Gangster moderne

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Il y a aujourd’hui un an, le 28 février 2037, que Romain Dutilleux était condamné à 30 ans de prison, dont une peine de sûreté de 20 ans, mettant fin au règne de terreur de ce malfrat hors normes. Revenons aujourd’hui sur la carrière de ce pilier du crime, qu’on a appelé « le Roi de la vaporette », suite au célèbre trafic de cigarettes électroniques dont il fut le pionnier.

Né le 17 juillet 2009 à Paris, deuxième enfant d’Arnaud Dutilleux et de Camille Moignard, les premières années du jeune Romain sont nimbées de douceur. Paris-Plage, Nuit Blanche, concerts anti-racisme, il baigne dans ce que la vie parisienne a de meilleur. Mais cela ne le protégera pas du drame familial: en 2017, son parent 1 reçoit une promotion, et se retrouve désormais bien engagé dans la troisième tranche d’imposition. Dès lors, son comportement commence à changer, et tout bascule. »Notre père (sic) devenait parfois grognon » se souvient sa grande soeur. « Lui qui nous avait appris l’importance du partage, on l’entendait dire des choses terribles, comme ‘tas de fainéants’, ou encore ‘et dire qu’on paie pour tout ça!’. Il me faisait peur… ». Le parent 2 demande et obtient bientôt le divorce et la garde des enfants, mais il est trop tard. A la fin de l’année scolaire, Romain ramène un Monopoly en classe: pour lui, les dés sont jetés, il marchera dans les pas d’Arnaud.

Camille Moignard aurait bien vu son fils passer un master de lettres modernes, qui lui aurait assuré un bel avenir d’employé de mairie; mais Romain ne l’entend pas de cette oreille. A l’âge adulte, il se lance dans le commerce des e-cigarettes, à l’heure où celui-ci était encore toléré. Quand l’interdiction vient, en 2030, il ne l’accepte pas. Il cherche aussitôt à continuer son business douteux, même si sa morale le travaille, le forçant à se justifier: « qu’est-ce qu’ils peuvent être c…, c’est juste de la p….. de vapeur d’eau! » répète-t-il à l’envi, d’après son entourage de l’époque. Avec l’aide d’anciens employés et fournisseurs, il organise un approvisionnement depuis la Belgique. C’est le début du réseau qui allait faire sa fortune, distribuant vaporettes et recharges dans toute la France.

Poursuivant son ascension irrésistible, il profite de l’implantation de son circuit d’approvisionnement dans le Nord et la Picardie pour diversifier son activité criminelle dans le domaine des moeurs. Il fut en effet le premier à organiser des concours de mini-miss clandestins, ce qui, en plus des sommes perçues, lui construit une façade de bandit au grand coeur auprès de la population.

La police est bientôt sur sa piste, mais peine à trouver de quoi l’arrêter. Il est bien sûr plusieurs fois accusé d’excès de vitesse, photos radar à l’appui, mais trouve à chaque fois un homme de main pour se désigner à sa place. Il semble bien que personne ne peut arrêter Romain Dutilleux. Mais comme pour son illustre prédécesseur Al Capone, c’est une incartade apparemment bénigne qui causera sa chute.

Romain Dutilleux a en effet fréquenté une secte internationale connue sous le nom d’Église Catholique, et, s’il en a toujours été plutôt distant, cette fréquentation a laissé des traces. En effet, en fouillant dans sa vie privée, les enquêteurs constatent avec stupeur qu’il est marié… à une femme, Clémence Buzelle. Devant l’anachronisme de la situation, le mariage blanc est aussitôt suspecté. Le recours en fascisme (qui venait juste d’être officialisé par la loi, afin de simplifier la procédure habituelle de l’époque: saisine des associations anti-fascisme, saisissant elles-mêmes les médias officiels, qui s’adressent à leur tout à l’exécutif)  ayant été rejeté par les associations compétences, le cas passe au tribunal. Les accusés tentent d’arguer de leur amour, mais peinent à convaincre le jury, le juge de l’instruction ayant bien souligné l’absence de magazine hétérosexuel au domicile de Romain. Le couple ayant récemment eu un enfant, l’enquête a de plus montré un non-respect des lois sur le congé de paternité à sa naissance, ce qui vient alourdir la peine requise.

Compte tenu de la gravité des atteintes à la souveraineté de l’Etat, le parquet décide de suivre le procureur et d’attribuer la peine maximale à Romain Dutilleux, qui la purge dans le QHS de La Santé. « Nous aurions pu le mélanger aux autres détenus, » nous explique le juge d’application des peines », mais nous avions peur que les plus faibles, ceux qui ne passent que quelques mois ici pour vol à main armée ou homicide, soient influencés et lui emboîtent le pas. Avec ce genre de tordu, il faut s’attendre à tout ».

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Transition endommagement-rupture dans un matériau ductile

On m’a demandé mon avis sur une question de société, à savoir, pour résumer: « avec toutes les conneries qui se passent dans ce pays [la France, pour mes éventuels lecteurs outrehexagonaux], comment ça se fait que ça pète pas? ». Question intéressante, que je vais étudier d’un point de vue de mécanique des matériaux. En effet, chaque matériau possède une certaine souplesse, c’est à dire que, dans une certaine limite, il réagit aux déformations comme un ressort. Mis s’il est soumis à des efforts trop importants, il finit par connaitre des processus irréversibles, à savoir soit se fissurer (comme le verre ou les murs) soit se déformer de façon irréversible (comme le métal) jusqu’à parfois se déchirer (comme un Carambar). On parle respectivement de matériaux fragiles et ductiles. Évidemment, la limite n’est pas toujours si simple: les métaux, notamment, peuvent également se fissurer; auquel cas la fissure elle-même s’amorce de façon ductile. Mais, dans tous les cas, l’endommagement commence à une échelle microscopique, autour de défauts, de cavités ou d’impuretés qui fragilisent localement le matériau. En ce qui concerne la fissuration, on a donc, dans un matériau soumis à de fortes contraintes, apparition de microfissures (de l’ordre du micron), qui convergent progressivement et se rejoignent pour former une macrofissure (visible à l’oeil nu) qui peut alors se propager et détruire l’objet. C’est ce qu’on appelle la coalescence.

A ce stade, il peut être bienvenu de justifier l’analogie avec des sociétés entières. Tout simplement, on voit bien que certaines sociétés sont fragiles, et que la moindre fissure y propage très vite pour l’amener à la ruine: ce fut le cas des printemps arabes. D’un autre côté, l’Angleterre est passé du féodalisme à la monarchie constitutionnelle progressivement, en quelques siècles. Elle a donc connu une déformation irréversible graduelle, la révolution de Cromwell, par exemple, ayant fait long feu. Il s’agit d’une société ductile, où les amorces de fissure s’arrêtent bien vite. Ces exemples amènent d’ailleurs une autre analogie: les matériaux/sociétés les plus rigides sont aussi les plus fragiles, tandis que les plus plastiques (la culture du dialogue des parlementaires anglais) sont plus ductiles. Mais il s’agit là d’exemples un peu lointains. Pour analyser la société française, il va me falloir aller un peu plus loin.

Tout d’abord, il faut bien voir qu’un des ingrédient du « succès » des révolutions arabes, fut la collusion d’intérêt entre une certaine jeunesse occidentalisée et les groupuscules islamistes, c’est à dire, n’ayons pas peur des mots, fascistes. Collusion qui ne dura pas, et les jeunes se mordirent les doigts d’avoir fait confiance à de tels alliés. Or cela n’arrivera pas en France. En effet, si le français est râleur, il n’a, quoi qu’on en dise, aucune sympathie pour le fascisme, et ceux qui qualifient comme tel le bijoutier qui a tué l’un de ses voleurs n’ont juste rien compris à cette notion politique. Le fascisme, c’est abdiquer sa liberté individuelle au nom de la nation, c’est marcher en rang et punir tout ceux qui s’écartent. Celui qui se fait justice lui-même est bien plutôt anarchiste (de droite), et risquerait une répression des plus dures dans un vrai état fasciste. Pendant la crise de 1929, la France a donc connu de rapides alternances gauche-droite (donc une plasticité à l’anglaise), mais le fascisme n’a pas vraiment fait recette: les Croix de Feu restèrent une initiative quasi isolée. L’arrivée au pouvoir de Pétain se fit sans l’assentiment du peuple, et, pour tous ceux qui disent encore que les français de l’époque étaient tous des collabos, précisons que les Juifs de France ont survécu à 75%, contre autour de 55% dans les autres pays occupés. Le succès électoral de Jean-Marie Le Pen (qui a consacré son mémoire de maitrise en droit à l’anarchisme en France après la Seconde Guerre Mondiale) est tout sauf un contre-exemple: ancien poujadiste, il était plus anar de droite que facho, et devait plus sa popularité à la provoc’ qu’à des appels à marcher au pas de l’oie.

Qu’en est-il donc aujourd’hui? Si l’on constate une similarité à la situation des années trente, crise et alternance politique, je ne suis pas sûr que cette plasticité suffira, cette fois. Car si le clivage droite-gauche existe bien, les deux partis dominants ont tout de même leurs points d’accord, qui se trouvent, malheureusement, être les aspects de la société qui emmerdent le plus les français. Citons par exemple: le contrôle de l’état sur tous les aspects de la vie, la création et l’entretien de castes privilégiées (journalistes, fonctionnaires, ayants-droits…) et un accommodement aux règles européennes (du genre « si ça me plait pas, j’adapte, mais si ça me plait, j’adopte sans me poser de question en disant qu’on a pas le choix »). Du coup, la plasticité de l’alternance ne suffit pas, et des microfissures apparaissent, sous la forme d’individus-inclusions se désolidarisant du matériau société, refusant de jouer le jeu; c’est à dire de croire les médias et le consensus de nos « élites », de se fondre dans l’idéologie ambiante de festivisme bobo ( Paris-Plage, spectacle de rue, art contemporain) mais aussi de se lancer dans des professions habituellement valorisées (fonction publique, ingénierie…) pour ne pas servir de kapos, ou tout simplement parce que de telles carrières ne sont plus considérées comme épanouissantes. Du coup, la France semble vivre dans une dépression continue et globale, et sa santé économique s’en ressent, d’autant que l’inefficacité du consensus politique n’aboutit qu’à… son renforcement. Eh oui, nos dirigeants ne peuvent envisager d’alternative, donc, tant que ça échoue, ils vont encore plus loin, car quand on n’a qu’un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. Ils forment donc, dans leur décadence, une sorte de couvercle de plus en plus racorni sur les énergies bouillonnantes de la France, qui, quoi qu’en disent les pessimistes, est loin d’être foutue. Il suffit de regarder; l’énergie, les projets, l’intelligence sont partout, sous forme dormante, n’attendant que la fragilisation de cette croûte pour la faire sauter.

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Pourquoi donc les microfissures formées autour de ces individus ne coalescent donc pas? Eh bien justement parce qu’elles se croient isolées. Oh bien sûr, de tels individus, s’ils tiennent le coup, finissent par rencontrer des semblables et vivre en réseau, à l’écart du panoptique de l’État, mais cette coalescence reste locale. Or, justement, en mécanique, on n’arrive (plus ou moins, la technique n’est pas encore au point) à faire de la transition endommagement-rupture dans une pièce qu’en la prenant en compte dans sa globalité. En d’autres termes, ce qui manque à nos individus, c’est un projet commun à l’échelle (au moins) nationale. C’est d’ailleurs pourquoi le FN progresse dans les sondages, c’est le parti le plus crédible, aux yeux de certains, pour casser l’alternance PS-UMP. Sauf qu’il est malheureusement un peu trop bête pour nos individus autonomes qui, par définition, sont plutôt intelligents et sensibles. Alors quoi d’autre? Fonder une nouvelle formation politique? Rejoindre les imbéciles des autres partis, voire les rigolos de la Fédération Anarchiste? Dépoussiérer les momies de la famille royale? Pour ma part, je ne crois pas trop à une solution politique, qui ne ferait que retourner dans les mêmes travers. Comme dirait Mao, les lois ne sont guère que des « tigres en papier » sans réelle puissance si la volonté du peuple ne les soutient pas. On le voit bien avec le droit de la location immobilière et celui du travail: quels que soient les changements, la loi de l’offre et de la demande continue de permettre des abus (tout en créant par ailleurs des situations absurdes, comme des gens aux bons revenus incapables de louer, et des employés incompétents mais invirables). Du coup, la seule solution me semble être la fédération autour d’un idéal commun, mais de nature morale, indépendamment du fonctionnement de l’État. C’est à dire, pour utiliser les grands mots: la résurrection du trône de l’Empereur.

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Bien sûr, je ne parler pas de retour au féodalisme ou à l’Empire Romain, mais plutôt à ce que l’arcane de l’Empereur représente, c’est à dire l’idéal de la loi morale incarnée, idéal que les rois chrétiens utilisaient pour justifier leur pouvoir, mais que l’Église avait aussi créé, outre par complaisance politique, pour les canaliser. C’est ainsi que la hiérarchie féodale des petits seigneurs de guerre, plus proches de la Mafia que de l’idéal chevaleresque, évoluèrent au fil des siècles. D’abord par la soumission à un idéal moral (Paix de Dieu, autour de l’An Mil), puis par la fédération autour de buts communs (croisades), la constitution d’états-nations prenant progressivement le relai sur le plan politique. L’Empereur, relai terrestre du Christ-Roi et modèle des chrétiens baptisés, « prêtres, prophètes et rois » en ce qui concerne leur vie terrestre, est un poste sacré, au même titre que le Pape (aussi l’arcane V du Tarot) pour le Christ-Prêtre et, toujours dans le Tarot, l’Hermite (arcane IX) représente le poste du Christ-Prophète. Comment, me demanderez-vous? Eh bien en énonçant et incarnant la loi morale selon laquelle les Chrétiens sont sensés vivre, c’est à dire la loi du coeur que le Christ évoque pour remplacer la loi de Moïse (énoncée principalement dans les Nombres et le Deutéronome). Car si cette loi est, par définition, liée à la morale personnelle, donc suivie de plein gré, cela ne signifie pas qu’elle soit arbitraire. Il suffit pour cela de voir les exemples des autres religions abrahamiques, qui ont chacune une loi morale énoncée explicitement dans un texte sacré: les Juifs ont la fameuse loi de Moïse, et les Musulmans ont le Coran. Or, le simple fait que l’Islam ait été fondé par l’archange Gabriel, la « force de Dieu », nous indique que cette loi joue le rôle concret d’être une source de force pour ceux qui la suivent. D’où l’effet, souvent constaté et énoncé, qu’on est parfois plus libre – et, ajouterais-je, plus fort- en s’astreignant à une discipline qu’en faisant tout ce qu’on veut, ce qui peut nous livrer pieds et poings liés à nos propres passions. Mais la loi de ces religions provient d’une époque révolue, tandis qu’une loi incarnée est capable d’évoluer, de connaître des interprétations (soit une certaine forme de jursiprudence), au cas par cas, subjectives mais temporaires. Dans une perspective chrétienne, par exemple, une loi morale peut être réinventée constamment: il suffit de se baser sur les justifications et les principes sous-jacents à la loi deutéronomique, et les adapter à l’époque moderne, dans la grande tradition catholique. Voilà quel est le rôle de l’Empereur, et aussi celui de sa hiérarchie (rois, comtes, barons…), qui, à leur tour, interprètent la loi qu’il conçoit en fonction de leur propre subjectivité, mais aussi des spécificités de la culture, de plus en plus locale, qu’ils représentent.

L’empereur n’est-il donc qu’un ersatz de pape? Il suffit de voir ce que dit le Christ au sujet du divorce (« C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi » Matthieu 19:8) pour comprendre que leur rôle est fondamentalement différent: la loi (donc l’Empereur) peut sous certaines conditions, autoriser/tolérer ce qui est contraire au Bien, ce qui est impossible pour le Pape: en tant que gardien de la doctrine, il n’a pas le droit de la contredire. Et c’est bien cette possibilité d’enfreindre la doctrine de façon justifiée et canalisée qui crée la force. Le Christ est descendu en enfer pour libérer les âmes de l’Hadès, c’est à dire qu’il est sorti de la Vie (donc du Bien) pour entrer dans le monde inférieur (donc des pulsions), afin de les amener au Ciel (donc d’en faire des forces du Bien). C’est exactement un des principes de base, et une des plus grandes forces historiques du christianisme: la conversion par l’empathie et le pardon. c’est aussi ainsi que Saül de Tarse, ennemi de l’Église, est devenu Saint Paul, un de ses piliers. Et Église actuelle, qui a bien une doctrine, mais pas de loi adaptée, ne peut plus autoriser explicitement ses fidèles à pécher (appelons un chat un chat) dans le but d’un plus grand bien. La conversion des forces pulsionnelles n’est plus possible sans l’Empereur. Et, si son trône est vide à l’heure actuelle, il continue d’exister, sous forme occulte, attendant son retour, qui n’est peut-être pas si loin que ça, d’ailleurs. Benoit XVI, en démissionnant du poste du Pape pour se retirer dans l’ombre, a très probablement recréé le poste de l’Hermite, et le Pape se désengage de ce qui ne concerne pas la doctrine, devenant moins catégorique sur les questions de choix de vie. Bref, des trois postes, il y en a désormais deux, et ils préparent de la place au troisième. D’un autre côté, nous avons nos micro fissures qui attendent leur idéal supérieur pour se fédérer, et finalement se libérer.

Bien sûr, tout cela parait complètement fou, mais après tout, ce qui est sagesse auprès de Dieu est folie auprès des hommes, alors qui sait? De toute façon, les choses ne se feront pas en claquant des doigts. Mais la promotion de l’idéal de loi morale, la conscience d’unité (de classe?) des individus qui cherchent la Vérité sous toutes ses formes, qu’elle soit intellectuelle, sentimentale, ou économique, peuvent cheminer progressivement. Les individus, ou les micro-réseaux peuvent se fédérer. Difficile de voir, à l’heure actuelle, plus qu’une vague direction. Mais comme dit le proverbe chinois, même le plus long des voyages commence par un premier pas.

Frère Soleil, soeur Lune

On m’a proposé un sujet d’article sérieux, mais, étant donné la teneur du précédent, je vais intercaler un sujet plus léger avant de m’y attaquer. C’est ça ou finir gothique, et j’ai la flemme de me maquiller donc bon, le choix est vite fait.

Je faisais tantôt des recherches sur la déesse grecque Artémis, histoire de comprendre un peu mieux son rôle dans la culture hellénique. Après tout, elle est l’une des douze divinités olympiennes, ce qui n’est pas rien pour une déesse de la nature sauvage. D’autant qu’elle est soeur jumelle d’Apollon, un fait qui ne peut être anodin, mais qui me semblait mystérieux. J’ai donc fouillé un peu, histoire de voir ce que les archéologues et historiens avaient pu trouver, d’autant que certains se sont visiblement posé les mêmes questions que moi. C’est ainsi que j’ai découvert, tenez-vous bien, rien. Zéro. Oh bien sûr, la déesse et son clergé avaient bien des usages sociaux documentés, mais sans cohérence évidente entre eux. Devant cet échec, les experts se justifient, les cuistres, en disant que les preuves matérielles manquent, sous prétexte que les sanctuaires n’étaient probablement pas construits en dur. Ah là là, je vous jure, pour faire le beau en costume d’Indiana Jones à l’autre bout du monde et draguer les petites indigènes (oui, je suis un expert reconnu mondialement en sociologie des archéologues), y’a du monde, mais pour réfléchir, pfffuit, la débandade. Du coup, j’ai du le faire à leur place, et mettre les mains dans le cambouis. Comme on dit dans les polars américains, c’est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.

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Bon, allez, pour commencer, voyons les attributions de notre déesse. On peut les regrouper en trois grands thèmes: la nature sauvage (arcs, chasseurs, bêtes sauvages, orée des forêts), l’enfance (protectrices des accouchements et des sages-femmes, des nourrices, des enfants et des jeunes filles jusqu’au mariage), et le voyage (routes et certains ports), ainsi que la Lune (qu’elle partage avec Séléné et Hécate). Déjà, en ce qui concerne la nature sauvage, on voit assez vite qu’il s’agit, plus précisément, des rapports que l’homme entretient avec elle: Artémis est en fait la patronne des zones frontières entre le monde sauvage et le monde civilisé. Or, justement, l’une de ces zones les plus évidentes, dans un sens figuré, est l’enfance, durant laquelle le petit d’homme doit dompter ses instincts animaux à mesure qu’ils croissent. C’est ainsi qu’il apprend l’empathie et les règles de la vie sociale, qui lui permettent de canaliser ses forces animales de façon constructive.

Cependant, pour l’enfant ou préadolescent, affronter ces instincts puissants, tant chez lui que chez les autres (naissance du désir et de la compétition), n’est pas évident. Cela nécessite de les affronter, courageusement, et de les dompter ou les contenir. Et justement, c’est exactement ce que fait Artémis avec les animaux, chassant certains et en apprivoisant d’autres. La forêt et les bêtes sauvages peuvent tout à fait représenter, respectivement, l’inconscient et les instincts. Le domaine d’Artémis, la lisière de la forêt, est la zone de l’esprit où les pulsions apparaissent à la conscience, qui peut alors effectuer un travail d’apprentissage et de discrimination. Tout ceci correspond à la maturation des jeunes humains, à quoi s’ajoute évidemment une protection plus terre à terre, en tant qu’individus fragiles et encore incapables de subvenir à leurs besoins. D’ailleurs, le nom Artémis provient de la racine art-/arct- signifiant « ours », que l’on retrouve dans le prénom Arthur et le mot « Arctique ». Ces animaux sont connus pour être très protecteurs envers leurs petits, un trait de caractère que leur force rend évidemment redoutable.

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Enfin, le troisième thème d’Artémis est celui du voyage, ou plus exactement du départ, c’est à dire de l’enfant quittant sa famille (sa patrie) pour tenter sa chance ailleurs. C’est l’aboutissement du travail d’éducation qui a précédé, qui se traduisait d’ailleurs, entre autres, par certains rites de remerciements qui pouvaient lui être rendus lors du mariage d’une jeune fille. Dans le cas contraire, ont s’imaginait qu’elle risquait de continuer à protéger jalousement la fiancée, nuisant à son futur couple. Notre déesse est donc bien une déesse de l’éducation, plus que de la nature, protégeant et guidant les enfants de la naissance jusqu’à leur « départ » pour la vie adulte, veillant sur leur maturité physique, mais aussi psycho-affective. Il s’agit donc bien d’une divinité éminemment civilisatrice, dont on comprend mieux la présence dans l’Olympe, parmi les principaux dieux de la – très urbaine – civilisation grecque.

On comprend également bien sa gémellité avec Apollon en voyant bien que celui-ci, bien qu’étant un dieu solaire, n’est pas un dieu « du soleil » (rôle tenu par Hélios), mais des arts, de l’esthétique, et aussi de la conscience, en tant qu’il présidait aux oracles de la Pythie à Delphes (dont le temple d’Apollon portait la fameuse maxime, « Connais-toi toi-même »). Il est donc, en fin de compte, une divinité du jugement de goût au sens kantien, développant et élevant l’individualité par la construction d’une esthétique, c’est à dire une discrimination et une hiérarchisation consciente, intellectualisée, des perceptions et de l’appréciation que l’on peut en avoir. C’est à dire le versant diurne de la prise en main des pulsions à laquelle préside sa soeur, et qui, instinctive et principalement inconsciente, donc obscure et effrayante pour les Grecs, ne pouvait guère être que nocturne, d’où le fait qu’Artémis soit une divinité lunaire. On peut également dire qu’elle est comme son frère, une divinité de jugement, grâce à l’un de leurs attributs communs: l’arc aux flèches capables de donner la mort instantanément. C’est à dire, bien sûr, encore plus qu’une flèche normale.

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Afin d’illustrer cette symbolique de nos jumeaux divins, on peut lire deux mythes qui leur sont attribués, juste après leur naissance. Tout d’abord, ils tuent le serpent monstrueux Python (prédécesseur, justement, de la Pythie aux oracles de Delphes), qui voulait les détruire. Bien que dans cette histoire, Apollon soit parfois représenté seul, l’absence de sa soeur chasseresse semblerait assez absurde. En tous cas, le serpent chthonien, aux relents sataniques avant l’heure, semble bien cadrer avec une représentation de l’instinct, et de son influence sur le jugement et les action des hommes (l’oracle de Delphes était une institution majeure de la Grèce antique). Enfin, après cet exploit, nos jumeaux tuent également les rejetons de Niobé, une femme qui s’était vanté d’avoir plus d’enfants que leur propre mère, Léto. Ici, on a une dénonciation de l’hubris, classique dans la mythologie grecque: les hommes ne doivent pas surpasser les dieux; c’est à dire, en termes psychologiques, que l’homme ne doit pas mettre toute sa confiance dans son égo limité, et savoir écouter les messages de son inconscient. Plus précisément, les enfants de Niobé sont douze, six de chaque sexe; Apollon tue les garçons, tandis qu’Artémis tue les filles. Le nombre, ainsi que l’égalité des deux sexes, semble être une référence au zodiaque, donc aux forces cosmiques dormant au fond de l’inconscient et qui, pour les Anciens, traçaient la destinée de l’homme. Les enfants de Niobé, créations humaines, sont la volonté orgueilleuse de vouloir choisir arbitrairement sa vie, en créant les forces que nous n’avons pas, au lieu d’écouter celles que nous avons. Le rôle des divinités jumelles du jugement de goût, diurne et nocturne, est de nous aider à découvrir à apprivoiser ces forces qui, de par leur origine céleste, sont bien plus puissantes que tout ce que nous pourrions créer d’autre. Cela passe nécessairement par la destruction de celles que nous avons pu nous inventer, sous l’influence de notre entourage et de nos propres caprices. C’est ainsi que peut commencer le processus d’individuation, la construction progressive de ce que nous sommes depuis toujours.

 

Bon, finalement, j’ai été un peu sérieux quand même. Tant pis.

« … et délivre-nous du Mal »

Baphomet[1]

Dans sa version, hermétique, de la Kabbale, le célèbre mage Aleister Crowley définit non pas un, mais deux adversaires de Dieu: Satan et Moloch (prononcez Molok). Pas besoin de présenter le premier, l’ange déchu banni en Enfer pour s’être rebellé contre le Père; son nom est souvent traduit par « adversaire » (justement), mais signifie précisément « accusateur », ou, plus juridiquement, « procureur ». Le deuxième est un des dieux cananéens que les Juifs se mettent parfois à adorer dans l’Ancien Testament, déclenchant généralement le courroux de Yahvé. Cette dualité sert à faire ressortir l’unicité de Dieu, mais chacun des deux démons représente également une forme bien particulière du Mal. Et paradoxalement, il me semble que la symbolique de Moloch est bien plus répandue et comprise que celle de Satan.

En effet, Moloch incarne l’idolâtrie, le paganisme dont le peuple élu était censé se détourner, c’est à dire le culte de la force, donc de la loi du plus fort, qui prévalait encore largement à l’Âge de Fer. Il est la nature déchue, le principe de prédation, producteur des monstres les plus cauchemardesques (virus, araignées, chats) du monde animal. A la fois égoïste et efficace, l’adorateur de Moloch est un conquérant et un jouisseur cynique; soldat hier, politicien ou homme d’affaires aujourd’hui. Mais surtout, dans notre monde moderne, il a joué un rôle important dans développement de la technique, entre appât du gain et course aux armements. Les résultats sont connus: aliénation des opérateurs (cadences infernales, extrême division des tâches), violences sociales, culte illusoire du winner (et son corollaire, le développement personnel bidon), contamination de la vie privée (pression de la performance sexuelle, de la réussite du couple, des enfants…). A une échelle plus personnelle (mais non moins effrayante), il est le principe de fonctionnement du psychopathe, prédateur humain assouvissant ses désirs aux dépends des autres (vol, escroquerie, agression sexuelle) sans le moindre remords: « je veux, je prends ». Bref, quand on parle du Diable, c’est en général l’oeuvre de Moloch qui vient en fait à l’esprit.

L’influence de Satan, par contre, nous est plus mal connue, et c’est là un de ses tours principaux: Père des mensonges, il nous fait croire ce qu’il n’a pas pu réaliser, à savoir qu’il est Dieu. De plus, il voue une envie agressive à Dieu, son oeuvre et donc ses gardiens, les hommes. C’est cette frustration qu’il cherche inlassablement à calmer en en détruisant la source, c’est à dire la vie. A partir de ces deux aspects, il agit non pas seulement comme une entité anthropomorphe, chuchotant des tentations à l’oreille des hommes, mais aussi, à la manière de Dieu, comme un principe créateur, prototype de divers comportements, privés et sociaux, à commencer par la haine de ce que nous ne pouvons pas avoir. Il est derrière la mère frustrée qui inculque la peur des hommes à sa fille. L’industriel installé écrasant un petit concurrent novateur. Le militant gauchiste (ou écologiste) qui fustige les riches pour oublier la culpabilité envers sa propre soif de pouvoir. Pour chaque frustration, quelqu’un doit payer. Et si celle-ci est trop ancrée, trop chevillée au corps, elle finit par étouffer l’âme pour devenir la structure de la personnalité. On a alors le sociopathe pervers, si incapable de tendresse et de douceur qu’il en arrive au sadisme, puis au viol et au meurtre, non pas pour assouvir un besoin physique mais par haine de la féminité, voire de l’enfance. Ou encore l’hystérique prisonnière de son érotisme infantile, qui séduit puis détruit par haine de la sexualité adulte; sans parler de sa cousine, la féministe castratrice.

Satan est donc l’incarnation, non pas de la puissance, mais de la perversité humaine, celle qui, au fond dérange bien plus que l’ambition d’un Moloch. Celui-ci n’est en fin de compte qu’une caricature de comportement animal, tandis que le mal satanique est volontaire, pleinement conscient, et désintéressé. Il torture l’humanité à petit feu pour soulager sa propre douleur, comme un serial killer à l’échelle cosmique, tout en excitant la légitime colère de ses victimes non pas vers lui, mais vers ses agents, divisant l’humanité pour mieux régner. Et on voit nettement son influence sur la politique française (comparé aux tendances traditionnellement molochiennes des hommes politiques) par la volonté d’impuissance qui anime nos dirigeants: démantèlement progressif de l’armée, déni de l’insécurité dans les cités, abandon du pouvoir de décision des gouvernants et, surtout, du peuple (Europe, principe de « bonne gouvernance », pacte républicain imaginaire etc), division de la société en lobbys alors qu’il n’est pas censé y avoir d’intermédiaires entre le citoyen et l’État (principe au nom duquel les corporations de l’Ancien Régime furent dissoutes). La palme de la castration revient cependant incontestablement à l’écologie: remplacement de l’idée de progrès par celle de décroissance, sortie du nucléaire (technique à zéro émissions de carbone, sans rivale sur le plan de la puissance électrique délivrée) au prix de la perte de nombreux emplois et d’un expertise française reconnue au niveau mondial, refus de seulement considérer l’exploitation du gaz de schiste malgré les retombées en terme de richesse et d’emploi… Le tout d’autant plus injuste et révoltant que l’affaiblissement de la nation qui résultera de tout cela, humiliant et appauvrissant pour les citoyens, frappera avant tout les plus modestes. A votre avis, qui, du smicard obligé de prendre sa voiture pour aller travailler dans une ZA éloignée des transports, ou de l’industriel se fournissant en Bulgarie plutôt qu’en Corrèze pour économiser trois sous, est le plus responsable de la pollution routière? Et pourtant, lequel des deux souffre le plus de l’augmentation du prix de l’essence?

Face à tout cela, que faire? Déjà, ne pas céder à la tentation de la colère, justement, juger les actes et non les personnes, car « celui qui ne rassemble pas avec moi disperse »(Luc 11:23). Ce qui, évidemment, est plus facile à dire qu’à faire, vu l’ambiance de la vie publique en France. Heureusement, il nous restera toujours l’humour, châtiment éternel des zombis immoraux. C’est d’ailleurs pourquoi le premier souci des imbéciles est de le neutraliser, en essayant de rendre leurs thèmes de prédilections tabous. Car s’il est possible, à force de monopôle de la pensée ou des moyens de communication, de justifier une idéologie bancale (l’écologie contemporaine, la discrimination positive « on est tous égaux mais seulement quand ça nous arrange ») et ses hiérophantes, il est impossible d’être à jamais immunisé au ridicule.

Puissance et féminin

Nous savons tous que l’objectif du féminisme est, globalement, de lutter contre les biais de notre société envers le masculin, qui nuirait au respect et à l’épanouissement des femmes. Le sujet étant sensible (sans parler de la diversité des points de vue, y compris entre femmes se considérant féministes) et dégénérant souvent, je n’en parlerai pas, d’autant que je manque largement de connaissances sur le sujet. J’aimerais par contre développer un sujet rarement abordé, car plus métaphysique: le biais que notre société semble avoir envers la vision masculine de la puissance (potestas); non pas seulement le pouvoir politique ou économique, mais la capacité à imposer notre volonté au monde.

Comme j’en ai discuté ici il y a quelques jours, l’arbre des Séphiroth est un moyen intéressant de visualiser les spécificités du masculin et du féminin, d’autant qu’il existe des liens traditionnels avec l’astrologie. En effet, les planètes les plus associées au masculin, le Soleil (centre) et Mars (action dans le monde) correspondent aux séphires Tiphereth (beauté) et Geburah (rigueur), tandis que les planètes du féminin sont la Lune (rêve et famille) et Vénus (émotions), représentées par Yesod (fondation) et Netzasch (triomphe). De plus, pour les astrologues, la Lune et Vénus représentent pour l’homme les idéaux de la mère et de la maîtresse, tandis que le Soleil et Mars sont le père et l’amant rêvés de la femme (l’époux/se devant se débrouiller pour concilier les deux, avec l’aide de l’astéroïde Junon, dédié spécifiquement au mariage). Revoyons la figure (on ne s’en lasse pas, elle est superbe) pour bien situer tout ça, et l’on remarque que les deux binômes Soleil-Mars et Lune-Vénus sont plus ou moins symétriques, mais situés à des hauteurs différentes dans l’arbre. Qui plus est, les séphiroth (ou sphères) masculines sont directement en contact avec le monde divin (Kether-Hokmah-Binah) mais pas avec le monde matériel (Malkuth), tandis que l’inverse est vrai pour les sphères féminines.

On voit donc apparaître deux visions différente du rapport entre soi et le monde. Le féminin, lunaire-vénusien, agit à la charnière entre le matériel et l’idéal: il est pragmatique, plutôt tourné vers la tactique, l’environnement immédiat, ce qui est faisable ici et maintenant, aussi vers la sensibilité (à la fois les sentiments et le sensations physiques) donc l’esthétique et le corps. Le masculin, solaire-marsien (oui, avec un ‘s’ en astrologie), agit en amont, canalisant le divin vers l’intellectuel: il est théorique, cherchant à dégager des principes généraux, donc orienté vers l’universel, la société, l’abstraction, la stratégie. De plus, les sphères pilotant les relations avec le genre opposé montrent la recherche d’une complémentarité: le féminin recherche dans le masculin un binôme soleil-mars lui fournissant un cadre, tandis que le masculin a besoin d’appliquer concrètement ses idées. C’est ainsi que le mariage est une institution, et même un sacrement pour les catholiques, c’est à dire un moyen de se rapprocher de Dieu: le couple masculin-féminin crée une chaîne complète entre le monde divin et le monde matériel, relie le quotidien et le mystique, et donne la possibilité de créer. D’où aussi le mot de Céline comme quoi, l’amour, c’est l’infini à la portée des caniches; ce qui est heureux, car il y a plus de caniches que de saints sur Terre, et l’infini ne demande rien de mieux que d’être à la portée de tous.

J’en entends déjà râler, comme quoi finalement je n’invente rien: les hommes au bureau, les femmes aux fourneaux. Aux hommes les missions valorisées, la science, la politique, le management, aux femmes les corvées. Sauf que non, justement. Déjà, homme et femme sont tous deux faits de masculin et de féminin. Outre le célèbre symbole du yin/yang, on peut remarquer, d’un point de vue occidental, que le Taureau, symbole de force et de fertilité virile (pour des raisons évidentes) est le signe astrologique féminin où la lune et Vénus sont en dignité, et Mars en débilité, alors qu’elle est en dignité dans le signe d’Eau (donc féminin aussi) du Scorpion. Les exemples concrets ne manquent pas: ce que j’appelle puissance féminine est ce qu’utilisent prioritairement les artisans de tous sexes et de toutes fonctions, mais aussi les sportifs. Les sens affûtés, la sensation de son propre corps (donc la proprioception et la kinesthésie), la concentration, sont fondamentales pour les chirurgiens, les garagistes qui règlent une voiture « à l’oreille », les maçons évaluant la solidité d’un mur, les cuisiniers bien sûr (les grands chefs sont encore majoritairement des hommes), mais aussi pour les policiers qui enquêtent, les soldats en opération, ainsi que les artistes martiaux. Symétriquement, les rôles nourriciers, éducatifs ou protecteurs (professeur, assistant social, médecin et, bien sûr, parent) nécessitent parfois fermeté, initiative, courage, sens de la justice, et poussent régulièrement à l’engagement politique quand ils amènent à constater des injustices ou des problèmes flagrants et récurrents.

Évidemment, quand je parle de ces métiers, je veux bien sûr parler de gens motivés et compétents. Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant.

Et donc, le problème que je voulais évoquer est celui du biais de notre société qui accorde bien plus de reconnaissance à la puissance masculine qu’à la puissance féminine. Pris dans cette acceptation générale, on ne peut qu’en constater l’omniprésence. Le fonctionnement de l’industrie, la législation, se complexifient de plus en plus, officiellement pour mieux rendre compte de la complexité du monde, en fait parce que les métiers théoriques sont mieux rémunérés, plus confortables. Ils attirent bien davantage les carriéristes, qui en retour poussent des principes abstraits et des normes absconses pour mieux se faire mousser. D’un autre côté, les forces de production et de vente ne sont des coûts à faire baisser, et se retrouvent souvent les premières victimes des gestionnaires. De même, nos gouvernants semblent davantage s’inquiéter de principes républicains ou écologiques arbitraires que du bien-être des citoyens. Au niveau des études, les métiers manuels sont largement considérés comme des voies de garages pour débiles. Les élèves avec le moindre grain d’intelligence sont poussés à faire des études longues pour « ne pas gâcher leur potentiel », et se retrouvent avec un master (vu que le moindre âne bâté peut désormais en avoir un), mal payés (loi de l’offre et de la demande)  pour faire un métier qui ne leur plaît pas forcément.

Dans ces conditions, chers féministes (oui, le masculin est le genre neutre en français, désolé), je vous demande de réfléchir avec moi. La politique n’est désormais guère plus qu’une guerre des gangs pacifiée entre maquereaux de droite et racketteurs de gauche. Les entreprises tombent de plus en plus sous les coupes maladroites des comptables. La recherche scientifique est avant tout une sinécure pour autistes et grands anxieux. Donc, franchement: est-il si urgent de voir les femmes participer davantage à ce marasme? En tous cas, je pense que nous aurions tous, hommes comme femmes, à bénéficier de remettre les pendules à l’heure au niveau de la hiérarchisation du masculin et du féminin, et non pas seulement des hommes et femmes. Le fait que le masculin soit situé plus haut sur l’arbre des Séphiroth que le féminin, donc plus proche de Dieu, pourrait sembler justifier ce biais de reconnaissance, et peut-être y a-t-il contribué historiquement. Mais n’oublions pas que, dans la Bible, Dieu est au service de l’homme, comme le montre le Christ en lavant les pieds de ses disciples; comme le Père qu’il est, en somme. De même, la théorie et le masculin sont avant tout au service des applications pratiques: l’ingénieur aide l’ouvrier, le responsable RH aide les équipes de terrain, les recherches du médecins l’aident à soigner. On reconnait l’arbre à ses fruits, les idées à leur résultats concrets, et je pense que mettre ce principe en avant pourrait nous permettre de retrouver davantage de cohésion sociale, entre classes et entre sexes.