Puissance et féminin

Nous savons tous que l’objectif du féminisme est, globalement, de lutter contre les biais de notre société envers le masculin, qui nuirait au respect et à l’épanouissement des femmes. Le sujet étant sensible (sans parler de la diversité des points de vue, y compris entre femmes se considérant féministes) et dégénérant souvent, je n’en parlerai pas, d’autant que je manque largement de connaissances sur le sujet. J’aimerais par contre développer un sujet rarement abordé, car plus métaphysique: le biais que notre société semble avoir envers la vision masculine de la puissance (potestas); non pas seulement le pouvoir politique ou économique, mais la capacité à imposer notre volonté au monde.

Comme j’en ai discuté ici il y a quelques jours, l’arbre des Séphiroth est un moyen intéressant de visualiser les spécificités du masculin et du féminin, d’autant qu’il existe des liens traditionnels avec l’astrologie. En effet, les planètes les plus associées au masculin, le Soleil (centre) et Mars (action dans le monde) correspondent aux séphires Tiphereth (beauté) et Geburah (rigueur), tandis que les planètes du féminin sont la Lune (rêve et famille) et Vénus (émotions), représentées par Yesod (fondation) et Netzasch (triomphe). De plus, pour les astrologues, la Lune et Vénus représentent pour l’homme les idéaux de la mère et de la maîtresse, tandis que le Soleil et Mars sont le père et l’amant rêvés de la femme (l’époux/se devant se débrouiller pour concilier les deux, avec l’aide de l’astéroïde Junon, dédié spécifiquement au mariage). Revoyons la figure (on ne s’en lasse pas, elle est superbe) pour bien situer tout ça, et l’on remarque que les deux binômes Soleil-Mars et Lune-Vénus sont plus ou moins symétriques, mais situés à des hauteurs différentes dans l’arbre. Qui plus est, les séphiroth (ou sphères) masculines sont directement en contact avec le monde divin (Kether-Hokmah-Binah) mais pas avec le monde matériel (Malkuth), tandis que l’inverse est vrai pour les sphères féminines.

On voit donc apparaître deux visions différente du rapport entre soi et le monde. Le féminin, lunaire-vénusien, agit à la charnière entre le matériel et l’idéal: il est pragmatique, plutôt tourné vers la tactique, l’environnement immédiat, ce qui est faisable ici et maintenant, aussi vers la sensibilité (à la fois les sentiments et le sensations physiques) donc l’esthétique et le corps. Le masculin, solaire-marsien (oui, avec un ‘s’ en astrologie), agit en amont, canalisant le divin vers l’intellectuel: il est théorique, cherchant à dégager des principes généraux, donc orienté vers l’universel, la société, l’abstraction, la stratégie. De plus, les sphères pilotant les relations avec le genre opposé montrent la recherche d’une complémentarité: le féminin recherche dans le masculin un binôme soleil-mars lui fournissant un cadre, tandis que le masculin a besoin d’appliquer concrètement ses idées. C’est ainsi que le mariage est une institution, et même un sacrement pour les catholiques, c’est à dire un moyen de se rapprocher de Dieu: le couple masculin-féminin crée une chaîne complète entre le monde divin et le monde matériel, relie le quotidien et le mystique, et donne la possibilité de créer. D’où aussi le mot de Céline comme quoi, l’amour, c’est l’infini à la portée des caniches; ce qui est heureux, car il y a plus de caniches que de saints sur Terre, et l’infini ne demande rien de mieux que d’être à la portée de tous.

J’en entends déjà râler, comme quoi finalement je n’invente rien: les hommes au bureau, les femmes aux fourneaux. Aux hommes les missions valorisées, la science, la politique, le management, aux femmes les corvées. Sauf que non, justement. Déjà, homme et femme sont tous deux faits de masculin et de féminin. Outre le célèbre symbole du yin/yang, on peut remarquer, d’un point de vue occidental, que le Taureau, symbole de force et de fertilité virile (pour des raisons évidentes) est le signe astrologique féminin où la lune et Vénus sont en dignité, et Mars en débilité, alors qu’elle est en dignité dans le signe d’Eau (donc féminin aussi) du Scorpion. Les exemples concrets ne manquent pas: ce que j’appelle puissance féminine est ce qu’utilisent prioritairement les artisans de tous sexes et de toutes fonctions, mais aussi les sportifs. Les sens affûtés, la sensation de son propre corps (donc la proprioception et la kinesthésie), la concentration, sont fondamentales pour les chirurgiens, les garagistes qui règlent une voiture « à l’oreille », les maçons évaluant la solidité d’un mur, les cuisiniers bien sûr (les grands chefs sont encore majoritairement des hommes), mais aussi pour les policiers qui enquêtent, les soldats en opération, ainsi que les artistes martiaux. Symétriquement, les rôles nourriciers, éducatifs ou protecteurs (professeur, assistant social, médecin et, bien sûr, parent) nécessitent parfois fermeté, initiative, courage, sens de la justice, et poussent régulièrement à l’engagement politique quand ils amènent à constater des injustices ou des problèmes flagrants et récurrents.

Évidemment, quand je parle de ces métiers, je veux bien sûr parler de gens motivés et compétents. Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant.

Et donc, le problème que je voulais évoquer est celui du biais de notre société qui accorde bien plus de reconnaissance à la puissance masculine qu’à la puissance féminine. Pris dans cette acceptation générale, on ne peut qu’en constater l’omniprésence. Le fonctionnement de l’industrie, la législation, se complexifient de plus en plus, officiellement pour mieux rendre compte de la complexité du monde, en fait parce que les métiers théoriques sont mieux rémunérés, plus confortables. Ils attirent bien davantage les carriéristes, qui en retour poussent des principes abstraits et des normes absconses pour mieux se faire mousser. D’un autre côté, les forces de production et de vente ne sont des coûts à faire baisser, et se retrouvent souvent les premières victimes des gestionnaires. De même, nos gouvernants semblent davantage s’inquiéter de principes républicains ou écologiques arbitraires que du bien-être des citoyens. Au niveau des études, les métiers manuels sont largement considérés comme des voies de garages pour débiles. Les élèves avec le moindre grain d’intelligence sont poussés à faire des études longues pour « ne pas gâcher leur potentiel », et se retrouvent avec un master (vu que le moindre âne bâté peut désormais en avoir un), mal payés (loi de l’offre et de la demande)  pour faire un métier qui ne leur plaît pas forcément.

Dans ces conditions, chers féministes (oui, le masculin est le genre neutre en français, désolé), je vous demande de réfléchir avec moi. La politique n’est désormais guère plus qu’une guerre des gangs pacifiée entre maquereaux de droite et racketteurs de gauche. Les entreprises tombent de plus en plus sous les coupes maladroites des comptables. La recherche scientifique est avant tout une sinécure pour autistes et grands anxieux. Donc, franchement: est-il si urgent de voir les femmes participer davantage à ce marasme? En tous cas, je pense que nous aurions tous, hommes comme femmes, à bénéficier de remettre les pendules à l’heure au niveau de la hiérarchisation du masculin et du féminin, et non pas seulement des hommes et femmes. Le fait que le masculin soit situé plus haut sur l’arbre des Séphiroth que le féminin, donc plus proche de Dieu, pourrait sembler justifier ce biais de reconnaissance, et peut-être y a-t-il contribué historiquement. Mais n’oublions pas que, dans la Bible, Dieu est au service de l’homme, comme le montre le Christ en lavant les pieds de ses disciples; comme le Père qu’il est, en somme. De même, la théorie et le masculin sont avant tout au service des applications pratiques: l’ingénieur aide l’ouvrier, le responsable RH aide les équipes de terrain, les recherches du médecins l’aident à soigner. On reconnait l’arbre à ses fruits, les idées à leur résultats concrets, et je pense que mettre ce principe en avant pourrait nous permettre de retrouver davantage de cohésion sociale, entre classes et entre sexes.

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