniques de mort et de destruction ont beau gagner du terrain, elles ne vaincront pas. Jamais.

Je reste le temps des psaumes, après quoi le prêtre s’en va quelques instants, ce que j’interprète comme la fin de la cérémonie. A tort, apparemment, mais bon, tant pis, je suis déjà parti vaquer à des occupations plus profanes. La nuit est tombée, et partout où je vais, seules les plus belles femmes semblent être de sortie. Je m’arrête dans un bar où j’ai mes habitudes; elles sont là aussi, mais uniquement en couples. Presque pas de groupes d’amis, la clientèle habituelle. Et ces femmes ont presque toutes d’imposantes bagues d’acier, ornées de pierres fines. Puis je sors, et je croise un petit groupe en randonnée roller. Puis un autre, en randonnée vélo, suivi d’un troisième, de jogging cette fois. Dans le frois sec de cette nuit d’automne, je vois que la pluie des jours précédents a fait déborder la Seine. Oh, pas beaucoup, juste assez pour recouvrir un peu les quais, emporter quelques feuilles mortes et engloutir une benne; une mince obole, comparé à ce que la vitesse des flots, déchainés, semble réclamer. Je finis par rentrer, à la lueur moite des réverbères, non sans profiter une dernière fois du spectacle de ces femmes d’un autre monde, abritées dans la chaleur orangée des terrasses chauffées.

Étrange journée que ce lundi 11 novembre. Ce jour férié aurait pu être un morne dimanche, ou un lundi paresseux, mais il faut croire que même les fêtes laïques peuvent avoir le poids du sacré avec elles. Cette deuxième Fête des Morts n’est pas là pour mémé, partie paisiblement dans son sommeil; elle est là pour des jeunes garçons, fauchés, hachés en appelant leur mère ou leur fiancée; trahis par des politiques vains et des généraux stupides, offerts en pâture à la mécanique implacable de l’artillerie, des mitrailleuses lourdes et du gaz moutarde ou, plus tard, des tortures nazies ou Viet Cong. Pour certains, des chiffres sur un papier; dans le monde réel, la détresse, la douleur, la peur, les frères d’armes qui disparaissent dans un bref éclat de terre et d’acier et, à la fin, partir dans un éclat de douleur intolérable, en maudissant le général à la moustache impeccable, qui promettait le peloton d’exécution à ceux qui refusaient de partager sa folie.

En ce Jour du Souvenir, la porte de l’Hadès s’ouvre sur les ombres qu’elle garde jalousement, réveillées de leur torpeur mortelle par l’appel des vivants. Voici que le monde d’en-bas tout entier pousse un soupir de soulagement, exhalant son haleine électrique dans toute la ville. Tout en engourdissant le monde de poussière, elle ravive la vraie flamme partout où elle se trouve, dans le sacré, la beauté, l’amour ou la simple vie; comme la brume de novembre épaissit les ténèbres nocturnes, tout en soulignant les luminaires urbain d’un doux halo spectral.

Souvenez-vous des morts; car, eux ne nous oublient pas.

Triste nouvelle

lou-reed

C’est avec beaucoup de douleur que le blog ingenieurchamane vous annonce le décès brutal de notre bien aimé

Esprit critique

Ravi trop tôt à l’affection des siens par les panégyriques ayant accompagné le décès de Lou Reed, la rock star la plus anecdotique et dispensable du siècle.

Nous nous associons au chagrin de leurs familles respectives, et leur adressons nos sincères condoléances.

Requiescat In Pace

Gangster moderne

ennemipublic

Il y a aujourd’hui un an, le 28 février 2037, que Romain Dutilleux était condamné à 30 ans de prison, dont une peine de sûreté de 20 ans, mettant fin au règne de terreur de ce malfrat hors normes. Revenons aujourd’hui sur la carrière de ce pilier du crime, qu’on a appelé « le Roi de la vaporette », suite au célèbre trafic de cigarettes électroniques dont il fut le pionnier.

Né le 17 juillet 2009 à Paris, deuxième enfant d’Arnaud Dutilleux et de Camille Moignard, les premières années du jeune Romain sont nimbées de douceur. Paris-Plage, Nuit Blanche, concerts anti-racisme, il baigne dans ce que la vie parisienne a de meilleur. Mais cela ne le protégera pas du drame familial: en 2017, son parent 1 reçoit une promotion, et se retrouve désormais bien engagé dans la troisième tranche d’imposition. Dès lors, son comportement commence à changer, et tout bascule. »Notre père (sic) devenait parfois grognon » se souvient sa grande soeur. « Lui qui nous avait appris l’importance du partage, on l’entendait dire des choses terribles, comme ‘tas de fainéants’, ou encore ‘et dire qu’on paie pour tout ça!’. Il me faisait peur… ». Le parent 2 demande et obtient bientôt le divorce et la garde des enfants, mais il est trop tard. A la fin de l’année scolaire, Romain ramène un Monopoly en classe: pour lui, les dés sont jetés, il marchera dans les pas d’Arnaud.

Camille Moignard aurait bien vu son fils passer un master de lettres modernes, qui lui aurait assuré un bel avenir d’employé de mairie; mais Romain ne l’entend pas de cette oreille. A l’âge adulte, il se lance dans le commerce des e-cigarettes, à l’heure où celui-ci était encore toléré. Quand l’interdiction vient, en 2030, il ne l’accepte pas. Il cherche aussitôt à continuer son business douteux, même si sa morale le travaille, le forçant à se justifier: « qu’est-ce qu’ils peuvent être c…, c’est juste de la p….. de vapeur d’eau! » répète-t-il à l’envi, d’après son entourage de l’époque. Avec l’aide d’anciens employés et fournisseurs, il organise un approvisionnement depuis la Belgique. C’est le début du réseau qui allait faire sa fortune, distribuant vaporettes et recharges dans toute la France.

Poursuivant son ascension irrésistible, il profite de l’implantation de son circuit d’approvisionnement dans le Nord et la Picardie pour diversifier son activité criminelle dans le domaine des moeurs. Il fut en effet le premier à organiser des concours de mini-miss clandestins, ce qui, en plus des sommes perçues, lui construit une façade de bandit au grand coeur auprès de la population.

La police est bientôt sur sa piste, mais peine à trouver de quoi l’arrêter. Il est bien sûr plusieurs fois accusé d’excès de vitesse, photos radar à l’appui, mais trouve à chaque fois un homme de main pour se désigner à sa place. Il semble bien que personne ne peut arrêter Romain Dutilleux. Mais comme pour son illustre prédécesseur Al Capone, c’est une incartade apparemment bénigne qui causera sa chute.

Romain Dutilleux a en effet fréquenté une secte internationale connue sous le nom d’Église Catholique, et, s’il en a toujours été plutôt distant, cette fréquentation a laissé des traces. En effet, en fouillant dans sa vie privée, les enquêteurs constatent avec stupeur qu’il est marié… à une femme, Clémence Buzelle. Devant l’anachronisme de la situation, le mariage blanc est aussitôt suspecté. Le recours en fascisme (qui venait juste d’être officialisé par la loi, afin de simplifier la procédure habituelle de l’époque: saisine des associations anti-fascisme, saisissant elles-mêmes les médias officiels, qui s’adressent à leur tout à l’exécutif)  ayant été rejeté par les associations compétences, le cas passe au tribunal. Les accusés tentent d’arguer de leur amour, mais peinent à convaincre le jury, le juge de l’instruction ayant bien souligné l’absence de magazine hétérosexuel au domicile de Romain. Le couple ayant récemment eu un enfant, l’enquête a de plus montré un non-respect des lois sur le congé de paternité à sa naissance, ce qui vient alourdir la peine requise.

Compte tenu de la gravité des atteintes à la souveraineté de l’Etat, le parquet décide de suivre le procureur et d’attribuer la peine maximale à Romain Dutilleux, qui la purge dans le QHS de La Santé. « Nous aurions pu le mélanger aux autres détenus, » nous explique le juge d’application des peines », mais nous avions peur que les plus faibles, ceux qui ne passent que quelques mois ici pour vol à main armée ou homicide, soient influencés et lui emboîtent le pas. Avec ce genre de tordu, il faut s’attendre à tout ».