Le porteur de lumière

ananas

Que voulez-vous qu’un juge ou un procureur fassent contre un chansonnier, qui répond « recette de cuisine » quand on lui dit « provocation à la haine et à la discrimination raciale »? Pas grand’chose à priori, à moins de se reposer allègrement sur le côté interprétatif du droit; c’est à dire, appelons un chat un chat, à l’arbitraire (au sens premier du mot: le fait de trancher, prendre une décision). Ou alors, il y avait bien sûr l’option la plus évidente: laisser tomber, comme le conseillèrent même des gens convaincus de la culpabilité et de la « nauséabonderie » de Dieudonné. Et pourtant, voilà que pour faire taire un seul humoriste, les élites qui gouvernent la France transforment le pays en dictature de fait, où la jurisprudence permettra désormais de censurer une oeuvre pour « atteinte à la dignité humaine constituant un trouble à l’ordre public », le tout dépendant uniquement de l’appréciation du juge. Autrement dit, selon la formule de l’Ancien Régime: « Car tel est notre bon vouloir« .

Bon, il fallait être aveugle pour croire encore à une réelle liberté d’expression en France, vu toutes les sanctions potentielles qui existaient déjà en cas de « dérapage » (c’est à dire, pour les lecteurs qui n’auraient pas la chance de vivre dans notre beau pays, un propos jugé raciste ou négationniste par les milieux autorisés, associations et médias). Entre les procès multiples, les amendes exorbitantes, le harcèlement par voie de presse, l’abandon des éditeurs/producteurs (qui aiment à se poser en grands défenseurs de la culture, mais uniquement tant que ça n’affecte pas leur porte-monnaie), il fallait avoir le moral et les finances solides pour ne pas se retrouver broyé, même en cas de jugement favorable. Mais bon, la main de fer gardait tout de même son gant de velours: on restait dans le droit (même vicié), et le « dérapeur » avait en général droit à un avertissement sans frais.

Pourquoi donc envoyer tout ça valdinguer, en se révélant brutalement, tout ça pour une mouche du coche qui, meilleure stratège que d’autres, a su sécuriser son approvisionnement en argent frais, afin d’encaisser toutes les procédures qu’on lui lançait à la figure? Pourquoi ne pas « démontrer » qu’il a tort en le laissant parler, comme l’aurait pu faire un Mitterand? Ou même lui organiser un assassinat discret et pseudo-accidentel, comme l’aurait pu faire Mitterand là aussi? Beaucoup, donc, se posent cette question (y compris, comme je le disais, des gens qui estiment que notre VRP en quenelles est un odieux antisémite), mais je pense que la raison est simple à partir du moment où l’on cesse de vouloir à tout prix une explication rationnelle: pour les individus de l’ombre qui ont pris Dieudonné en grippe, ces moqueries sont trop insupportables pour les laisser dire, même si cela doit faire perdre un avantage stratégique. Cet article partage mon avis, et explique bien les dégâts que l’humoriste franco-camerounais est en train de causer à l’idéologie des « élites » qui dirigent la France en sous-main. Il me semble d’ailleurs intéressant de développer l’aspect sacrilège du rire, et ses mécanismes, car il y manque quelques points importants à examiner.

Un vénérable guide spirituel!

Un vénérable guide spirituel!

Tout d’abord, l’article en question commence par une vidéo, un extrait du film Le Nom de la Rose, où apparaît cette phrase:  » Le rire tue la Peur, et sans la Peur, il n’est pas de Foi », qui sert de base à l’argumentation. Or, je n’en suis pas franchement convaincu, et d’ailleurs, le moine qui en est l’auteur a l’air passablement cinglé; sans aller jusqu’à l’argument ad hominem, il y a tout de même de quoi être méfiant. De plus elle se retrouve isolée de son contrepoint,  le personnage de Sean Connery (moine également) prenant la défense du rire de façon solidement argumentée. Il semble donc un peu rapide de parler du rire qui désacralise et salit tout, détruit toute foi.

Qui plus est, rappelons que le Christ a lui même dit: « Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné  » (Matthieu 12, 32) et que les moqueries qu’il reçoit durant la Passion, en l’humiliant, contribuent à son avènement; elles le font en fait grandir. Simplement, ce qui prête à rire, c’est le mécanique plaqué sur du vivant d’après la formule immortelle de Bergson; une substance morte cherchant à imiter la vie, ou à l’inverse la vie perdant son essence. Le rire est précisément un moyen de défense contre cette perte de vitalité. Et puisque qu’on parle de mort et d’imitation, il y avait autrefois un nom qu’on donnait au Christ, mais qui désigne de nos jours quelqu’un de bien différent: le Porteur de Lumière, soit, en latin, Lucifer

lucifer[1]

Ce nom pourrait n’être qu’un parmi tout ceux dont on affuble le Diable (peu importe qu’il désigne ou non une entité séparée), mais réfléchissons-y une minute: pourquoi un nom aussi…joyeux? Pourquoi un titre utilisé pour le Christ, d’autant que tous deux sont parfois aussi appelés « Étoile du Matin », d’après la planète Vénus (aussi surnommée Étoile du Berger) dont le lever précède de peu celui du Soleil)? Tout simplement parce qu’il désigne un aspect particulier de Mal: l’imposture, la falsification de la Parole de Dieu. C’est lui qui inspire à la fois les crimes « au nom de Dieu », la sévérité déplacée et les crises mystiques trop exaltées (tandis que « la Vérité vous rendra libre » (Jean 8, 32), et même serein), qui amène le faux Saint-Esprit dont parlent certains occultistes, une inspiration très forte, mais menant à l’erreur, voire à la folie. Et bien sûr, il est aussi le « patron » des mystificateurs et des faux prophètes de toute sorte. Il agit, en fin de compte, comme ces naufrageurs qui allumaient des lanternes imitant les phares, afin de guider les navires vers les récifs, et il ne fait aucun doute qu’il a berné bien des religieux, même (et c’est le plus triste) de bonne foi, comme c’est probablement le cas du moine aveugle (n’est-ce pas…) du Nom de la Rose.

Ainsi, dans toutes les religions, il y a une part de Vie qui provient réellement de Dieu (car toutes les cultures ont leurs perles de sagesse) et une part de dogmes fumeux, de rites mal compris et de mystique de mauvais aloi, qui provient de Lucifer. Or, si Lucifer imite le Christ, plus généralement, le Diable imite la vie; et autant la vraie vie n’a rien a craindre du rire, autant son imitation guidée par Lucifer ne peut le supporter, car elle est précisément ce que le rire cherche à combattre: du mécanique plaqué sur du vivant. Si les adversaires de Dieudonné cherchent à le faire taire, c’est parce qu’ils ne sont que des coquilles vides, des morts-vivants ne subsistant que par la mythologie qu’ils entretiennent (pour les principaux coupables) ou par le prestige lié à leur charge (pour les complices). C’est leur non-vie qui est en jeu; en cela, le fait de privilégier cette attaque frontale se comprend. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus, car en agissant ainsi, la coalescence des mécontentements dont je parlais il y a quelques mois a pu se faire autour du visage, enfin révélé, des véritables dirigeants du pays et de leurs méthodes. La fissure entre la vraie France éternelle et celles des imposteurs s’est amorcée, et s’il sera possible de la ralentir, il n’y a plus grand chose à faire pour l’arrêter.

Comme je le disais dans mon article précédent, 2014 devrait être une année intéressante!

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