Le trois fois grand

temple-philae

 

J’étais dans ma cellule, dans cette boîte en carton vide et fausse, où je tournais en rond. Je ne voyais pas le jour, ni ne sentais le vent. Le monde extérieur ne filtrait qu’à travers mon imagination, mais en ce lieu, hors du temps et de l’espace, il n’existait pas encore. Il ne me restait, pour m’échapper, que la sortie par le haut. Le retour à la source vive, là où tout commence et finit. Alors j’ai prié.

Il y eut une clameur, un bruit de tonnerre, et une colonne de poussière comme une trombe d’eau apparut. L’ange se tenait au milieu, sa silhouette dessinée dans la nuée et parcouru d’éclairs. Il m’adressa la parole:

« Mes frères du chœur des Trônes ont entendu ta requête et m’envoient vers toi. Est-ce bien vrai que tu recherches l’entrée au Saint des Saints? Le monde où le Seigneur a fait reposer son Nom dans la Création?

– Oui, c’est moi.

– Bien. Tu sais donc que seule une âme d’enfant peut y parvenir.

– C’est vrai, mais justement…

– Oui, je sais, tu veux que je t’aide. Eh bien soit, prends ma main. »

J’obéis, et aussitôt, la colonne de poussière se met à s’accélérer et à enfler, jusqu’à m’englober entièrement. Maintenant le vent se calme, découvrant une mer de sable, parsemée de ruines de granit. Je suis en Égypte. L’ange se tient à côté de moi; ce n’est toujours qu’une silhouette, mais il est désormais composé de lumière dorée. Il m’invite à partir.

 

Je ne vais pas bien loin; très vite, je tombe sur un petit garçon. Maigre, il est vêtu d’un simple pagne élimé. Il transporte quelque chose, caché aux creux de ses bras, d’un air de conspirateur.

« Bonjour, lui dis-je.

– Bonjour, me répond-il avec un grand sourire »

Ma curiosité me pousse à regarder ce qui ‘il porte, et, s’en rendant compte, il me montre de bon cœur son trésor. Des tablettes d’argiles, couvertes de hiéroglyphes.

« J’ai trouvé ça dans les vieux temples abandonnés. Avant, il y avait des magiciens et des devins là-bas, mais maintenant la Lumière s’est cachée et c’est devenu difficile de la voir. Ils avaient écrit des tas de choses, mais plus personne ne s’y intéresse, c’est dommage.

– Ah? Mais toi, tu comprends ce qu’ils disent? Tu arrives à lire?

– Un peu. Mais la Lumière aime qu’on s’intéresse à elle, alors quand je lis, elle revient un peu.

– Oh, je vois.

– Oui! Et après, je vais tout comprendre ce que faisait la Lumière avant, et j’en saurai plus que tout le monde. Du coup, Pharaon m’invitera à sa cour, et fera de moi le Grand-Prêtre! Et j’habiterai dans un beau palais, avec du marbre et de l’or partout! Même si ce ne sera jamais aussi beau que dans les temples d’avant, quand c’était la Lumière elle-même qui décorait tout. »

 

Son enthousiasme est contagieux, mais malgré ça, je ne peux n’empêcher de demander: « Et si tu n’y arrives pas? »

Lui, réfléchit une seconde, l’air concentré, mais hausse les épaules bien vite.

« Bah, au moins, j’aurais bien joué! »

thoth

Publicités

Ite, missa est

Comme certains d’entre vous le savent, il se tenait récemment à Science Po une Queer Week, semaine de découverte des sexualité alternatives. Événement se présentant comme, selon le site officiel « reprenant la tradition américaine de ces semaines de débats, de conférences et de festivités », à ceci près que, pour ce qui est des débats, la contradiction fut rapidement mise à la porte manu militari, comme s’en félicite ce webzine LGBT(QI etc). Passons; on sait depuis longtemps (sauf Béatrice Bourges, visiblement) que les partisans de l’ouverture d’esprit voient bien souvent la paille dans l’œil des autres avant de voir la poutre dans le leur, et la fable du pot de terre contre le pot de fer est plus que jamais d’actualité. De toute façon, s’il me semble positif que des catholiques cessent de regarder leur nombril pour s’impliquer dans la vie de la Cité, le ‘Printemps Français’ a encore de gros efforts de lucidité et de maturité à faire pour devenir une force crédible. En France, le christianisme n’est plus en pays conquis; on le regretter, mais il faut en prendre acte pour avancer.

Il y aurait bien sûr des tas de choses à dire sur cette semaine dévolue au plaisir, avec des ateliers consacrés au porno, aux sex toys etc. (dixit le programme officiel), et sur l’image que cela donne de la communauté LGBT; sur cette fameuse théorie du genre qui n’existe pas selon notre gouvernement (probablement parce qu’ils la considèrent comme un fait acquis et évident) et qui se trouve en vitrine dans une des plus fameuses usines à élites de notre République. Il est d’ailleurs savoureux de voir cette boîte à bac montée en graine, apprenant à ses élèves à répondre dans les cases des concours de la fonction publique,  se piquer de faire une apologie de la liberté individuelle.

Cependant, ce n’est pas de tout ça dont je veux parler, mais, plus précisément du premier happening de la semaine, le « rituel d’activation des fétiches » (cf. programme du lundi). Ce happening se veut d’inspiration chamanique, ce qui éveille mon intérêt. Or, voici que j’en trouve une description, faite par des élèves:

« Dans le jardin de l’école s’est tenu un véritable rituel chamanique, rigoureusement antichrétien et singeant la liturgie catholique (utilisation de croix inversées et de chapelets). Cette procession, censée promouvoir la tolérance aux sexualités alternatives, a conjuré la Manif pour tous en piétinant ses drapeaux avant de les brûler »

Bon, le site source, Égalité et Réconciliation, étant plutôt partisan, il faut bien sûr faire la part des choses, et je me garderais de me prononcer sur la véracité de cette description. Qui plus est, au vu du programme, je ne peux me demander sans sourire quels « fétiches » sont exactement censés être activés par ce rite. Cependant, si cette « cérémonie d’inauguration » s’est bien déroulée ainsi,  je me dois de corriger ces élèves, décidément bien ignorants en matière de culture religieuse. Il n’y a là rien de chamanique: il s’agit d’une messe noire.

cene_satanique

En effet, qu’est-ce qu’une messe noire? On s’en fait souvent l’imgae d’un prêtre encapuchonné sacrifiant une chèvre ou jeune vierge sur un autel, mais en fait, ce type de cérémonie correspondrait plutôt à un rituel païen plus ou moins dévoyé (à la manière des sacrifices d’enfants à Moloch, dénoncés par la Bible et les Romains chez les peuples puniques de Canaan et Carthage). Mais si ce genre de phénomènes lugubres a existé depuis longtemps chez des peuples variés, la messe noire, comme son nom l’indique, est spécifiquement une réaction anti-chrétienne. Il s’agit essentiellement d’un rite de blasphème, parodiant la liturgie de la messe catholique, dans le but d’acter un refus de suivre les commandements du christianisme, vus par les pratiquants comme un carcan moral inacceptable. Le sacrifice y est secondaire, plutôt symbolique; le vin et l’hostie peuvent être utilisés précisément pour se rapprocher de la véritable messe (bien que l’usage puisse en être bien différent), même si, bien sûr, certains groupes puissent aller plus loin. A défaut, on a ici l’holocauste (sacrifice consistant à brûler entièrement l’offrande) des drapeaux de La Manif’ Pour Tous, qui peut rappeler l’anathème antique.

On peut trouver cela exagéré, tiré par les cheveux, mais après tout, cela me semblerait tout à fait cohérent avec le contexte. Vu le message de jouissance sans entrave que le programme de la semaine semble afficher (et qui, pourtant, ne me semble  pas consubstantiel de l’homosexualité), on peut comprendre que le fait de s’affranchir des contraintes morales aide à se mettre dans l’ambiance. Cette attitude est même compréhensible, dans une certaine mesure, pour des personnes ayant reçu une instruction chrétienne dévoyée, trop sévère, inculquant des valeurs rigides ne laissant pas la place au pardon et à la charité. C’est d’ailleurs probablement pourquoi la musique metal et son cortège de satanisme et néo-paganisme provient surtout de pays protestants, forme de christianisme se distinguant généralement par son austérité. Cependant, outre que le remède me semble d’une efficacité douteuse, une personne qui pousserait cette logique jusqu’au bout aboutirait à s’affranchir de toutes valeurs et toute notion de honte; et cela ne s’appelle pas un homme libre mais un psychopathe.

Si, donc, ce happening s’est bien déroulé ainsi, on peut se demander ce qui est passé par la tête des artistes et des organisateurs. Je me doute bien que la plupart des participants n’auraient de toute façon pas su de quoi il retournait, mais je doute qu’on puisse recréer « accidentellement » les mécanismes de la messe noire en faisant du chamanisme, qui consiste principalement à entrer en transe par le moyen d’un rythme musical et d’hallucinogènes. Et puis, avec tout le respect que je dois à la religion sataniste, ne serait-il pas légèrement contraire à la laïcité de célébrer ainsi son rite dans un établissement d’enseignement public?

Mars en Balance

Venus_and_Mars

Quand Vénus est là, Mars s’endort bien vite!

 

Un des problèmes de l’astrologie est le fatalisme qui s’y rattache trop facilement, et qui pousse certains à se faire un sang d’encre si tel ou tel aspect de leur thème leur semble mal engagé, à commencer par tout ce qui est traditionnellement considéré comme maléfique: carrés ou oppositions (arcs de 90° et 180° respectivement entre planètes), ou encore positions de « débilité » des planètes. Pour les hommes, c’est évidemment la virilité, donc la planète Mars, qui est l’objet de toutes les attentions, et malheur à celui qui a cette planète en exil, se retrouvant alors dans les signes domiciles de Vénus, le Taureau et la Balance.

Le Taureau, bovin et lourd, appesantit cette planète d’initiative et rend l’action difficile; encore lui donne-t-il de la puissance, ce que nul ne contestera chez certains natifs comme Mohamed Ali, Chuck Norris, ou encore le philosophe Michel Onfray, qui, outre ses appels à l’hédonisme (notion Taureau, signe de la Vénus terrestre), est un polémiste qui fourbit patiemment ses armes. Le problème est bien plus aigu pour les natifs de Mars en Balance, signe de la Vénus céleste, du raffinement, de la délicatesse et de la diplomatie, ceux-ci se sentant parfois comme châtrés, voire invertis! Certes, partager le signe marsien de Freddie Mercury et Marcel Proust n’est pas forcément de bon augure, même si on pourrait aussi citer Jacques Mesrine et le leader de Metallica James Hetfield pour faire bonne mesure. Alors je vais tâcher de les rassurer, en expliquant pourquoi cette position n’est pas si négative, et comment en tirer le meilleur parti.

Tout d’abord, il faut bien voir que la Balance (qui est malgré tout un signe masculin) est l’opposé diamétral du Bélier, domicile de Mars et principe d’action, d’affirmation, et d’égocentrisme. On en déduit donc, traditionnellement, des propriétés inverses de la Balance: équilibre, diplomatie, délicatesse. Cependant, les signes opposés ne sont pas si incompatibles qu’on le dit souvent, mais plutôt complémentaires: il est important qu’une alternance, voire une véritable respiration, se fasse entre les deux. Ainsi, la Balance n’est pas que passivité, mais, là où le Bélier est action, elle est réaction, riposte plutôt qu’attaque. C’est ainsi que, si le signe n’est pas forcément moteur, il peut être, dans des situations de réaction, aussi énergique que le Bélier, cette réaction pouvant être permanente envers certaines causes. En effet, la Balance est le signe d’exaltation de Saturne, planète de la justice, ce qui symbolise la « cristallisation » du ressenti sous forme de loi morale et inaugure le rôle du signe comme symbole de la justice).

Cet aspect de réaction est bien illustré par un natif du signe, Vladimir Poutine, dont le traitement musclé des questions politiques n’est un secret pour personne. Pourtant, si l’on regarde bien, dans les cas de la Crimée, de l’Ossétie ou de la Tchétchénie, ce n’est jamais lui qui a porté le premier coup; il n’a toujours fait que réagir à des situations déclenchées par d’autres. Ou encore le polémiste Alain Soral, Balance ascendant Balance, qui, ayant échoué son incursion sur le terrain des élections, connait désormais le succès à travers le think tank « Egalité et réconciliation », deux notions typiques de la Balance. Chez les Mars en Balance, on compte, dans le même ordre d’idée, le stratège de génie Erwin Rommel, ainsi que Winston Churchill, qui a su se comporter en véritable chef de guerre.

Ce qui nous amène à une autre notion, celle du signe comme terrain d’expression de la planète, mais pour cela, il faut déjà se demander: qu’est-ce que cette virilité que Mars est censée représenter? Aux temps païens, cela semblait clair: Mars est le dieu de la guerre. Être un homme libre, c’était avant tout porter les armes, la participation à la vie de la cité étant, chez les grecs et les romains, lié à ce « prix du sang ». Cependant, entre l’Arès grec et le Mars romain s’opère déjà un changement. Le premier était un dieu de carnage et un vantard, là ou Mars, dieu originellement agricole, est avant tout le gardien des frontières, et représente le soldat-citoyen de l’époque républicaine, pressé de retrouver ses terres une fois sa mobilisation terminée. Bref, l’action martienne n’est pas que guerrière, mais aussi participation active à la sphère sociale, c’est à dire transformation du monde. Ce qui peut, bien heureusement, s’accomplir de bien des manières, y compris à travers les thématiques Balance.

Ainsi, chez les natifs de Mars en Balance, on compte pas moins de trois papes ces dernières décennies (François, Jean-Paul II et Paul VI), ainsi que le XIVe Dalai Lama, dont l’action dans le monde passait par les notions Balance d’altruisme, mais aussi par le charisme. Également l’ancien ministre des Affaires  Étrangères (donc chef de la diplomatie) Dominique de Villepin, ainsi que Richard Branson, qui a fondé l’empire Virgin sur la base de l’idée de juste prix et de bonnes conditions de travail. Et dans un registre encore plus ‘délicat’, le cuisinier Philippe Conticini, qui a marqué son domaine par son inventivité. Tous ces gens ont donc su agir, virilement, chacun dans son domaine, marqué par la Balance; il s’agit pour cela, en fin de compte, de comprendre les tenants et aboutissement du signe, ou du moins de savoir l’appliquer à sa propre vie, à ses propres goûts et aspiration. C’est un aspect important des planètes en exil, ou, plus généralement, des aspects de tension dans un thème astral: ce sont des difficultés pousse au travail sur soi, et, en fin de compte, apportent parfois une force supplémentaire, là où avoir trop de positions faciles peut inciter à la paresse et ne pas donner grand chose, d’où la relativité à donner au notions traditionnelles de « bénéfique » et « maléfique ».

Enfin, certains vont sûrement enfin se plaindre qu’avoir la même position de Mars que des papes n’est pas de bon augure pour leur vie sexuelle; mais bon, hein, si vous êtes pas content, fallait naitre à un autre moment, et puis c’est tout. Vous n’avez qu’à vous plaindre à vos parents, comme vous le conseillerait Freud, qui, comme de bien entendu… avait Mars en Balance!