Le retour du Roi

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Peut-on être catholique sans être royaliste? La question peut se poser, tant il est vrai que le Christ (et, avec lui, tous les baptisés) est prêtre, prophète et roi, et non pas président ou premier ministre. D’ailleurs, le verrait-on faire le tour des marchés à serrer des paluches pour se faire élire? Beurk. Enfin, bien sûr, le simple fait que tous les baptisés aient également la vocation royale peut tout aussi bien légitimer la démocratie, même si d’une façon différente de notre république, d’inspiration franc-maçonne. A commencer par le fait que chacun devrait être maître chez lui (et ne pas se laisser dicter le fonctionnement de son foyer par une morale d’état extérieure), et posséder son outil de production (au lieu de rester le serf d’une entreprise); de toute façon, la liberté est forcément à ce prix, et c’est d’ailleurs plus ou moins ainsi que Marx envisageait sa société sans classes. Mais bon, ceci étant dit, une autre question se pose: peut-on être français sans être royaliste? Regardons un peu notre histoire; à votre avis?

Soyons sérieux deux minutes: depuis qu’ils sont républicains, les Français n’ont jamais cessé de plébisciter les hommes forts; Napoléon, Boulanger, De Gaulle, et même Mitterrand ou Sarkozy. Dans la Ve république, le rôle présidentiel est clairement un substitut du trône. Est-ce vraiment étonnant? Après tout, le Roi de France n’était pas seulement couronné (soit, en somme, une simple nomination civile) mais sacré; désigné par Dieu, et non pas seulement par la société laïque. Pas étonnant, donc, que la trace du roi-prêtre, lieutenant terrestre du Christ, reste gravée dans l’inconscient collectif français. On trouve même des journalistes, dans la large majorité de gauche et laïques, pour parler d’onction du suffrage universel. Alors bon, pourquoi supporter des élus médiocres alors qu’on pourrait avoir des aristos, peut-être médiocres aussi, certes, mais avec au moins un poil plus de panache?

Eh bien, pour le savoir, c’est tout simple; faisons le tour des prétendants au trône (sans compter le comte de Paris, qui va sur ses 81 ans; ça fait un peu beaucoup pour une prise de fonctions politiques):

  • Jean d’Orléans, prétendant orléaniste: titulaire d’un MBA d’une université californienne, a travaillé dix ans comme consultant dans le groupe Banques Populaires
  • Louis de Bourbon, prétendant légitimiste: master en finances, ayant participé à un MBA (sans l’avoir, je suppose), a travaillé à la BNP ainsi que pour une banque vénézuelienne
  • Jean-Christophe Napoléon, prétendant impérial: diplômé d’HEC Paris, travaille dans un fonds d’investissement londonien après deux ans chez Morgan Stanley, célèbre banque d’affaires

Alors bon, que dire? Je ne doute pas une seconde qu’il s’agisse de gens bien, voire que leur cursus puisse faire d’eux d’excellents hauts fonctionnaires (davantage, en tous cas, que nos ministres sciencepotards), mais niveau crédibilité, il y aurait à redire. Déjà, la finance est notoirement un cheval de Troie de la culture angloaméricaine, et je vois mal quelqu’un ayant trempé à ce point dans le fiel de la perfide Albion devenir le porte-étendard de l’identité française. De plus, vous voyez un roi expliquer qu' »après une première expérience réussie dans une grande banque d’affaires, ayant confirmé son goût et ses compétences pour les relations internationales acquises au cours de ses études, je souhaiterais désormais franchir un nouveau niveau de responsabilités« ?

Pour une carrière professionnelle, c’est parfait, mais niveau panache, c’est pas trop ça. En comparaison, l’écrivain contemporain Marin de Viry, auteur de l’excellent Matin des abrutis et issu d’une vieille maison savoyarde, est au moins passé par Saint-Cyr avant de faire carrière dans le privé. Au moins avait-il compris, comme disait Cyrano, que l’on n’abdique pas l’honneur d’être une cible.

Bref, c’est tout à ces réflexions qu’un fait, tout d’abord très discret, a fini par s’imposer dans mon esprit. N’étant croyant que depuis un an, je découvre progressivement ce monde à part qu’est la France catholique. Il n’y est en fin de compte presque jamais question de rois, ou alors presque comme une boutade ou comme horizon extrêmement vague; mais il est une figure royale qui revient, de façon sérieuse et circonstanciée: celle de Louis XVI. Outre la poignée de gens qui commémorent son exécution le 21 janvier (qui fut d’ailleurs journée de deuil national pendant 17 ans, à la Restauration), il s’en trouvent encore plus pour l’honorer comme martyr, et j’ai vu une paroisse pas spécialement traditionaliste organiser la lecture de son testament. Dans l’église. Alors, face à ce culte qui ne dit pas son nom, à quand le procès en béatification?

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Bien évidemment, je ne suis pas le premier à y penser. Déjà quelques mois après l’exécution, le pape de l’époque avait souligné tous les aspects permettant d’espérer qu’une telle démarche puisse aboutir. Encore faudrait-il qu’un archevêque de paris se décide à la lancer, car c’est à lui que revient de proposer le dossier à la curie romaine. Et c’est bien là que le bât blesse, car c’est là que la démarche devient politique: cela reviendrait à clamer à la face de la République qu’elle n’a pas tant condamné Louis XVI à cause d’un crime supposé (ce dernier ayant, selon toute probabilité, plutôt souhaité garder une parcelle de pouvoir mais pas mener une Contre Révolution radicale) mais bien plutôt qu’elle l’a supprimé précisément pour ce qu’il était: le Roi sacré, lien du pays avec Dieu et l’Église. C’est pourtant bien ce qui semble être le cas, et cela explique bien la « religion de la République ». Si celle-ci, qui apparaît à la Révolution (avec son cortège d’idée folles auquel Napoléon coupe court, tout en conservant et développant les aspects les plus pertinents) fut longtemps atténuée par des dirigeants chrétiens, réapparait de nos jours en pleine force avec la fameux « pacte républicain », aussi dogmatique qu’obscur, mais de façon très nette et explicite chez notre cher ministre de l’Education.

Reconnaitre un tel fait serait donc éminemment politique. Si l’Église le fait, elle accuse la République d’un crime, et même d’un sacrilège, ce qu’elle ne semble pas prête à faire. Le mieux serait que le Président ou l’Assemblée le fassent. Après tout, pourquoi pas? On commence à être rôdé sur les lois mémorielles et autres auto-flagellations. Et pour ma part, je pense que cette fois, l’exercice serait réellement salutaire; c’est, à mon avis, la seule façon de réellement réconcilier la France avec son passé et son identité. Mais ça impliquerait de se mettre en porte-à-faux avec tout ceux qui profitent de ce clivage, et qui, précisément, construisent leur autorité sur cette nouvelle religion.

Religion, donc, fondée par un sacrilège et un sacrifice de sang à une idole (la République). Pas étonnant que la France souffre depuis lors: défaites militaires à la pelle (alors que l’armée du Roy était réputée invincible, chape de plomb de la morale bourgeoise, dogmatique et hypocrite (de la censure des Fleurs du Mal à nos commissaires politiques socialistes), suivisme servile du supérieur du moment (Angleterre à l’ère victorienne, USA depuis les années 60). Bref, il semble bien qu’avec son roi-prêtre, la France ait perdu sa vitalité et ne fasse, depuis, que continuer sur sa lancée avec plus ou moins de bonheur. A l’heure actuelle, environ 20% de la population pense qu’être gouvernés par un roi serait une bonne chose, et à peine moins pense que cela garantirait davantage les libertés individuelles. C’est loin de la majorité, mais c’est loin d’être ridicule pour une idée qu’on aurait pu croire appartenir à un passé révolu. Et Dieu sait comment évolueront les choses en ces temps d’échec patent et généralisé des institutions si la situation, de pénible, devient insupportable.

 

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6 réflexions sur “Le retour du Roi

  1. Je n’avais jamais réfléchi à la possibilité d’un Bienheureux Louis XVI Auguste de Bourbon, mais je trouve ça lumineux! Après… Mgr Vingt-Trois oserait-il, quand bien même l’idée le traverserait ?

    L’histoire de la France chrétienne est finalement une bonne illustration de ce processus récurrent et apparemment inévitable de dégénérescence des sociétés, pressenti à la belle époque par Platon.
    D’abord le pouvoir de source divine, incontestable (si on remonte très loin, un excellent exemple pourrait en être Mérovée, le vainqueur d’Attila, considéré d’essence divine par ses Francs).
    Puis doucement le glissement vers la timocratie, et la prise officieuse du pouvoir par ces hommes de second rang animés d’un certain sens de l’honneur et de la grandeur : aristocrates, militaires de talent, ou encore politiciens de carrière.
    Et enfin, en stade terminal, le basculement fatal dans la ploutocratie des lobbys (qui n’ont certainement pas attendu notre siècle pour exister) et de l’édification du financier en tant que nouvel übermensch. A ce titre, les orientations prises par les descendants de feu nos souverains me paraissent en dire très très long !

  2. lecacheux andra dit :

    Non pas « fullerène », mais « graphène » : https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-graphene-superstar-episode-1

    A+

  3. jmespe dit :

    bonsoir,
    je viens de tomber sur votre blog et je vous en félicite
    Vous êtes scientifique (je suis électronicien)
    vous êtes de droite (moi aussi)
    vous êtes catholique (je retourne à l’église depuis peu)
    Je me pose moi aussi la question du roi

    -1 la démocratie est un système non viable à long terme…
    et elle a déjà presque 2 siècles . Surtout, elle a coïncidé avec la révolution industrielle qui lui a permis de nous faire croire que c’est ELLE le progrès. Mais le progrès quitte ce pays à vitesse grand V depuis plusieurs décennies maintenant
    -2 Le prétendant:
    vous pouvez ajouter qu’il est d’origine espagnole !
    Mais à tout prendre je crois qu’aucun roi n’aurait :
    -sabordé ses frontières
    -remplacé sa monnaie
    -permis l’invasion progressive de son pays
    enfin, le roi est catholique alors que nous avons exactement « des sans foi ni loi »

    PS: me ferez vous l’amitié de lire mon blog (et mon site) et de me donner votre avis ?
    http://jmespe.free.fr

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