Impression 3D

La technique, c'est sexy

La technique, c’est sexy!

Les dernières fois que je me suis intéressé aux médias (quitte à faire les mots croisés des journaux gratuits, autant les lire aussi), on ne cessait de vanter la technologie de l’impression 3D, technique de l’avenir  selon certains. Certes, du temps où j’étais en école d’ingénieur, on avait déjà des machines de ce qu’on appelait prototypage rapide qui fonctionnaient de la même façon, mais dont le coût prohibitif limitait l’usage à la sphère industrielle. Or, ce temps est révolu, et voici donc qu’une armée de geeks en manque de gadgets monte au créneau pour nous signifier prophétiquement une quatrième révolution industrielle. Cependant, la plupart sont, il me semble, des informaticiens avant tout; ayant, pour ma part, travaillé 5 ans dans l’industrie mécanique, il me semble donc intéressant de regarder de plus près ce que vaut ce point de vue (spoiler alert: en fait, c’est de la merde)

Car voyez-vous, outre l’intérêt en terme de fabrication pour les industriels (ce dont je ne doute pas), nos chers codeurs y voient surtout, d’un point de vue grand public, une nouvelle victoire du partage de fichiers, comme pour la musique et les films; mais ce qu’ils oublient, c’est que des données à l’objet, outre le procédé, il y a un autre obstacle de taille: les matériaux. Ce n’est pas pour rien que les industriels dépensent des fortunes en R&D (sachant qu’il n’existe pas de moyen de prédire précisément les propriétés d’un nouveau matériaux: on est obligé de tâtonner) dans le domaine: les qualités d’un objet fini, dès qu’on sort un peu du jouet ou du gadget, dépendent largement des matériaux utilisés. Or, les résines, pour être utilisables dans l’impression 3D, doivent déjà remplir un cahier des charges serré: on est limité à des plastiques, et, qui plus est, à température de fusion raisonnablement basse; ce qui est très limitant:

  • Les résines sont de plus en plus utilisées dans l’industrie, cela ne fait pas de doute, mais presque exclusivement dans le cadre de composites, c’est à dire avec des renforts en tissus. Or, c’est ce renfort qui fait exploser les prix, car il faut trouver un moyen de les maintenir en place durant le moulage, et aussi les découper de façon adéquate pour la pièce. Bonne chance pour arriver un jour à faire ça à partir d’un dessin de pièce 3D. Et si on décide de s’en passer, on se retrouve avec des propriétés sacrément diminuées. Le but d’un composite (dont un des prototypes fut le béton armé) est d’utiliser un matériaux souple (mais donc facilement déformable) à un matériaux rigide (et donc systématiquement fragile, c’est à dire ayant tendance à fissurer facilement) afin d’obtenir un matériaux robuste et résistant. Bref, comme dans les contes de fées, on prend un prince intelligent et moche, on le marie à une princesse belle mais bête, et les deux deviennent beaux et intelligents (à condition, comme disait Gotlib, de ne pas tenir sa baguette magique à l’envers, sans quoi les deux peuvent se retrouver bêtes et moches). Et donc là, on se retrouve avec juste un prince intelligent mais moche, ou plutôt solide mais fragile, à moins de surdimensionner comme un porc (ce qui exclut donc les application de finesse).
727px-Comparaison_classes_materiaux_resistance_meca.svg

Diagramme de choix des matériaux, prix en fonction de la rigidité (source wikiversity)

  • La basse température de fusion exclut toutes les applications thermiques, donc tout ce qui est moteur, source d’énergie ou détonation. On a beaucoup entendu parler de cet américain qui a fabriqué des armes par impression 3D, en reconnaissant que, certes, on ne pouvait tirer que deux trois coups, mais on ne sait jamais, avec de nouveaux matériaux… sauf que le cahier des charges même de l’impression 3D garantit qu’il en sera toujours ainsi. Il faut des matériaux qui puissent fondre (ou du moins acquérir une viscosité suffisamment élevée) à température suffisamment basse. Or une détonation produit une chaleur élevée; donc, peu de chance qu’on puisse un jour imprimer totalement une arme non jetable. CQFD, et qui plus est, cette contrainte garantit qu’on restera dans les résines, qui, comme toutes les gammes de matériaux, ont des propriétés certes variables, mais dans une fourchette limitée, comme l’illustre le diagramme ci-dessus.

Bref, à mon avis, l’impression 3D a peut-être de belles potentialités, mais uniquement pour certains types de procédés ou, d’un point de vue grand public, dans des marchés de niche. Les révolutions industrielles ont été permises par des ressources (charbon, pétrole puis informatique) non seulement puissantes mais surtout extrêmement polyvalentes et là, même en espérant voir arriver de nouvelles résines d’impression, on en est loin. Il est d’ailleurs intéressant que l’image ci-dessous (trouvée au hasard d’une recherche google, en même temps que la première image de l’article) choisisse de représenter un crâne. Par ce choix, le photographe renoue sans le savoir (ou peut-être que si?) avec un des thèmes picturaux les plus célèbres de la Renaissance: la vanité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s