Complexité

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Un commentaire sur l’article précédent me reproche de simplifier le problème (mélange entre tradition et mystique chrétienne) à l’extrême, ce qui sous-entend que le problème serait plus complexe que ce que j’en disais. J’avais demandé une explication au commentateur, qui n’en a pas fourni; à vrai dire, il s’agissait de fausse modestie de ma part, car j’étais à peu près certain que cela se passerait ainsi, tant l’invocation de la complexité n’est, mis à part les rares cas où elle sert d’introduction à un exposé substantiel, rien de plus qu’ aveu d’impuissance à penser.

Que de fois ai-je entendu dans la bouche de professeurs, journalistes, ou autres cuistres, cette petite phrase: « on ne peut pas en dire grand chose, c’est un sujet complexe! ». Ben tiens. Complexe, la baisse de part de marché de Renault? Non; les voitures sont moches et chères, donc personne n’en veut. Facile.  Encore qu’il existe parfois une réelle complexité, mais qui est purement artificielle. En effet, la complexité nait de vouloir concilier des exigences contradictoires. Sauf que, de plus en plus, la contrainte numéro un à laquelle se heurtent toutes les organisations, c’est un fatras de normes stupides qu’elles s’imposent de respecter, soit à cause de réglementations toujours plus lourdes (merci l’Europe) soit à cause de nos chères élites à qui on apprend à créer des bonnes pratiques (merci les grandes écoles). Et entre gens habitués à la masturbation intellectuelle, autant dire que la course à l’armement peut durer longtemps.

L’École Normale Supérieure a-t-elle compté le moindre penseur qui compte, parmi les Sartre, Derrida et autres imposteurs? La science physique produit-elle encore autre chose que des puits à subventions et du grain à moudre pour Science et Vie? Nos patrons polytechniciens, payés 4 ans par l’État, sabordent notre industrie en délocalisant comme on leur a appris à l’école, mais arrivent-ils seulement à redresser financièrement leurs boîtes? Nos hauts fonctionnaires sciencepotards retardent-ils le moins du monde la ruine du pays? Non. On ne leur a pas appris à penser, mais à produire du concept. Donc c’est ce qu’ils font. Du papier. Des articles de recherches. Des bouquins qui finissent au pilon au bout de cinquante exemplaires. Des normes. De la « bonne gouvernance », mot clé de ces dernières années au mépris total de la démocratie, qui tire précisément sa légitimité de l’irrationalité de la politique, qui est un art plus qu’une science.

Tout ce concept se renouvelle parfois, mais principalement s’entasse, au gré des ambitions et de la servilité. On ne fait rien d’utile, alors on pond son powerpoint, sa recommandation puis son process: narcissisme et conquête de territoire pour les hommes, fierté de crever le « plafond de verre » pour les femmes. Et l’action se sclérose, puis la pensée aussi; volontairement ou pas, on s’interdit de penser ce qui est impossible, et tout étouffe. Complexe, la dette de la France? Oui, quand on s’interdit de couper les vivres à des tas de parasites. Complexe, la crise en Ukraine? Bien sûr, si l’on se tient aux gentils et méchants désignés.

Sauf que se priver de liberté, c’est se priver de vie, et la pensée « complexifiée » ne devient pas plus contorsionnée (tant qu’elle reste honnête), mais simplement dévitalisée,  impossible. La phrase « C’est plus compliqué que cela » devient donc, de plus en plus, un râle d’agonie, tantôt pitoyable, tantôt pédant. Et pourtant, l’esprit d’analyse existe bien, et il sert bel et bien à gérer la complexité, mais pour la réduire, en compagnie de son binôme de toujours, l’esprit de synthèse, que la science moderne, comme par hasard, met de plus en plus au rencard.

Pourquoi croyez que le Christ, la Sagesse de Dieu, soit associé à la symbolique de l’épée? Parce que la pensée procède par séparation, discrimination, ce mot devenu, comme par hasard aussi, le grand démon du monde moderne. D’ailleurs, vous souvenez-vous comment la Bible voit la création du monde?

« Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres » (Gn 1, 3-4)

« Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux » (Gn 1, 6-7)

« Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi. » (Gn 1, 9)

Bref, séparation de la lumière et des ténèbres, puis, au sein du magma primordial du commencement, séparation des airs, puis de la terre, des eaux; et c’est pourquoi les trois premiers jours de la Genèse sont appelés « jours de séparation » par les théologiens (les trois derniers, avant le sabbat, étant les « jours d’ornement »).

Bref, voilà le vrai rôle de l’esprit tranchant de l’analyse: séparer le magma primordial, « complexe » car eau, air, ténèbres et terre amalgamées, en un cosmos, un tout harmonieux.

Tout ça pour dire que je me moque bien de faire une analyse caricaturale, si cela me permet au moins de construire un concept, non pas une norme figée mais un outil de compréhension du réel confrontable à l’expérience et au débat, quitte à évoluer par la suite. D’autant que j’ai eu ma dose de cuistres et de petits chefs de l’intellect dans ma vie, ne sachant manier que l’argument d’autorité. Moi, je trace ma route, la liste de mes articles s’allonge, donc si tu veux me clasher, va t’en falloir un peu plus sous la ceinture, gros.

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Tradition, trahison

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« Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l’étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s’attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. » (Lettre à Diognète, anonyme, IIe siècle)

Voici donc qu’on me tend ce texte, dans une manifestation on ne peut plus officielle du diocèse de Paris, supervisée par un vicaire épiscopal. Du sérieux, en somme, et qui arrive à point nommé. Entre La Manif’ Pour Tous, qui nous parle des racines chrétiennes de la France, et mes lectures d’Alain de Benoist qui, avec son érudition consommée, sait mieux que personne mettre à jour les faiblesses du christianisme, n’est-il pas légitime de se demander la part du paganisme (ou plutôt des anciennes religions européennes) dans notre culture? Ou encore se demander en quoi consistent les racines chrétiennes de la France?

Prenons le cas du mariage. Est-il basé sur la complémentarité des sexes et leur fécondité? Ou bien est-ce avant tout une question d’amour, une façon d’entériner un concubinage? La première position est celle de la tradition la plus universelle, présente à toutes les époques sur tous les continents. La deuxième est celle de la modernité, même si, bien sûr, l’amour romantique est aussi universel. Et la tradition chrétienne de l’Église? Elle nous dit les deux à la fois, mais de façon distincte: le mariage traditionnel est affirmé et codifié dès l’Ancien Testament, tandis que les Évangiles (notamment Matthieu 19, 4-9) insistent sur l’unicité et la fusion dans le mariage, réfutant le divorce prévu par la Loi révélée. On peut donc probablement penser, avec Alain de Benoist, que c’est l’Église qui a mis l’amour à la racine du mariage, conception qu’il estime précisément à l’origine de l’épidémie de divorces: on aime, on se marie; on n’aime plus, on divorce. Et si c’est l’amour qui fonde en premier lieu le mariage, alors pourquoi ne pas permettre aux homosexuels de se marier entre eux? Paradoxal, mais ce ne serait pas la première fois que les valeurs de l’Église lui reviendraient dans la figure.

Et d’ailleurs, pourquoi une telle différence entre la loi mosaïque et l’enseignement de Jésus? Parce que les deux n’ont pas la même perspective: Moïse cherche à donner aux Hébreux une organisation sociale réaliste, tenant compte du lieu et de l’époque, alors que la révélation du Christ est absolue et transcendante. Saint Paul dit bien que respecter les 613 recommandations de la loi juive sans faillir est quasiment impossible, alors que penser de leur version approfondie, tenant compte des sentiments et intentions? C’est intenable, et c’est bien pour ça que le Fils de Dieu s’est fait connaître, a fondé son église, a donné sa vie, est retourné au ciel, toutes ces complications pour pouvoir revenir auprès de chaque homme individuellement: « Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur » (Jérémie 31, 33). L’Ancienne Alliance était tout le temps enfreinte, y compris sur des points semblant pourtant peu sujets à polémique (interdiction des idoles, auxquelles les Hébreux reviennent sans cesse); bref, Dieu a constaté que le moralisme ne marchait pas, et a changé de plan.

La conséquence, de cela, c’est qu’il y a un monde entre des « valeurs » ou des « traditions » et le Verbe incarné; que l’on y croie ou pas, le credo central du christianisme est, comme son nom l’indique, que le salut passe par le Christ, et notre vicaire épiscopal de l’autre jour nous disait bien que son rôle à lui était de nous donner le Christ, et rien d’autre. Et je suis tout à fait d’accord. Alors je me pose la question: pourquoi ériger en valeur de société, c’est à dire en valeur légale, contraignante pour tous les citoyens, ce qui ne vient qu’avec la communion avec Dieu?

La citation en tête d’article est la clé du paradoxe: le mariage chrétien n’est pas une tradition; simplement, les chrétiens faisant comme les autres, mais différemment, leur mariage provient de leur tradition locale (juive dans les Évangiles) augmentée de l’amour qui vient du Christ et de son imitation. D’où l’universalité du christianisme, mais aussi les conflits entre juifs et grecs qui ont émaillé ses débuts. Des traditions différentes se réunissent dans la même communauté en gardant leur identité, tout en étant transcendées et progressivement transformées par un lien commun. Que penser donc d’une tradition qui se revendiquerait chrétienne? Et, si elle devait être confrontée à d’autres traditions, avec qui communier pour dépasser la différence, cette fois?

On aboutit donc naturellement à l’impasse moderne: en érigeant en valeurs universelles et en tradition concrète ce qui aurait du rester dans le domaine de la mystique, on finit par tout gâcher et faire du christianisme un groupe sociologique comme les autres. Les chrétiens vivent dans des quartiers, voire des villes, où ils sont majoritaires; ils votent majoritairement UMP, ont parfois des prénoms tout droit sortis du XVè siècle et portent leur pull sur les épaules. Ils vivent dans un monde de pèlerinages, d’images pieuses et de cantiques, défendent leurs doctrines sur la vie, l’univers et le reste, et ont toute une littérature théologique qu’ils sont les seuls à lire. Voilà ce que pourrait donner une épitre à Diognète écrite aujourd’hui en France; je vous laisse comparer. Qu’il existe une culture française de christianisme est bien sûr normal, après des siècles d’imprégnation; mais il est dommage de ne plus distinguer de qui est chrétien, donc universel, et ce qui est local et traditionnel.

Traduttore, traditore, disent les italiens (« traducteur, traître« ), et, dans la même veine étymologique, il me semble qu’on puisse dire « tradition, trahison« , dans le cas du christianisme: la transmission de valeurs figées dans le temps trahit sa véritable essence, qui est de transcender le monde par la mystique, afin de porter sur lui un regard toujours neuf et d’être créateur permanent de valeurs. Comme les prêtres et les moines qui canalisèrent, patiemment, la culture franque païenne pour créer la France.

L’Art Royal

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Des lecteurs particulièrement attentifs l’auront remarqué; ces temps-ci, il est souvent question d’astrologie sur ce blog. Il me semble toujours important de rester généraliste, mais que voulez-vous, entre mon inspiration propre et les intérêts des lecteurs, certains sujets se trouvent privilégiés. Non pas que je perçoive un quelconque revenu de ces articles, mais je ne vois pas trop l’intérêt de prêcher dans le désert, ni de faire la sourde oreille aux besoins de mes contemporains. Nous ne sommes pas sur la scène rock, le faux dualisme soupe commerciale/indépendance autiste (oui, il s’agit bien d’un « u », pas d’un « r ») ne passera donc pas! Alors, faisons un exercice de science-fiction: que se passerait-il si je virais au 100% astro?

En fait, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination, tant les blogs et même les sites sur le sujet sont nombreux. On compte donc des bibliothèques complètes des significations des planètes en signes et maisons (les sites anglophones sont même encore plus étoffés), voire des banques de données de thèmes de célébrités, des générateurs de thème et j’en passe. On y trouve souvent une qualité de mise en page et d’exhaustivité tous professionnels, ce que confirment la présence de nombreuses pubs de voyance, quand le site ne propose pas lui-même des services (interprétation ou formation), qui d’ailleurs dépassent souvent la seule astrologie occidentale pour déborder dans d’autres formes de divination (tarot, runes etc.). Bref, la concurrence a une longueur d’avance, mais rien qui ne soit rattrapable avec un peu de boulot; mais, d’un autre côté, et malgré son histoire millénaire, on peut légitimement se poser la question du bien fondé de l’astrologie, en se basant sur le double magistère de la science et de l’Église.

La première a rejeté les sciences traditionnelles occidentales vers le XVIIe siècle. Depuis, on ne cesse de trouver des charlots illuminés pour prendre la méthode matérialiste pour une philosophie en soi, ce qui les fait disqualifier l’astrologie sous prétexte qu’elle ne peut pas s’expliquer par la gravité. Ce qui est assez cocasse quand on se rend compte que celle-ci n’est qu’un modèle explicatif: de portée infinie, plus rapide que la lumière, non soumise à la théorie des quanta et fonctionnant sans particule connue, la première (chronologiquement) des « forces fondamentales » tient obstinément tête au modèle standard de la physique. Ce qui n’empêche bien sûr pas ces cuistres de nous apprendre la vie en arguant que ce n’est qu’une question de temps avant que cette énigme soit résolue en même temps, probablement que celle de l’énergie noire, terme poli pour dire que 68% de l’énergie de l’univers échappe à la science. 68%; ça veut dire un peu plus de deux tiers. Loin de moi l’envie de m’ériger en donneur de leçons, quand on se pose en arbitre de la vérité, il me semble que le minimum serait de balayer devant sa porte.

La seconde, quand à elle, trouve encore des forces dans son agonie pour se tirer une balle dans le pied en parlant de « superstition » à tout bout de champ, en oubliant que la physique est assez loin d’isoler la particule responsable de la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. L’argumentation peut prendre plusieurs formes, souvent basées sur une inculture crasse, mais le grand favori est de se baser sur l’Ancien Testament pour disqualifier toute forme de divination, ce qui a l’avantage d’être une belle opportunité de défoulement: pensez donc, il s’agit de la seule occasion qu’il reste de citer directement la loi mosaïque au lieu de devoir prendre du recul. Avec l’homosexualité, par exemple, on va préférer parler de dissociation entre sexualité et reproduction, plutôt que de citer le Lévitique (« Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux » Lv 20:13); ça passe mieux, dans le monde moderne. Heureusement que les rapports de force sont là pour apprendre la charité à ceux qui s’en font les chantres, mais l’astrologie n’ayant pas de lobby, elle peut continuer à s’en prendre plein la gueule sans problème: c’est une cible acceptable.

Face à cela, l’activité astrologique sur le Net vaque à ses affaires sans trop de préoccupation. Mais pour ma part, je ne peux pas m’y résoudre tout à fait car les critiques faites à cette discipline vénérable ne sont pas toujours illégitimes. Le « prince des astrologues » Claude Ptolémée, au IIe siècle ap. J.C., répondait (déjà) à de nombreuses objections que l’on pouvait lui faire et qui en fait recouvraient (déjà) celles de nos sceptiques modernes, tout en étant souvent bien plus fines. Mais où en sommes-nous aujourd’hui? Quelle différence y’a-t-il entre un art pratiqué par les prêtres les mieux instruits au bénéfice des rois et des sites web pour midinettes recensant les thèmes astraux des moindres starlettes du moment?

Après sa quasi disparition au siècle des Lumières, l’astrologie est revenue en force au XXe siècle. Certains auteurs, comme Michel Gaucquelin et André Barbault, tentèrent de lui donner un caractère plus scientifique, ce qui part d’une intention louable, mais me semble intenable. L’astrologie ne peut reposer sur une simple observation, aussi minutieuse soit-elle, car cela ne peut aboutir qu’à figer la signification des astres, et à condamner le consultant à une forme de fatalisme. L’un et l’autre ne peuvent être évités qu’en tâchant de saisir les archétypes éternels derrière les significations des astres et constellations, en transcendant leurs expressions concrètes pour aboutir à un modèle, fluide et cohérent, expliquant au mieux les observations. C’est d’ailleurs la base de toute science, à ceci près que l’on ne travaille pas avec des formules mathématiques mais avec des symboles mythologiques. Il s’agit donc d’une praxis œuvrant dans un contexte toujours unique et nécessitant de soumettre constamment les méthodes acquises à la sensibilité; en un mot, un art.

L’astrologie et l’alchimie sont toutes deux appelées « arts royaux »; ce sont en fait deux branches de l’Art Royal unique qui est l’hermétisme, art de la synthèse et lui-même synthèse des sciences traditionnelles de l’Occident. L’une ne va pas sans l’autre: car l’astrologie seule étudie les influences planétaires, tandis que l’alchimie qui vise à transformer ces influences, représentées par des métaux, en or et en gemmes, c’est à dire à les défaire de leur expression naturelle (ce que l’alchimie appelle humides radicaux) pour en faire de réelles forces à la portée de la personnalité. C’est un des sens de la pierre philosophale: l’or qui transforme les métaux même les plus vils en or, c’est la synthèse des forces au service du centre de la personnalité, représentée par le Soleil. Prenez l’alchimie seule, et vous obtenez une proto-chimie. Prenez l’astrologie seule, et vous ne pouvez guère que faire les horoscopes de magazines féminins, ou bien diagnostiquer le mal sans pouvoir le soigner.

Bref, écrire sur l’astrologie, oui, mais sans le lot complet des sciences traditionnelles, il y a de quoi se retrouver vite limité, et les critiques de la science et de la religion ont au moins le mérite de le rappeler. D’où l’intérêt de garder le dialogue ouvert; mais comme, pour reprendre Aristote, on ne peut discuter qu’avec des gens qui acceptent la discussion, l’hermétiste ne peut guère le faire qu’à l’intérieur de sa propre tête.

Thème astral

Bon, on me demande une analyse de thème en commentaire; tant qu’à faire, autant faire un article, pour l’édification de tous mes chers lecteurs. Édification, car le thème est plutôt simple, mais montre bien que l’astrologie est un art plus qu’une science (enfin, en espérant ne pas trop me tromper bien sûr)

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Ici, les planètes forment des groupes distincts, qu’il faut prendre soin de traiter ensemble:

– Lune et Jupiter: ces planètes ne sont pas en conjonction, mais sont tous deux maître de l’Ascendant, le Cancer. Elles sont aussi toutes deux dans la même maison (XII, les épreuves).

– Soleil, Lilith, Mars et Mercure en Fond du Ciel, position angulaire donc très puissante.

– Vénus et Pluton conjointes en Scorpion, domicile de la seconde mais exil de la première, le tout au cupside de la maison V (loisirs, amours et enfants)

– Saturne, Neptune et Uranus (planètes collectives) en Capricorne maison VI (le service)

De là, on peut rechercher les planètes dominantes; ici, je dirais: Mercure (Fond du ciel, reçoit les deux luminaires), Lune (maître de l’Ascendant et de la symbolique Fond du Ciel), Saturne (en domicile, fort groupements dans des signes de dignité que sont le Capricorne et la Balance) et Pluton (ou convergent de nombreuses influences). A première vue, on peut se dire qu’il y a beaucoup de « mauvais » aspects (carrés et oppositions, en rouge), mais regardons mieux: tous ces aspects tendus concernent en fait plusieurs planètes en conjonction donc liées entre elles. Il vaut donc mieux prendre du recul et synthétiser, soit considérer qu’il s’agit d’aspects « simples » entre groupes de planètes.

Ainsi la situation devient assez claire. On remarque une opposition entre le groupe des maitres du Cancer (recherche de ses racines, vie intérieure) et le groupement en Capricorne qui appelle à un rôle social exigeant. Le premier groupement étant dans la maison des épreuves, on peut supposer qu’il est le grand perdant de l’affaire. La thématique du Cancer étant peu ou prou la même que celle du Fond du Ciel, c’est sur celui-ci que se reporte le besoin d’introspection et de confort, donc sur Mercure, qui plus est stimulé par les luminaires en signes mercuriens. Outre ce fardeau, celui-ci qui se retrouve écartelé par les carrés entre les deux positions précédentes, et ce doublement car si le Fond du ciel s’assimile au Cancer, la planète est dans le signe de la Balance, exaltation de Saturne. La conjonction avec Mars peut y rajouter une couche de tension, mais de toute façon, la planète de l’intellectualité n’est pas la plus adaptée à l’introspection, et risque soit de se noyer dans les émotions, soit de leur claquer la porte au nez en se repliant sur la rationalité et le contrôle.

Face à cette situation, deux échappatoires: d’une part, le Milieu du Ciel en Bélier peut inviter à développer l’énergie de ce signe, afin de compenser la position opposée (soit le groupe mercurien); mais la piste la plus intéressante est peut-être celle du groupe Vénus-Pluton en Scorpion, bien que la première soit en exil. Vénus est le maître de la Balance, ou se situe le groupe mercurien, tandis que Pluton est maître du signe (et aussi du Bélier au Milieu du Ciel). En suite, le groupement est le seul à présenter des aspects « bénéfiques » (trigone et sextile, en bleu), et aucun négatif. Il faut comprendre ces aspects comme ceci: le Scorpion est un bon compromis entre le Cancer et le Capricorne, en contact avec la vie intérieure comme le premier, mais avec la lucidité aigüe du second. Comme on est ici au cupside de la maison V, celle des loisirs et des amours, le tandem Vénus-Pluton devrait jouer à plein dans la vie amoureuse et déclencher des passions (Pluton est la planète de la libido et du magnétisme) potentiellement dures à vivre. Le tout serait de comprendre ces passions et les analyser, afin de mettre la vie intérieure sous le regard de Mercure.

Proserpine

Pluton procède largement par projections: ce qui l’excite provient souvent d’aspects cachés de la vie intérieure, mais c’est le propre du signe de faire remonter ce qui est caché à la surface, même le moins reluisant. La dualité Vénus-Scorpion est puissante. Position d’exil, elle peut rendre difficiles les rapports sociaux en les chargeant d’énergie, attisant les attractions mais aussi les répulsions, avec un cortège de jalousies ou de colères. Elle fait (ou, chez les hommes, rend attiré par) les femmes fatales, dans tous les sens du terme, mais c’est également la signature de la déesse Perséphone, l’épouse d’Hadès, qui passe l’hiver chez lui aux Enfers mais ramène la fertilité à son retour. C’est d’ailleurs pourquoi les Grecs donnaient à leur dieu infernal le surnom qui est devenu son nom romain: Pluton, « le riche ».