La lutte finale

image001[1]

Ben tiens, je découvre encore une invention française qui n’a eu de postérité qu’après avoir été récupérée par un autre. De quoi s’agit-il? Eh bien du concept de lutte des classes.

Évidemment, tout le monde connait cette idée du célèbre Karl Marx et de l’un peu moins célèbre Friedrich Engels, selon laquelle le moteur de l’histoire serait l’affrontement de classes sociales, oppresseurs cherchant à exploiter toujours plus des opprimés cherchant, eux, à mieux vivre. Et donc, ce concept est en fait hérité d’historiens et économistes français du début du XIXe siècle, et on le trouve notamment sous la plume de François Guizot, ministre durant la Monarchie de Juillet. D’ailleurs, Karl Marx lui en accorde le crédit, ainsi qu’à un autre français, Augustin Thierry. Sauf que ces penseurs français étaient des libéraux, et ont une vision de la chose un peu différente des socialistes, et ce sur deux points:

  • Les premiers exemples observés proviennent à la base de luttes ethniques. En France, Thierry voit dans la lutte entre la noblesse et le clergé d’une part, et le tiers-état de l’autre, une rémanence de la domination franque (l’aristocratie qui fournit nobles et haut clercs) sur les autochtones gallo-romains (le petit peuple). Cluzot, dans l’extrait cité plus haut, estime que l’immobilisme de la société asiatique vient de ce que ses classes se sont définitivement figées en castes. On pense donc à l’Inde, où les castes supérieures, kshatrya (guerriers) et brahmin (prêtres) revendiquent descendre d’envahisseurs Aryens, tandis que les castes inférieures (vaishya et sudra) sont indigènes.
  • Inspirés par l’Ancien Régime (on se situe au sortir de la Révolution Française), ils voient comme objectif de la lutte des classes une « recherche de rente » provenant de l’impôt, payé par la classe dominée (le tiers-état) et profitant aux dominants (noblesse et clergé). Cette conception est notamment formulée par le pionnier du libéralisme Frédéric Bastiat : « l’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » Ce phénomène est bien entendu d’autant plus prégnant que l’État est fort, c’est à dire d’autant plus qu’il a de missions à mener.

Les deux points offrent bien sûr matière à réfléchir: pour le premier, force est de constater que l’immigration a largement changé l’ethnicité du prolétariat français, ce qui a coïncidé avec la fin d’une réelle volonté politique de faire du social. La fondation de SOS Racisme un an après le tournant de la rigueur du gouvernement Mitterrand, en 1983, retourne la lutte des classes en lutte des peuples. C’est là que nait le « beauf » c’est à dire la volonté de ridiculiser le prolo français inculte et raciste, tandis qu’aujourd’hui, le nouveau prolétaire ou son descendant, majoritairement musulman, semble se sentir davantage membre de l’oumma que d’une classe socio-économique (en tous cas, on les voit plus s’exprimer collectivement sur Gaza, ou le port du voile, que contre la désindustrialisation de la France).

Mais le deuxième point me semble plus intéressant. Alors que Marx (bon, du peu que j’en ai lu) ne s’intéresse à l’État que comme superstructure, c’est à dire comme construction idéologique destinée à masquer les lois de l’économie en action (c’est à dire la lutte des classes économiques), on le voit jouer ici un rôle plus central, un véritable enjeu. Or, c’est bien cet élément de plus qui nous fait comprendre les dérives du communisme et du socialisme.

Rappelons un fait: la société médiévale européenne était répartie non pas en deux classes (oppresseurs/opprimés) mais en trois: orantes, bellantes, laborantes; ceux qui prient, ceux qui combattent, et ceux qui travaillent. Or, cet ordre n’est pas né avec l’Église: ce n’est qu’un avatar du principe, identifié par l’anthropologue Georges Dumézil, d’une répartition tripartite des fonctions dans les sociétés indo-européennes: magie ou souveraineté (chez les indo-européens, le roi est avant tout un prêtre et un mage), combat, fécondité. Or, dans la lutte des classes marxienne, nous avons la troisième fonction (le prolétariat), la deuxième (bourgeoisie exerçant une violence économique). Mais où est la première, celle des clercs, des intellectuels qui conseillent la deuxième fonction, et incarnent l’autorité dont elle tire sa légitimité?

En fait, l’État n’a rien d’une structure secondaire: c’est le lieu naturel de ceux qui veulent vivre en exploitants sans se rendre coupable de l’exploitation elle-même. Le clerc est toujours symboliquement désarmé ou dévirilisé: du prêtre chrétien, à qui on interdit de faire couler le sang, au dieu nordique de l’autorité souveraine, Tyr, qui sacrifie sa main droite (celle maniant l’épée) dans la gueule du loup cosmique Fenrir. Mais, du coup, il doit bien vivre, et vit donc de rente. C’est pourquoi oublier la « recherche de rente » dans la lutte des classes, c’est oublier l’intérêt de la première fonction, la plus importante, celle qui contrôle l’intelligence, et donc les esprits.

Et de fait, qu’arriva-t-il aux régimes socialistes? Eh bien les gens intelligents, les braves gens qui conseillaient aux ouvriers de se révolter, tenaient objectivement la fonction de clercs, et ont agi en fonction: instauration d’un dogme marxiste, puis d’une quasi-religion d’état dans les pays où il s’est imposé, avec à la clé des accusations de révisionnisme, c’est à dire d’hérésie laïque. Pour finir, plus de capital, mais un État fort et donc, générant une forte rente, dont les premiers bénéficiaires sont sa destination naturelle: les clercs, devenus les fameux apparatchiks.

Et, bien entendu, dans la France de 2014, le prolétaire se fait rare (il disparait avec le travail), ce qui rend l’analyse marxiste plus compliquée; mais l’État est plus fort que jamais, ce qui rend la lutte des classes facile à comprendre dans l’optique de la recherche de rente. Il suffit de savoir qui paie le plus d’impôt, et qui en bénéficie le plus, ceux-ci étant, même pauvres ou modestes (assistés sociaux, professions protégées) plus ou moins alliés objectifs du système. Je pense que tout le monde se fera une bonne idée de ce que je veux dire.

Comment donc Marx, malgré ses observations fines, a-t-il pu laisser passer un détail aussi crucial? Peut-être s’agit-il d’un choix, ou d’une erreur de bonne foi. Peut-être, en bon Taureau, pensait-il que l’argent était un déterminant suffisant; avec Freud, autre Taureau qui explique le monde entièrement par le sexe, on a l’essentiel des motivations du signe ( il manque la nourriture; ça viendra peut-être). Ou encore, peut-être s’agit-il de son inconscient de classe de bourgeois, même déclassé. Avec la Révolution Française, la bourgeoisie détrônait la noblesse; avec la Révolution Communiste, elle détrône enfin le clergé pour asseoir son pouvoir totalement. Car, on le sait bien, les révolutionnaires sont souvent bourgeois: Lénine, Che Guevara, Fidel Castro, un des plus modestes étant Staline, qui fut par contre… séminariste, et fut encore plus clérical que d’autres, en créant un culte de sa personnalité.

Bref, la morale de tout ça, c’est, d’une part, qu’on ne devrait jamais trop s’éloigner des penseurs français; et d’autre part, que l’on sait désormais lier la recherche de rente de l’État et la fonction cléricale: conception de l’idéologie dominante et attribution de l’autorité. Du coup, si vous croisez, au hasard, un gouvernement qui réduirait toutes les dépenses sauf son propre train de vie, tout en passant son temps à vouloir modifier la culture de son pays au lieu de gouverner, vous saurez pourquoi.

 

Publicités

Tradition, trahison

ictus

 

« Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l’étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s’attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. » (Lettre à Diognète, anonyme, IIe siècle)

Voici donc qu’on me tend ce texte, dans une manifestation on ne peut plus officielle du diocèse de Paris, supervisée par un vicaire épiscopal. Du sérieux, en somme, et qui arrive à point nommé. Entre La Manif’ Pour Tous, qui nous parle des racines chrétiennes de la France, et mes lectures d’Alain de Benoist qui, avec son érudition consommée, sait mieux que personne mettre à jour les faiblesses du christianisme, n’est-il pas légitime de se demander la part du paganisme (ou plutôt des anciennes religions européennes) dans notre culture? Ou encore se demander en quoi consistent les racines chrétiennes de la France?

Prenons le cas du mariage. Est-il basé sur la complémentarité des sexes et leur fécondité? Ou bien est-ce avant tout une question d’amour, une façon d’entériner un concubinage? La première position est celle de la tradition la plus universelle, présente à toutes les époques sur tous les continents. La deuxième est celle de la modernité, même si, bien sûr, l’amour romantique est aussi universel. Et la tradition chrétienne de l’Église? Elle nous dit les deux à la fois, mais de façon distincte: le mariage traditionnel est affirmé et codifié dès l’Ancien Testament, tandis que les Évangiles (notamment Matthieu 19, 4-9) insistent sur l’unicité et la fusion dans le mariage, réfutant le divorce prévu par la Loi révélée. On peut donc probablement penser, avec Alain de Benoist, que c’est l’Église qui a mis l’amour à la racine du mariage, conception qu’il estime précisément à l’origine de l’épidémie de divorces: on aime, on se marie; on n’aime plus, on divorce. Et si c’est l’amour qui fonde en premier lieu le mariage, alors pourquoi ne pas permettre aux homosexuels de se marier entre eux? Paradoxal, mais ce ne serait pas la première fois que les valeurs de l’Église lui reviendraient dans la figure.

Et d’ailleurs, pourquoi une telle différence entre la loi mosaïque et l’enseignement de Jésus? Parce que les deux n’ont pas la même perspective: Moïse cherche à donner aux Hébreux une organisation sociale réaliste, tenant compte du lieu et de l’époque, alors que la révélation du Christ est absolue et transcendante. Saint Paul dit bien que respecter les 613 recommandations de la loi juive sans faillir est quasiment impossible, alors que penser de leur version approfondie, tenant compte des sentiments et intentions? C’est intenable, et c’est bien pour ça que le Fils de Dieu s’est fait connaître, a fondé son église, a donné sa vie, est retourné au ciel, toutes ces complications pour pouvoir revenir auprès de chaque homme individuellement: « Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur » (Jérémie 31, 33). L’Ancienne Alliance était tout le temps enfreinte, y compris sur des points semblant pourtant peu sujets à polémique (interdiction des idoles, auxquelles les Hébreux reviennent sans cesse); bref, Dieu a constaté que le moralisme ne marchait pas, et a changé de plan.

La conséquence, de cela, c’est qu’il y a un monde entre des « valeurs » ou des « traditions » et le Verbe incarné; que l’on y croie ou pas, le credo central du christianisme est, comme son nom l’indique, que le salut passe par le Christ, et notre vicaire épiscopal de l’autre jour nous disait bien que son rôle à lui était de nous donner le Christ, et rien d’autre. Et je suis tout à fait d’accord. Alors je me pose la question: pourquoi ériger en valeur de société, c’est à dire en valeur légale, contraignante pour tous les citoyens, ce qui ne vient qu’avec la communion avec Dieu?

La citation en tête d’article est la clé du paradoxe: le mariage chrétien n’est pas une tradition; simplement, les chrétiens faisant comme les autres, mais différemment, leur mariage provient de leur tradition locale (juive dans les Évangiles) augmentée de l’amour qui vient du Christ et de son imitation. D’où l’universalité du christianisme, mais aussi les conflits entre juifs et grecs qui ont émaillé ses débuts. Des traditions différentes se réunissent dans la même communauté en gardant leur identité, tout en étant transcendées et progressivement transformées par un lien commun. Que penser donc d’une tradition qui se revendiquerait chrétienne? Et, si elle devait être confrontée à d’autres traditions, avec qui communier pour dépasser la différence, cette fois?

On aboutit donc naturellement à l’impasse moderne: en érigeant en valeurs universelles et en tradition concrète ce qui aurait du rester dans le domaine de la mystique, on finit par tout gâcher et faire du christianisme un groupe sociologique comme les autres. Les chrétiens vivent dans des quartiers, voire des villes, où ils sont majoritaires; ils votent majoritairement UMP, ont parfois des prénoms tout droit sortis du XVè siècle et portent leur pull sur les épaules. Ils vivent dans un monde de pèlerinages, d’images pieuses et de cantiques, défendent leurs doctrines sur la vie, l’univers et le reste, et ont toute une littérature théologique qu’ils sont les seuls à lire. Voilà ce que pourrait donner une épitre à Diognète écrite aujourd’hui en France; je vous laisse comparer. Qu’il existe une culture française de christianisme est bien sûr normal, après des siècles d’imprégnation; mais il est dommage de ne plus distinguer de qui est chrétien, donc universel, et ce qui est local et traditionnel.

Traduttore, traditore, disent les italiens (« traducteur, traître« ), et, dans la même veine étymologique, il me semble qu’on puisse dire « tradition, trahison« , dans le cas du christianisme: la transmission de valeurs figées dans le temps trahit sa véritable essence, qui est de transcender le monde par la mystique, afin de porter sur lui un regard toujours neuf et d’être créateur permanent de valeurs. Comme les prêtres et les moines qui canalisèrent, patiemment, la culture franque païenne pour créer la France.

Le Juge des Enfers

En découvrant pour la première fois le sommaire de la Bible, je fus surpris, et, pour tout dire, ennuyé à l’avance, en découvrant un « livre des Juges ». Qu’est-ce qu’ils vont bien nous raconter,  me disais-je, des cas pratiques de droit à la sauce Âge de Fer? Heureusement, ce n’est pas le cas: prenant place après une conquête pour le moins imparfaite du pays de Canaan par les Israélites, ceux-ci sont entourés de peuples puissants cherchant à conquérir le territoire que Dieu leur avait promis. Aussi celui-ci, pour les défendre, suscite-t-il des héros surpuissants, en cas de danger, pour les sauver; ce sont nos Juges, entre autres le fameux Samson. Malgré cela, Israël ne fut pas satisfait et demanda un roi comme les autres peuples pour tenir lieu de protecteur permanent. Le temps des Juges, hommes providentiels à la mission éphémère, s’achève quand Dieu décide à contrecœur de céder à leurs demandes, alors qu’il souhaitait leur épargner le fardeau d’un gouvernement. Et de fait, la royauté commence sous de mauvais auspices, avec un roi Saül bien imparfait. Le deuxième roi, David, est un des rares à être réellement fidèle; son fils Salomon, malgré sa sagesse proverbiale, tombe dans l’idolâtrie vers la fin de sa vie.

Bref, ces fameux juges portent mieux le costume de Batman que la robe de magistrat, et leur fonction a peu de rapport avec le droit, à moins qu’on les considère aussi flics et bourreaux en même temps, ce qui est tout de même assez éloigné de notre conception de la justice.

JudgeDredd-01

Quoique

En fin de compte, il est intéressant de regarder l’histoire avec ce concept en tête: non seulement l’intervention d’hommes (et femmes bien sûr) providentiels, mais aussi le contraste avec le gouvernement permanent. Les crises de l’Église ont suscité de grands saints: aux XII-XIIIe siècle, une crise de la foi et de la papauté (qui culminera avec le schisme d’Occident) voit naitre en rang serré Saint Dominique, Saint François d’Assise, Saint Thomas d’Aquin, Saint Bonaventure et Saint Antoine de Padoue. A la naissance du protestantisme, on voit Saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d’Avila et Saint Ignace de Loyola cohabiter dans l’Espagne du XVIe siècle. Et dans un registre plus politique, voyons l’humble bergère Jeanne d’Arc sauver le royaume de Charles VII réduit à sa portion congrue; le petit caporal Napoléon remettre d’aplomb la France noyée dans le délire révolutionnaire; De Gaulle intervenant quand la IIIe République puis, en 1958, la IVe aussi se retrouvent dépassées, etc.

Voilà, il me semble de beaux exemples de Juges, et à chaque fois, apparus lors de crise des autorités légitimes, comme si la chronologie de l’Ancien Testament était déroulée à l’envers: le temps des rois étant aboli, le temps des Juges reprend son cours. Et il y aurait beaucoup à méditer sur les États-Unis, pays qui se flatte de sa démocratie, tout en vénérant ses présidents comme des rois, et qui, comme en atteste sa production industrielle de superhéros, semble appeler des ses vœux les Juges de Dieu pour le sauver. Le sauver de quoi, d’ailleurs? La question se pose.

En astrologie, en tous cas, il existe un Juge, c’est Pluton. Planète du dieu des Enfers, elle est le sceau de l’Apocalypse: comme dans le dernier livre du Nouveau Testament, elle suscite les plus mauvais côtés des signes dans lesquels elle transite pour mieux les combattre ensuite en deux occasions: lors de son transit, et par le biais des natifs de cette même époque.

pluton

C’est ainsi que Pluton en transit dans le Lion entre 1937 et 1953 a vu les premières exactions des dictatures (caricature du principe lion de gouvernement) du XXe siècle, avant de donner la génération des baby-boomers, égoïste et jouisseuse (le Lion étant le signe de l’égo et des loisirs). Pluton en Vierge, signe de stérilité, de routine et d’exactitude, a vu le début du contrôle des naissances, le « métro-boulot-dodo », et nous a donné une génération de PDGs gérant les grandes sociétés française à coups de chiffres, comme des comptables. Pluton en Balance, signe d’hédonisme et de doute, a signé les extravagances et l’explosion de la drogue dans les années 70, avant d’enfanter la génération X, consumériste et paumée.

Aujourd’hui, que penser? De 1985 à 1995, Pluton était en Scorpion, son domicile, le signe des forces cachées. Les jeunes d’aujourd’hui sont les natifs de cette époque, qui a commencé avec Tchernobyl (la radioactivité est un thème Scorpion) mais surtout a vu l’émergence d’une nouvelle donne politique. Et je ne parle pas seulement de la chute progressive de l’empire soviétique, mais aussi, en France, de la transformation progressive de la culture ambiante par le socialisme: apparition de l’antiracisme, Fête de la musique comme coup d’envoi du festivisme niais qui étouffe chaque jour un peu plus ce pays. Bref, une nouvelle classe de realpolitik: la modification directe de la culture, désormais imposée de force par l’élite au lieu d’évoluer naturellement. « L’hégémonie idéologique et culturelle précède la victoire politique »; cette phrase du communiste Gramsci est, paradoxalement, la clé de voûte de cette époque de fin de règne du bloc de l’Est. Phrase que la droite n’aurait jamais du oublier; l’abandon de la culture et de l’intellect à la gauche pour s’occuper des « affaires sérieuses » (c’est à dire son portefeuille) a scellé sa déconfiture actuelle, n’ayant plus d’autre valeurs à défendre que celles de ses ennemis.

Pluton en Scorpion dévoile à ceux qui le veulent bien la source du pouvoir, et malheur aux vaincus. Mais justement, la planète semble bien avoir marqué les natifs de son sceau. Car, massivement, ces jeunes ne croient ni ne lisent les journaux comme leurs parents. Que font-ils, et qui écoutent-ils? De plus en plus, les voix, justement, de la politique du réel. Alain Soral. Dieudonné. Vladimir Poutine. Même chez les familles bien comme il faut; et d’ailleurs, les jeunes de La Manif’ Pour Tous ne semblent pas forcément partis pour écouter ni leurs parents, ni leurs évêques. Bon, pour l’instant ils affluent à l’UMP, leur « famille politique naturelle » (lol), mais il faut bien se faire les dents.

En tous cas, Pluton semble bien avancer ses pions; certes, elle le fait également dans les générations précédentes, mais l’effet de masse d’une génération entière peut tout changer. L’État faiblit, et le temps semble s’écouler de nouveau à l’envers; du temps des rois, ou plutôt des roitelets, vers un nouveau temps des Juges. Comme disent les Chinois, nous  risquons bien de vivre en des temps intéressants.

Ite, missa est

Comme certains d’entre vous le savent, il se tenait récemment à Science Po une Queer Week, semaine de découverte des sexualité alternatives. Événement se présentant comme, selon le site officiel « reprenant la tradition américaine de ces semaines de débats, de conférences et de festivités », à ceci près que, pour ce qui est des débats, la contradiction fut rapidement mise à la porte manu militari, comme s’en félicite ce webzine LGBT(QI etc). Passons; on sait depuis longtemps (sauf Béatrice Bourges, visiblement) que les partisans de l’ouverture d’esprit voient bien souvent la paille dans l’œil des autres avant de voir la poutre dans le leur, et la fable du pot de terre contre le pot de fer est plus que jamais d’actualité. De toute façon, s’il me semble positif que des catholiques cessent de regarder leur nombril pour s’impliquer dans la vie de la Cité, le ‘Printemps Français’ a encore de gros efforts de lucidité et de maturité à faire pour devenir une force crédible. En France, le christianisme n’est plus en pays conquis; on le regretter, mais il faut en prendre acte pour avancer.

Il y aurait bien sûr des tas de choses à dire sur cette semaine dévolue au plaisir, avec des ateliers consacrés au porno, aux sex toys etc. (dixit le programme officiel), et sur l’image que cela donne de la communauté LGBT; sur cette fameuse théorie du genre qui n’existe pas selon notre gouvernement (probablement parce qu’ils la considèrent comme un fait acquis et évident) et qui se trouve en vitrine dans une des plus fameuses usines à élites de notre République. Il est d’ailleurs savoureux de voir cette boîte à bac montée en graine, apprenant à ses élèves à répondre dans les cases des concours de la fonction publique,  se piquer de faire une apologie de la liberté individuelle.

Cependant, ce n’est pas de tout ça dont je veux parler, mais, plus précisément du premier happening de la semaine, le « rituel d’activation des fétiches » (cf. programme du lundi). Ce happening se veut d’inspiration chamanique, ce qui éveille mon intérêt. Or, voici que j’en trouve une description, faite par des élèves:

« Dans le jardin de l’école s’est tenu un véritable rituel chamanique, rigoureusement antichrétien et singeant la liturgie catholique (utilisation de croix inversées et de chapelets). Cette procession, censée promouvoir la tolérance aux sexualités alternatives, a conjuré la Manif pour tous en piétinant ses drapeaux avant de les brûler »

Bon, le site source, Égalité et Réconciliation, étant plutôt partisan, il faut bien sûr faire la part des choses, et je me garderais de me prononcer sur la véracité de cette description. Qui plus est, au vu du programme, je ne peux me demander sans sourire quels « fétiches » sont exactement censés être activés par ce rite. Cependant, si cette « cérémonie d’inauguration » s’est bien déroulée ainsi,  je me dois de corriger ces élèves, décidément bien ignorants en matière de culture religieuse. Il n’y a là rien de chamanique: il s’agit d’une messe noire.

cene_satanique

En effet, qu’est-ce qu’une messe noire? On s’en fait souvent l’imgae d’un prêtre encapuchonné sacrifiant une chèvre ou jeune vierge sur un autel, mais en fait, ce type de cérémonie correspondrait plutôt à un rituel païen plus ou moins dévoyé (à la manière des sacrifices d’enfants à Moloch, dénoncés par la Bible et les Romains chez les peuples puniques de Canaan et Carthage). Mais si ce genre de phénomènes lugubres a existé depuis longtemps chez des peuples variés, la messe noire, comme son nom l’indique, est spécifiquement une réaction anti-chrétienne. Il s’agit essentiellement d’un rite de blasphème, parodiant la liturgie de la messe catholique, dans le but d’acter un refus de suivre les commandements du christianisme, vus par les pratiquants comme un carcan moral inacceptable. Le sacrifice y est secondaire, plutôt symbolique; le vin et l’hostie peuvent être utilisés précisément pour se rapprocher de la véritable messe (bien que l’usage puisse en être bien différent), même si, bien sûr, certains groupes puissent aller plus loin. A défaut, on a ici l’holocauste (sacrifice consistant à brûler entièrement l’offrande) des drapeaux de La Manif’ Pour Tous, qui peut rappeler l’anathème antique.

On peut trouver cela exagéré, tiré par les cheveux, mais après tout, cela me semblerait tout à fait cohérent avec le contexte. Vu le message de jouissance sans entrave que le programme de la semaine semble afficher (et qui, pourtant, ne me semble  pas consubstantiel de l’homosexualité), on peut comprendre que le fait de s’affranchir des contraintes morales aide à se mettre dans l’ambiance. Cette attitude est même compréhensible, dans une certaine mesure, pour des personnes ayant reçu une instruction chrétienne dévoyée, trop sévère, inculquant des valeurs rigides ne laissant pas la place au pardon et à la charité. C’est d’ailleurs probablement pourquoi la musique metal et son cortège de satanisme et néo-paganisme provient surtout de pays protestants, forme de christianisme se distinguant généralement par son austérité. Cependant, outre que le remède me semble d’une efficacité douteuse, une personne qui pousserait cette logique jusqu’au bout aboutirait à s’affranchir de toutes valeurs et toute notion de honte; et cela ne s’appelle pas un homme libre mais un psychopathe.

Si, donc, ce happening s’est bien déroulé ainsi, on peut se demander ce qui est passé par la tête des artistes et des organisateurs. Je me doute bien que la plupart des participants n’auraient de toute façon pas su de quoi il retournait, mais je doute qu’on puisse recréer « accidentellement » les mécanismes de la messe noire en faisant du chamanisme, qui consiste principalement à entrer en transe par le moyen d’un rythme musical et d’hallucinogènes. Et puis, avec tout le respect que je dois à la religion sataniste, ne serait-il pas légèrement contraire à la laïcité de célébrer ainsi son rite dans un établissement d’enseignement public?

Le retour du Roi

aragorn-dans-le-retour-du-roi[1]

Peut-on être catholique sans être royaliste? La question peut se poser, tant il est vrai que le Christ (et, avec lui, tous les baptisés) est prêtre, prophète et roi, et non pas président ou premier ministre. D’ailleurs, le verrait-on faire le tour des marchés à serrer des paluches pour se faire élire? Beurk. Enfin, bien sûr, le simple fait que tous les baptisés aient également la vocation royale peut tout aussi bien légitimer la démocratie, même si d’une façon différente de notre république, d’inspiration franc-maçonne. A commencer par le fait que chacun devrait être maître chez lui (et ne pas se laisser dicter le fonctionnement de son foyer par une morale d’état extérieure), et posséder son outil de production (au lieu de rester le serf d’une entreprise); de toute façon, la liberté est forcément à ce prix, et c’est d’ailleurs plus ou moins ainsi que Marx envisageait sa société sans classes. Mais bon, ceci étant dit, une autre question se pose: peut-on être français sans être royaliste? Regardons un peu notre histoire; à votre avis?

Soyons sérieux deux minutes: depuis qu’ils sont républicains, les Français n’ont jamais cessé de plébisciter les hommes forts; Napoléon, Boulanger, De Gaulle, et même Mitterrand ou Sarkozy. Dans la Ve république, le rôle présidentiel est clairement un substitut du trône. Est-ce vraiment étonnant? Après tout, le Roi de France n’était pas seulement couronné (soit, en somme, une simple nomination civile) mais sacré; désigné par Dieu, et non pas seulement par la société laïque. Pas étonnant, donc, que la trace du roi-prêtre, lieutenant terrestre du Christ, reste gravée dans l’inconscient collectif français. On trouve même des journalistes, dans la large majorité de gauche et laïques, pour parler d’onction du suffrage universel. Alors bon, pourquoi supporter des élus médiocres alors qu’on pourrait avoir des aristos, peut-être médiocres aussi, certes, mais avec au moins un poil plus de panache?

Eh bien, pour le savoir, c’est tout simple; faisons le tour des prétendants au trône (sans compter le comte de Paris, qui va sur ses 81 ans; ça fait un peu beaucoup pour une prise de fonctions politiques):

  • Jean d’Orléans, prétendant orléaniste: titulaire d’un MBA d’une université californienne, a travaillé dix ans comme consultant dans le groupe Banques Populaires
  • Louis de Bourbon, prétendant légitimiste: master en finances, ayant participé à un MBA (sans l’avoir, je suppose), a travaillé à la BNP ainsi que pour une banque vénézuelienne
  • Jean-Christophe Napoléon, prétendant impérial: diplômé d’HEC Paris, travaille dans un fonds d’investissement londonien après deux ans chez Morgan Stanley, célèbre banque d’affaires

Alors bon, que dire? Je ne doute pas une seconde qu’il s’agisse de gens bien, voire que leur cursus puisse faire d’eux d’excellents hauts fonctionnaires (davantage, en tous cas, que nos ministres sciencepotards), mais niveau crédibilité, il y aurait à redire. Déjà, la finance est notoirement un cheval de Troie de la culture angloaméricaine, et je vois mal quelqu’un ayant trempé à ce point dans le fiel de la perfide Albion devenir le porte-étendard de l’identité française. De plus, vous voyez un roi expliquer qu' »après une première expérience réussie dans une grande banque d’affaires, ayant confirmé son goût et ses compétences pour les relations internationales acquises au cours de ses études, je souhaiterais désormais franchir un nouveau niveau de responsabilités« ?

Pour une carrière professionnelle, c’est parfait, mais niveau panache, c’est pas trop ça. En comparaison, l’écrivain contemporain Marin de Viry, auteur de l’excellent Matin des abrutis et issu d’une vieille maison savoyarde, est au moins passé par Saint-Cyr avant de faire carrière dans le privé. Au moins avait-il compris, comme disait Cyrano, que l’on n’abdique pas l’honneur d’être une cible.

Bref, c’est tout à ces réflexions qu’un fait, tout d’abord très discret, a fini par s’imposer dans mon esprit. N’étant croyant que depuis un an, je découvre progressivement ce monde à part qu’est la France catholique. Il n’y est en fin de compte presque jamais question de rois, ou alors presque comme une boutade ou comme horizon extrêmement vague; mais il est une figure royale qui revient, de façon sérieuse et circonstanciée: celle de Louis XVI. Outre la poignée de gens qui commémorent son exécution le 21 janvier (qui fut d’ailleurs journée de deuil national pendant 17 ans, à la Restauration), il s’en trouvent encore plus pour l’honorer comme martyr, et j’ai vu une paroisse pas spécialement traditionaliste organiser la lecture de son testament. Dans l’église. Alors, face à ce culte qui ne dit pas son nom, à quand le procès en béatification?

Louis_XVI_en_habit_de_sacre[1]

Bien évidemment, je ne suis pas le premier à y penser. Déjà quelques mois après l’exécution, le pape de l’époque avait souligné tous les aspects permettant d’espérer qu’une telle démarche puisse aboutir. Encore faudrait-il qu’un archevêque de paris se décide à la lancer, car c’est à lui que revient de proposer le dossier à la curie romaine. Et c’est bien là que le bât blesse, car c’est là que la démarche devient politique: cela reviendrait à clamer à la face de la République qu’elle n’a pas tant condamné Louis XVI à cause d’un crime supposé (ce dernier ayant, selon toute probabilité, plutôt souhaité garder une parcelle de pouvoir mais pas mener une Contre Révolution radicale) mais bien plutôt qu’elle l’a supprimé précisément pour ce qu’il était: le Roi sacré, lien du pays avec Dieu et l’Église. C’est pourtant bien ce qui semble être le cas, et cela explique bien la « religion de la République ». Si celle-ci, qui apparaît à la Révolution (avec son cortège d’idée folles auquel Napoléon coupe court, tout en conservant et développant les aspects les plus pertinents) fut longtemps atténuée par des dirigeants chrétiens, réapparait de nos jours en pleine force avec la fameux « pacte républicain », aussi dogmatique qu’obscur, mais de façon très nette et explicite chez notre cher ministre de l’Education.

Reconnaitre un tel fait serait donc éminemment politique. Si l’Église le fait, elle accuse la République d’un crime, et même d’un sacrilège, ce qu’elle ne semble pas prête à faire. Le mieux serait que le Président ou l’Assemblée le fassent. Après tout, pourquoi pas? On commence à être rôdé sur les lois mémorielles et autres auto-flagellations. Et pour ma part, je pense que cette fois, l’exercice serait réellement salutaire; c’est, à mon avis, la seule façon de réellement réconcilier la France avec son passé et son identité. Mais ça impliquerait de se mettre en porte-à-faux avec tout ceux qui profitent de ce clivage, et qui, précisément, construisent leur autorité sur cette nouvelle religion.

Religion, donc, fondée par un sacrilège et un sacrifice de sang à une idole (la République). Pas étonnant que la France souffre depuis lors: défaites militaires à la pelle (alors que l’armée du Roy était réputée invincible, chape de plomb de la morale bourgeoise, dogmatique et hypocrite (de la censure des Fleurs du Mal à nos commissaires politiques socialistes), suivisme servile du supérieur du moment (Angleterre à l’ère victorienne, USA depuis les années 60). Bref, il semble bien qu’avec son roi-prêtre, la France ait perdu sa vitalité et ne fasse, depuis, que continuer sur sa lancée avec plus ou moins de bonheur. A l’heure actuelle, environ 20% de la population pense qu’être gouvernés par un roi serait une bonne chose, et à peine moins pense que cela garantirait davantage les libertés individuelles. C’est loin de la majorité, mais c’est loin d’être ridicule pour une idée qu’on aurait pu croire appartenir à un passé révolu. Et Dieu sait comment évolueront les choses en ces temps d’échec patent et généralisé des institutions si la situation, de pénible, devient insupportable.

 

Victoire par chaos

francois-hollande_scalewidth_630[1]

Quelques psychologues de magazine ont cherché à décortiquer le thème d’une personnalité aussi en vue que notre cher président (même avant son accession à la magistrature suprême, d’ailleurs) avec des résultats mitigés: globalement, personne n’a semblé arriver à en dire grand’chose; trop normal, peut-être. Des astrologues se sont penchés sur la question, sans forcément apporter de grandes lumières à la question. J’en ai même trouvé une sur le net qui, tout en indiquant les date et heure de naissance correctes, a réussi à ne pas analyser le bon thème; c’est dire (genre deux bonnes années d’écart). Au reste, même si c’est hors sujet, je tiens à rétablir la parité en signalant cet astrologue, mâle, que j’ai vu affirmer avec aplomb que Manuel Valls, né en plein mois d’août, était donc natif du Cancer, alors que la première coiffeuse venue sait bien qu’il s’agit de la période du Lion.

Bref; déjà, comme j’imagine que tous mes lecteurs ne savent pas de quoi je parle, un thème astral est un « cliché » du ciel tel qu’il était à la naissance d’une personne. Il dépend donc du lieu, de la date et de l’heure de naissance; on y retrouve les positions des planètes dans les signes (le tout désigné par des glyphes), ainsi que l’Ascendant, qui dépend de la position de l’horizon par rapport à la roue des signes. A ces données brutes s’ajoutent ce qu’on appelle les aspects, c’est à dire les conjonctions (planètes voisines qui se retrouvent liées de facto), indiquées par de petits cercles; aussi, les angles remarquables (30°, 60°, 90° et 180° principalement) que forment les planètes entre elles, indiqués par des segments colorés. Voici donc celui de notre intéressé:

Alors oui, du coup, c’est un peu dur à lire au début. On peut y voir, déjà, les liens avec des parents, que les psys ont pu évoquer, mais également bien d’autres choses:

  • Rapport difficile mais structurant avec le père: Soleil (paternité), conjoint Pluton (puissance et conflit) en Lion (goût du spectacle, utile en politique!)
  • Relation plus propice avec la mère, qui l’oriente vers le socialisme: Jupiter (réussite et chance) en Cancer (famille maternité), signe où la planète est exaltée (gain de force)
  • La Manif Pour Tous appréciera le fait que Jupiter soit ici conjointe à Uranus en Cancer, ce qui peut se traduire par: la réussite (Jupiter) est liée à une révolution (Uranus) de la famille et des traditions (Cancer)
  • L’orientation politique se traduit par la recherche de responsabilités: Lune (planète maîtresse du cancer) en Capricorne (maturité, responsabilités). La lune est ici en exil, c’est à dire au minimum de force, ce qui peut impliquer une certaine sécheresse, ou un gros poids des responsabilités
  • Et le tout se traduit en énergie active: Mars (planète de l’action) en Sagittaire (signe dominé par Jupiter); Sagittaire qui est aussi le signe de l’étranger au sens large, ce qui est de bonne augure dans un parti qui courtise les descendants de l’immigration.
  • On voit également une conscience aigüe des forces en action dans l’arène politique: Saturne (sagesse, prudence) en Scorpion (forces cachés).
  • Un sens de la séduction (si si, il en faut bien pour réussir en politique) donné par Vénus (rapports sociaux, charme) en domicile (maximum de force) en Balance (diplomatie, éloquence).
  • Enfin, un Ascendant Gémeaux, signe de l’intellect et de l’humour, qui peut expliquer sa réputation de grande intelligence et son fameux goût des petites phrases assassines.

Mais un point qui me semble particulièrement intéressant est la concentration de plusieurs aspects sur Lilith, la lune noire. Cette entité astronomique n’est pas un corps céleste, mais le deuxième foyer de l’orbite de la Lune (le premier étant la Terre) et, si sa définition actuelle est relativement récente (1937), l’astrologue Hadès, notamment, lui reconnait une grande puissance. On lui attribue la représentation de l’inconscient personnel freudien, mais surtout de celui de Carl Jung: l’archétype de l’Ombre, le « jumeau maléfique » présent dans bien des mythologies ou même des histoires contemporaines (voir Dark Vador dans Star Wars). L’archétype jungien, évolution de la notion freudienne de ‘complexe’ (qu’il avait lui-même formulé alors qu’il était disciple de Freud) représente une fonction de l’inconscient qui, mal prise en compte, prend en quelque sorte une personnalité propre, une forme humaine avec laquelle il est possible de dialoguer, se qui se fait soit par dialogue intérieur, soit par projection sur un tiers. Et l’Ombre, parmi les archétypes, est celui qui sert de réceptacle à toutes nos tendances refoulées (pas toutes mauvaises, mais au moins immatures), ce qui fait de lui un « repoussoir »; l’Ombre fait peur, et attire, globalement, des réponses émotionnelles intenses.

Jung, non content de délimiter son rôle thérapeutique, note avec sagesse, son rôle dans les relations humaines: ainsi, souvent, la peur de l’autre est souvent la peur de notre propre Ombre. C’est la parabole de la paille qu’on voit dans l’oeil de l’autre sans voir la poutre dans le notre; comme le fait remarque Jung, les recommandations du Christ (mais aussi de l’Ancien Testament: « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Lévitique 19:18) ont pour effet de pacifier les rapports avec l’Ombre, donc avec nous-même.

Pour conclure ce large détour psychologique en astrologie (j’ai mis longtemps à me décider d’écrire cet article, tant le boulot à faire me fatiguait d’avance), le rapport à cet archétype est piloté par Lilith, selon différentes modalités représentées par les signe du Zodiaque, en particulier:

  • La « double personnalité » que l’on associe au Gémeaux (à la fois rieur et parfois sec et cassant), sans forcément l’expliquer: il s’agit d’un signe intellectuel, mais parfois superficiel, donc peu enclin à l’introspection. Or, une telle attitude, nous dit Jung, est le meilleur moyen de faire croître l’Ombre. En fin de compte le signe du Gémeaux peut amener à développer l’Ombre, mais sans s’en rendre compte (défaut d’introspection) car elle se retrouve projetée sur les autres. Ce signe étant associé aux adolescents, on retrouve la tendance de la jeunesse à trouver des « cons » partout, y compris chez les ados attardés que sont bien des caricaturistes (Cabu et ses éternels flics à moustache).
  • A l’inverse, le signe diamétralement opposé au Gémeaux, le Sagittaire, est celui de l’étranger: l’homme est en accord avec son ombre (le Sagittaire est mi-homme mi-cheval, c’est à dire qu’il accepte ses aspects inférieurs) et donc avec les autres, aussi différents soient-ils.
  • Enfin, la Balance, le signe de la négociation, est le deuxième signe d’air (c’est à dire d’intellect) après le Gémeaux; il illustre bien la nécessité, pour la maturité, de composer avec son Ombre. A un telle point que ce signe, vénusien, est le patron des arts, mais aussi de la paresse et de la lascivité: on finit par accepter ses pulsions inférieures sans faire de discrimination.

Voilà voilà. Bien. Revenons donc à notre natif qui a, justement, Lilith (dont le glyphe est un croissant de lune surmontant une croix) en Balance (en bas à droite) recevant des aspect de bien des planètes, et l’Ascendant en Gémeaux; deux positions de force pour Lilith, mais aussi les deux mécanismes psychologiques majeurs liés à l’Ombre: la projection, la négociation. Et, si l’on regarde bien, c’est là, dans ce rapport à l’Ombre qu’est tout le talent de François Hollande.

En effet, qu’est-ce que la gauche? C’est, depuis Mitterand, un outil avant tout idéologique visant à censurer toute idée adverse par la diabolisation, puis l’action en justice (la victoire importe d’ailleurs relativement peu, l’essentiel étant de faire perdre du temps et de l’argent aux cibles afin de leur faire passer le goût de recommencer). Ce travail incombe principalement aux nombreuses associations droitsdelhommistes anti-discrimination, qui sont autant de phalanges paranoïaques (par la force des choses) et hystériques, représentant parfois des sensibilités incompatibles, voire ennemies (l’islam ou le judaisme ne font pas bon ménage avec les revendications LGBT).  Et donc, François Hollande seul, au PS a su équilibrer ces tendances en leur évitant de s’entredéchirer. Par projection de l’Ombre, il concentre la haine de ses troupes sur des ennemis désignés, les « fachos », L’Eglise, etc, tandis que ses ennemis, eux, se concentrent sur de problème du musulman, de la féministe, de l’immigrant etc sans voir ceux qui se tiennent derrière. Puis, par négociation, il se fait l’arbitre entre les tendances et leur point d’équilibre (symbolique Balance). On le dit mou et inconsistant, ne sachant que rechercher le consensus; mais c’est précisément ce qui lui donne ce pouvoir sur ses troupes. Ce faisant, il a su mieux que personne marcher dans les pas de Tonton, qui pourtant le méprisait; comme disait l’autre, « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire » (Matthieu 21,42, en référence à Psaumes 118, 22).

Au vu de tout cela, il me semble urgent de chercher l’unité, d’insister sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare, afin de ne pas enter dans le jeu des projections. Car en fin de compte, comment croire que le « Grand Remplacement » des Français de souche par des immigrés soit l’urgence principale, alors que les musulmans s’allient à la Manif Pour Tous, et que les jeunes de banlieue suivent massivement le catholique pratiquant Dieudonné (lui-même pas franchement souchard) et le « catholicisant » Alain Soral? Comment ne pas voir que les causes des femmes et des homosexuels sont détournées par une minorité d’idéologues aux motivations douteuses, ni que la plupart des juifs sont pris en otages par certains membres de leur propre communauté, alimentant la peur du nazisme pour mieux servir leurs intérêts? Comment, enfin, ne pas voir le spectre maçonnique derrière tant d’athées et de laïcards de bonne foi?

Bref, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté; seul un vrai effort (parce que c’est dur, il faut bien l’admettre) de fraternité permettra de sortir de la toile tissée depuis trente ans par les faux prophètes. Et pour les cathos, peut-être faudra-t-il rappeler que l’oecuménisme et la tolérance ne sont pas des produits de la Nouvelle Théologie, puis de Vatican II, mais sont bel et bien ancrés radicalement dans les Écritures, car Pierre lui-même dit:

En vérité, je me rends compte que Dieu ne fait point acception de personnes mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. (Actes des apôtres 10, 34-35)

Le porteur de lumière

ananas

Que voulez-vous qu’un juge ou un procureur fassent contre un chansonnier, qui répond « recette de cuisine » quand on lui dit « provocation à la haine et à la discrimination raciale »? Pas grand’chose à priori, à moins de se reposer allègrement sur le côté interprétatif du droit; c’est à dire, appelons un chat un chat, à l’arbitraire (au sens premier du mot: le fait de trancher, prendre une décision). Ou alors, il y avait bien sûr l’option la plus évidente: laisser tomber, comme le conseillèrent même des gens convaincus de la culpabilité et de la « nauséabonderie » de Dieudonné. Et pourtant, voilà que pour faire taire un seul humoriste, les élites qui gouvernent la France transforment le pays en dictature de fait, où la jurisprudence permettra désormais de censurer une oeuvre pour « atteinte à la dignité humaine constituant un trouble à l’ordre public », le tout dépendant uniquement de l’appréciation du juge. Autrement dit, selon la formule de l’Ancien Régime: « Car tel est notre bon vouloir« .

Bon, il fallait être aveugle pour croire encore à une réelle liberté d’expression en France, vu toutes les sanctions potentielles qui existaient déjà en cas de « dérapage » (c’est à dire, pour les lecteurs qui n’auraient pas la chance de vivre dans notre beau pays, un propos jugé raciste ou négationniste par les milieux autorisés, associations et médias). Entre les procès multiples, les amendes exorbitantes, le harcèlement par voie de presse, l’abandon des éditeurs/producteurs (qui aiment à se poser en grands défenseurs de la culture, mais uniquement tant que ça n’affecte pas leur porte-monnaie), il fallait avoir le moral et les finances solides pour ne pas se retrouver broyé, même en cas de jugement favorable. Mais bon, la main de fer gardait tout de même son gant de velours: on restait dans le droit (même vicié), et le « dérapeur » avait en général droit à un avertissement sans frais.

Pourquoi donc envoyer tout ça valdinguer, en se révélant brutalement, tout ça pour une mouche du coche qui, meilleure stratège que d’autres, a su sécuriser son approvisionnement en argent frais, afin d’encaisser toutes les procédures qu’on lui lançait à la figure? Pourquoi ne pas « démontrer » qu’il a tort en le laissant parler, comme l’aurait pu faire un Mitterand? Ou même lui organiser un assassinat discret et pseudo-accidentel, comme l’aurait pu faire Mitterand là aussi? Beaucoup, donc, se posent cette question (y compris, comme je le disais, des gens qui estiment que notre VRP en quenelles est un odieux antisémite), mais je pense que la raison est simple à partir du moment où l’on cesse de vouloir à tout prix une explication rationnelle: pour les individus de l’ombre qui ont pris Dieudonné en grippe, ces moqueries sont trop insupportables pour les laisser dire, même si cela doit faire perdre un avantage stratégique. Cet article partage mon avis, et explique bien les dégâts que l’humoriste franco-camerounais est en train de causer à l’idéologie des « élites » qui dirigent la France en sous-main. Il me semble d’ailleurs intéressant de développer l’aspect sacrilège du rire, et ses mécanismes, car il y manque quelques points importants à examiner.

Un vénérable guide spirituel!

Un vénérable guide spirituel!

Tout d’abord, l’article en question commence par une vidéo, un extrait du film Le Nom de la Rose, où apparaît cette phrase:  » Le rire tue la Peur, et sans la Peur, il n’est pas de Foi », qui sert de base à l’argumentation. Or, je n’en suis pas franchement convaincu, et d’ailleurs, le moine qui en est l’auteur a l’air passablement cinglé; sans aller jusqu’à l’argument ad hominem, il y a tout de même de quoi être méfiant. De plus elle se retrouve isolée de son contrepoint,  le personnage de Sean Connery (moine également) prenant la défense du rire de façon solidement argumentée. Il semble donc un peu rapide de parler du rire qui désacralise et salit tout, détruit toute foi.

Qui plus est, rappelons que le Christ a lui même dit: « Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné  » (Matthieu 12, 32) et que les moqueries qu’il reçoit durant la Passion, en l’humiliant, contribuent à son avènement; elles le font en fait grandir. Simplement, ce qui prête à rire, c’est le mécanique plaqué sur du vivant d’après la formule immortelle de Bergson; une substance morte cherchant à imiter la vie, ou à l’inverse la vie perdant son essence. Le rire est précisément un moyen de défense contre cette perte de vitalité. Et puisque qu’on parle de mort et d’imitation, il y avait autrefois un nom qu’on donnait au Christ, mais qui désigne de nos jours quelqu’un de bien différent: le Porteur de Lumière, soit, en latin, Lucifer

lucifer[1]

Ce nom pourrait n’être qu’un parmi tout ceux dont on affuble le Diable (peu importe qu’il désigne ou non une entité séparée), mais réfléchissons-y une minute: pourquoi un nom aussi…joyeux? Pourquoi un titre utilisé pour le Christ, d’autant que tous deux sont parfois aussi appelés « Étoile du Matin », d’après la planète Vénus (aussi surnommée Étoile du Berger) dont le lever précède de peu celui du Soleil)? Tout simplement parce qu’il désigne un aspect particulier de Mal: l’imposture, la falsification de la Parole de Dieu. C’est lui qui inspire à la fois les crimes « au nom de Dieu », la sévérité déplacée et les crises mystiques trop exaltées (tandis que « la Vérité vous rendra libre » (Jean 8, 32), et même serein), qui amène le faux Saint-Esprit dont parlent certains occultistes, une inspiration très forte, mais menant à l’erreur, voire à la folie. Et bien sûr, il est aussi le « patron » des mystificateurs et des faux prophètes de toute sorte. Il agit, en fin de compte, comme ces naufrageurs qui allumaient des lanternes imitant les phares, afin de guider les navires vers les récifs, et il ne fait aucun doute qu’il a berné bien des religieux, même (et c’est le plus triste) de bonne foi, comme c’est probablement le cas du moine aveugle (n’est-ce pas…) du Nom de la Rose.

Ainsi, dans toutes les religions, il y a une part de Vie qui provient réellement de Dieu (car toutes les cultures ont leurs perles de sagesse) et une part de dogmes fumeux, de rites mal compris et de mystique de mauvais aloi, qui provient de Lucifer. Or, si Lucifer imite le Christ, plus généralement, le Diable imite la vie; et autant la vraie vie n’a rien a craindre du rire, autant son imitation guidée par Lucifer ne peut le supporter, car elle est précisément ce que le rire cherche à combattre: du mécanique plaqué sur du vivant. Si les adversaires de Dieudonné cherchent à le faire taire, c’est parce qu’ils ne sont que des coquilles vides, des morts-vivants ne subsistant que par la mythologie qu’ils entretiennent (pour les principaux coupables) ou par le prestige lié à leur charge (pour les complices). C’est leur non-vie qui est en jeu; en cela, le fait de privilégier cette attaque frontale se comprend. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus, car en agissant ainsi, la coalescence des mécontentements dont je parlais il y a quelques mois a pu se faire autour du visage, enfin révélé, des véritables dirigeants du pays et de leurs méthodes. La fissure entre la vraie France éternelle et celles des imposteurs s’est amorcée, et s’il sera possible de la ralentir, il n’y a plus grand chose à faire pour l’arrêter.

Comme je le disais dans mon article précédent, 2014 devrait être une année intéressante!

2014

Quenelle(s) Lyonnaise(s) - Photo Studio

Mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. Je sais pas vous, mais pour moi, cette année commence bien. Si 2012 était l’année de la lose et 2013 l’année de l’ascèse, 2014 ne rime pas avec grand chose, mais devrait être un bon cru. J’aimerais profiter de cette occasion pour honorer ceux qui font que l’histoire a bien un sens, au lieu d’être une bête succession de jours où « ce qui fut, cela sera, ce qui s’est fait se refera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ecclésiaste 1,9), à commencer bien sûr par cet aventurier des temps modernes qu’est Dieudonné M’Bala M’Bala, l’homme par qui la France reprend enfin son statut de phare pour les peuples opprimés, sans parler de la formidable publicité qu’il fait à la cuisine lyonnaise.

Vous trouvez que j’exagère? Pourtant, voilà un homme qui aurait pu tracer sa route tranquillement tout en restant honnête. Continuant sur la lancée de son duo avec Elie Semoun (des années que l’on imagine bien pénibles pour un antisémite notoire!), il pouvait connaitre la gloire du cinéma, les fêtes Canal+ et autres, et pourtant le voilà qui prend, mine de rien, des risques, pour faire ce qu’il estime être le Bien. Que voulez vous, il y a des gens qui réagissent comme ça à force de vivre dans un pays sclérosé par les abus d’une élite bête, méchante, inique et à moitié folle, allez savoir pourquoi. Et le voilà le point de mire des politiciens, des médias, et sa renommée passe même les frontières. Comparé à tous les comiques actuels qui n’assurent même pas le minimum syndical de distraction (sans parler du devoir sacré du bouffon qui est d’égratigner les puissants), il mériterait bien la Médaille du Travail!

En tous cas, je souhaite aux politiciens volant avec zèle au secours de leurs réseaux de la dignité humaine un bon appétit, en leur recommandant de ne pas se goinfrer de quenelle sauce camerounaise; car c’est un plat assez étouffe-chrétien, pouvant provoquer l’asphyxie de crédibilité puis, rapidement, la mort politique par excès de ridicule.

Gangster moderne

ennemipublic

Il y a aujourd’hui un an, le 28 février 2037, que Romain Dutilleux était condamné à 30 ans de prison, dont une peine de sûreté de 20 ans, mettant fin au règne de terreur de ce malfrat hors normes. Revenons aujourd’hui sur la carrière de ce pilier du crime, qu’on a appelé « le Roi de la vaporette », suite au célèbre trafic de cigarettes électroniques dont il fut le pionnier.

Né le 17 juillet 2009 à Paris, deuxième enfant d’Arnaud Dutilleux et de Camille Moignard, les premières années du jeune Romain sont nimbées de douceur. Paris-Plage, Nuit Blanche, concerts anti-racisme, il baigne dans ce que la vie parisienne a de meilleur. Mais cela ne le protégera pas du drame familial: en 2017, son parent 1 reçoit une promotion, et se retrouve désormais bien engagé dans la troisième tranche d’imposition. Dès lors, son comportement commence à changer, et tout bascule. »Notre père (sic) devenait parfois grognon » se souvient sa grande soeur. « Lui qui nous avait appris l’importance du partage, on l’entendait dire des choses terribles, comme ‘tas de fainéants’, ou encore ‘et dire qu’on paie pour tout ça!’. Il me faisait peur… ». Le parent 2 demande et obtient bientôt le divorce et la garde des enfants, mais il est trop tard. A la fin de l’année scolaire, Romain ramène un Monopoly en classe: pour lui, les dés sont jetés, il marchera dans les pas d’Arnaud.

Camille Moignard aurait bien vu son fils passer un master de lettres modernes, qui lui aurait assuré un bel avenir d’employé de mairie; mais Romain ne l’entend pas de cette oreille. A l’âge adulte, il se lance dans le commerce des e-cigarettes, à l’heure où celui-ci était encore toléré. Quand l’interdiction vient, en 2030, il ne l’accepte pas. Il cherche aussitôt à continuer son business douteux, même si sa morale le travaille, le forçant à se justifier: « qu’est-ce qu’ils peuvent être c…, c’est juste de la p….. de vapeur d’eau! » répète-t-il à l’envi, d’après son entourage de l’époque. Avec l’aide d’anciens employés et fournisseurs, il organise un approvisionnement depuis la Belgique. C’est le début du réseau qui allait faire sa fortune, distribuant vaporettes et recharges dans toute la France.

Poursuivant son ascension irrésistible, il profite de l’implantation de son circuit d’approvisionnement dans le Nord et la Picardie pour diversifier son activité criminelle dans le domaine des moeurs. Il fut en effet le premier à organiser des concours de mini-miss clandestins, ce qui, en plus des sommes perçues, lui construit une façade de bandit au grand coeur auprès de la population.

La police est bientôt sur sa piste, mais peine à trouver de quoi l’arrêter. Il est bien sûr plusieurs fois accusé d’excès de vitesse, photos radar à l’appui, mais trouve à chaque fois un homme de main pour se désigner à sa place. Il semble bien que personne ne peut arrêter Romain Dutilleux. Mais comme pour son illustre prédécesseur Al Capone, c’est une incartade apparemment bénigne qui causera sa chute.

Romain Dutilleux a en effet fréquenté une secte internationale connue sous le nom d’Église Catholique, et, s’il en a toujours été plutôt distant, cette fréquentation a laissé des traces. En effet, en fouillant dans sa vie privée, les enquêteurs constatent avec stupeur qu’il est marié… à une femme, Clémence Buzelle. Devant l’anachronisme de la situation, le mariage blanc est aussitôt suspecté. Le recours en fascisme (qui venait juste d’être officialisé par la loi, afin de simplifier la procédure habituelle de l’époque: saisine des associations anti-fascisme, saisissant elles-mêmes les médias officiels, qui s’adressent à leur tout à l’exécutif)  ayant été rejeté par les associations compétences, le cas passe au tribunal. Les accusés tentent d’arguer de leur amour, mais peinent à convaincre le jury, le juge de l’instruction ayant bien souligné l’absence de magazine hétérosexuel au domicile de Romain. Le couple ayant récemment eu un enfant, l’enquête a de plus montré un non-respect des lois sur le congé de paternité à sa naissance, ce qui vient alourdir la peine requise.

Compte tenu de la gravité des atteintes à la souveraineté de l’Etat, le parquet décide de suivre le procureur et d’attribuer la peine maximale à Romain Dutilleux, qui la purge dans le QHS de La Santé. « Nous aurions pu le mélanger aux autres détenus, » nous explique le juge d’application des peines », mais nous avions peur que les plus faibles, ceux qui ne passent que quelques mois ici pour vol à main armée ou homicide, soient influencés et lui emboîtent le pas. Avec ce genre de tordu, il faut s’attendre à tout ».

Transition endommagement-rupture dans un matériau ductile

On m’a demandé mon avis sur une question de société, à savoir, pour résumer: « avec toutes les conneries qui se passent dans ce pays [la France, pour mes éventuels lecteurs outrehexagonaux], comment ça se fait que ça pète pas? ». Question intéressante, que je vais étudier d’un point de vue de mécanique des matériaux. En effet, chaque matériau possède une certaine souplesse, c’est à dire que, dans une certaine limite, il réagit aux déformations comme un ressort. Mis s’il est soumis à des efforts trop importants, il finit par connaitre des processus irréversibles, à savoir soit se fissurer (comme le verre ou les murs) soit se déformer de façon irréversible (comme le métal) jusqu’à parfois se déchirer (comme un Carambar). On parle respectivement de matériaux fragiles et ductiles. Évidemment, la limite n’est pas toujours si simple: les métaux, notamment, peuvent également se fissurer; auquel cas la fissure elle-même s’amorce de façon ductile. Mais, dans tous les cas, l’endommagement commence à une échelle microscopique, autour de défauts, de cavités ou d’impuretés qui fragilisent localement le matériau. En ce qui concerne la fissuration, on a donc, dans un matériau soumis à de fortes contraintes, apparition de microfissures (de l’ordre du micron), qui convergent progressivement et se rejoignent pour former une macrofissure (visible à l’oeil nu) qui peut alors se propager et détruire l’objet. C’est ce qu’on appelle la coalescence.

A ce stade, il peut être bienvenu de justifier l’analogie avec des sociétés entières. Tout simplement, on voit bien que certaines sociétés sont fragiles, et que la moindre fissure y propage très vite pour l’amener à la ruine: ce fut le cas des printemps arabes. D’un autre côté, l’Angleterre est passé du féodalisme à la monarchie constitutionnelle progressivement, en quelques siècles. Elle a donc connu une déformation irréversible graduelle, la révolution de Cromwell, par exemple, ayant fait long feu. Il s’agit d’une société ductile, où les amorces de fissure s’arrêtent bien vite. Ces exemples amènent d’ailleurs une autre analogie: les matériaux/sociétés les plus rigides sont aussi les plus fragiles, tandis que les plus plastiques (la culture du dialogue des parlementaires anglais) sont plus ductiles. Mais il s’agit là d’exemples un peu lointains. Pour analyser la société française, il va me falloir aller un peu plus loin.

Tout d’abord, il faut bien voir qu’un des ingrédient du « succès » des révolutions arabes, fut la collusion d’intérêt entre une certaine jeunesse occidentalisée et les groupuscules islamistes, c’est à dire, n’ayons pas peur des mots, fascistes. Collusion qui ne dura pas, et les jeunes se mordirent les doigts d’avoir fait confiance à de tels alliés. Or cela n’arrivera pas en France. En effet, si le français est râleur, il n’a, quoi qu’on en dise, aucune sympathie pour le fascisme, et ceux qui qualifient comme tel le bijoutier qui a tué l’un de ses voleurs n’ont juste rien compris à cette notion politique. Le fascisme, c’est abdiquer sa liberté individuelle au nom de la nation, c’est marcher en rang et punir tout ceux qui s’écartent. Celui qui se fait justice lui-même est bien plutôt anarchiste (de droite), et risquerait une répression des plus dures dans un vrai état fasciste. Pendant la crise de 1929, la France a donc connu de rapides alternances gauche-droite (donc une plasticité à l’anglaise), mais le fascisme n’a pas vraiment fait recette: les Croix de Feu restèrent une initiative quasi isolée. L’arrivée au pouvoir de Pétain se fit sans l’assentiment du peuple, et, pour tous ceux qui disent encore que les français de l’époque étaient tous des collabos, précisons que les Juifs de France ont survécu à 75%, contre autour de 55% dans les autres pays occupés. Le succès électoral de Jean-Marie Le Pen (qui a consacré son mémoire de maitrise en droit à l’anarchisme en France après la Seconde Guerre Mondiale) est tout sauf un contre-exemple: ancien poujadiste, il était plus anar de droite que facho, et devait plus sa popularité à la provoc’ qu’à des appels à marcher au pas de l’oie.

Qu’en est-il donc aujourd’hui? Si l’on constate une similarité à la situation des années trente, crise et alternance politique, je ne suis pas sûr que cette plasticité suffira, cette fois. Car si le clivage droite-gauche existe bien, les deux partis dominants ont tout de même leurs points d’accord, qui se trouvent, malheureusement, être les aspects de la société qui emmerdent le plus les français. Citons par exemple: le contrôle de l’état sur tous les aspects de la vie, la création et l’entretien de castes privilégiées (journalistes, fonctionnaires, ayants-droits…) et un accommodement aux règles européennes (du genre « si ça me plait pas, j’adapte, mais si ça me plait, j’adopte sans me poser de question en disant qu’on a pas le choix »). Du coup, la plasticité de l’alternance ne suffit pas, et des microfissures apparaissent, sous la forme d’individus-inclusions se désolidarisant du matériau société, refusant de jouer le jeu; c’est à dire de croire les médias et le consensus de nos « élites », de se fondre dans l’idéologie ambiante de festivisme bobo ( Paris-Plage, spectacle de rue, art contemporain) mais aussi de se lancer dans des professions habituellement valorisées (fonction publique, ingénierie…) pour ne pas servir de kapos, ou tout simplement parce que de telles carrières ne sont plus considérées comme épanouissantes. Du coup, la France semble vivre dans une dépression continue et globale, et sa santé économique s’en ressent, d’autant que l’inefficacité du consensus politique n’aboutit qu’à… son renforcement. Eh oui, nos dirigeants ne peuvent envisager d’alternative, donc, tant que ça échoue, ils vont encore plus loin, car quand on n’a qu’un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. Ils forment donc, dans leur décadence, une sorte de couvercle de plus en plus racorni sur les énergies bouillonnantes de la France, qui, quoi qu’en disent les pessimistes, est loin d’être foutue. Il suffit de regarder; l’énergie, les projets, l’intelligence sont partout, sous forme dormante, n’attendant que la fragilisation de cette croûte pour la faire sauter.

maison-dieu

Pourquoi donc les microfissures formées autour de ces individus ne coalescent donc pas? Eh bien justement parce qu’elles se croient isolées. Oh bien sûr, de tels individus, s’ils tiennent le coup, finissent par rencontrer des semblables et vivre en réseau, à l’écart du panoptique de l’État, mais cette coalescence reste locale. Or, justement, en mécanique, on n’arrive (plus ou moins, la technique n’est pas encore au point) à faire de la transition endommagement-rupture dans une pièce qu’en la prenant en compte dans sa globalité. En d’autres termes, ce qui manque à nos individus, c’est un projet commun à l’échelle (au moins) nationale. C’est d’ailleurs pourquoi le FN progresse dans les sondages, c’est le parti le plus crédible, aux yeux de certains, pour casser l’alternance PS-UMP. Sauf qu’il est malheureusement un peu trop bête pour nos individus autonomes qui, par définition, sont plutôt intelligents et sensibles. Alors quoi d’autre? Fonder une nouvelle formation politique? Rejoindre les imbéciles des autres partis, voire les rigolos de la Fédération Anarchiste? Dépoussiérer les momies de la famille royale? Pour ma part, je ne crois pas trop à une solution politique, qui ne ferait que retourner dans les mêmes travers. Comme dirait Mao, les lois ne sont guère que des « tigres en papier » sans réelle puissance si la volonté du peuple ne les soutient pas. On le voit bien avec le droit de la location immobilière et celui du travail: quels que soient les changements, la loi de l’offre et de la demande continue de permettre des abus (tout en créant par ailleurs des situations absurdes, comme des gens aux bons revenus incapables de louer, et des employés incompétents mais invirables). Du coup, la seule solution me semble être la fédération autour d’un idéal commun, mais de nature morale, indépendamment du fonctionnement de l’État. C’est à dire, pour utiliser les grands mots: la résurrection du trône de l’Empereur.

04-empereur

Bien sûr, je ne parler pas de retour au féodalisme ou à l’Empire Romain, mais plutôt à ce que l’arcane de l’Empereur représente, c’est à dire l’idéal de la loi morale incarnée, idéal que les rois chrétiens utilisaient pour justifier leur pouvoir, mais que l’Église avait aussi créé, outre par complaisance politique, pour les canaliser. C’est ainsi que la hiérarchie féodale des petits seigneurs de guerre, plus proches de la Mafia que de l’idéal chevaleresque, évoluèrent au fil des siècles. D’abord par la soumission à un idéal moral (Paix de Dieu, autour de l’An Mil), puis par la fédération autour de buts communs (croisades), la constitution d’états-nations prenant progressivement le relai sur le plan politique. L’Empereur, relai terrestre du Christ-Roi et modèle des chrétiens baptisés, « prêtres, prophètes et rois » en ce qui concerne leur vie terrestre, est un poste sacré, au même titre que le Pape (aussi l’arcane V du Tarot) pour le Christ-Prêtre et, toujours dans le Tarot, l’Hermite (arcane IX) représente le poste du Christ-Prophète. Comment, me demanderez-vous? Eh bien en énonçant et incarnant la loi morale selon laquelle les Chrétiens sont sensés vivre, c’est à dire la loi du coeur que le Christ évoque pour remplacer la loi de Moïse (énoncée principalement dans les Nombres et le Deutéronome). Car si cette loi est, par définition, liée à la morale personnelle, donc suivie de plein gré, cela ne signifie pas qu’elle soit arbitraire. Il suffit pour cela de voir les exemples des autres religions abrahamiques, qui ont chacune une loi morale énoncée explicitement dans un texte sacré: les Juifs ont la fameuse loi de Moïse, et les Musulmans ont le Coran. Or, le simple fait que l’Islam ait été fondé par l’archange Gabriel, la « force de Dieu », nous indique que cette loi joue le rôle concret d’être une source de force pour ceux qui la suivent. D’où l’effet, souvent constaté et énoncé, qu’on est parfois plus libre – et, ajouterais-je, plus fort- en s’astreignant à une discipline qu’en faisant tout ce qu’on veut, ce qui peut nous livrer pieds et poings liés à nos propres passions. Mais la loi de ces religions provient d’une époque révolue, tandis qu’une loi incarnée est capable d’évoluer, de connaître des interprétations (soit une certaine forme de jursiprudence), au cas par cas, subjectives mais temporaires. Dans une perspective chrétienne, par exemple, une loi morale peut être réinventée constamment: il suffit de se baser sur les justifications et les principes sous-jacents à la loi deutéronomique, et les adapter à l’époque moderne, dans la grande tradition catholique. Voilà quel est le rôle de l’Empereur, et aussi celui de sa hiérarchie (rois, comtes, barons…), qui, à leur tour, interprètent la loi qu’il conçoit en fonction de leur propre subjectivité, mais aussi des spécificités de la culture, de plus en plus locale, qu’ils représentent.

L’empereur n’est-il donc qu’un ersatz de pape? Il suffit de voir ce que dit le Christ au sujet du divorce (« C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi » Matthieu 19:8) pour comprendre que leur rôle est fondamentalement différent: la loi (donc l’Empereur) peut sous certaines conditions, autoriser/tolérer ce qui est contraire au Bien, ce qui est impossible pour le Pape: en tant que gardien de la doctrine, il n’a pas le droit de la contredire. Et c’est bien cette possibilité d’enfreindre la doctrine de façon justifiée et canalisée qui crée la force. Le Christ est descendu en enfer pour libérer les âmes de l’Hadès, c’est à dire qu’il est sorti de la Vie (donc du Bien) pour entrer dans le monde inférieur (donc des pulsions), afin de les amener au Ciel (donc d’en faire des forces du Bien). C’est exactement un des principes de base, et une des plus grandes forces historiques du christianisme: la conversion par l’empathie et le pardon. c’est aussi ainsi que Saül de Tarse, ennemi de l’Église, est devenu Saint Paul, un de ses piliers. Et Église actuelle, qui a bien une doctrine, mais pas de loi adaptée, ne peut plus autoriser explicitement ses fidèles à pécher (appelons un chat un chat) dans le but d’un plus grand bien. La conversion des forces pulsionnelles n’est plus possible sans l’Empereur. Et, si son trône est vide à l’heure actuelle, il continue d’exister, sous forme occulte, attendant son retour, qui n’est peut-être pas si loin que ça, d’ailleurs. Benoit XVI, en démissionnant du poste du Pape pour se retirer dans l’ombre, a très probablement recréé le poste de l’Hermite, et le Pape se désengage de ce qui ne concerne pas la doctrine, devenant moins catégorique sur les questions de choix de vie. Bref, des trois postes, il y en a désormais deux, et ils préparent de la place au troisième. D’un autre côté, nous avons nos micro fissures qui attendent leur idéal supérieur pour se fédérer, et finalement se libérer.

Bien sûr, tout cela parait complètement fou, mais après tout, ce qui est sagesse auprès de Dieu est folie auprès des hommes, alors qui sait? De toute façon, les choses ne se feront pas en claquant des doigts. Mais la promotion de l’idéal de loi morale, la conscience d’unité (de classe?) des individus qui cherchent la Vérité sous toutes ses formes, qu’elle soit intellectuelle, sentimentale, ou économique, peuvent cheminer progressivement. Les individus, ou les micro-réseaux peuvent se fédérer. Difficile de voir, à l’heure actuelle, plus qu’une vague direction. Mais comme dit le proverbe chinois, même le plus long des voyages commence par un premier pas.