Nouvelle évangélisation mon cul

Bien que baptisé à ma naissance et né de parents mariés à l’église, je n’ai pas eu d’éducation religieuse, pas au delà de la simple culture générale. Je suis arrivé à la foi catholique seul, aidé par quelques témoignages, mais principalement par réflexion personnelle. Enfin, quand je dis « arrivé », le terme de « trainé par les pieds » semble plus approprié, tant l’effort philosophique m’a semblé imposé, invinciblement, par une source extérieure. Malgré la crise de l’Église, il semble bien que l’Esprit Saint, Lui, fasse toujours son boulot. Et heureusement, parce que s’il fallait compter sur les chrétiens… Tenez, par exemple, me renseignant sur l’Opus Dei, je suis tombé sur ce magnifique article, que je vous laisse savourez un moment.

C’est bon, vous avez bien rigolé? Bon alors, chers messieurs dames de l’Opus Dei, je vais vous expliquer deux-trois choses. Ce brave Clément est ce qu’on appelle, chez les païens, un gros blaireau. Tous les amis qu’on lui voit dans la vidéo lui ressemblent comme deux gouttes d’eau: même brushing étudié en soufflerie, même quartier, mêmes études probablement, et, surtout, le même putain de polo moisi (seule la couleur des rayures change) que, soit dit en passant, personne en France ne porte en dehors du triangle 16e arrondissement – Neuilly – Versailles. Comment voulez vous être crédibles en vous opposant au clonage, après ça? Ses amis sont contents qu’il « mette l’ambiance »? Ben oui, j’imagine, vu qu’ils ont l’air aussi coincés que lui, et puis si tout le monde s’arrête bien sagement à 22h30 parce qu’il y a école le lendemain, je doute que ça pose un gros problème de toute façon.

Ah oui, certes, ce n’est guère charitable de se moquer ainsi, mais après tout, on est brebis envoyée au milieu des loups ou pas. Réfléchissez-y bien, parce qu’il y a quand même une des clés de la crise de l’Église. Quel est le but réel de cette vidéo? Je ne sais pas quelle était l’intention, mais l’effet est clair: renforcer les chrétiens dans leur foi, mais certainement pas appeler à la conversion, ou alors uniquement de gens qui sont allés au catéchisme mais ont mis leur foi de côté par la suite. Alors du coup, je vous le demande en votre putain d’âme et bordel de conscience: l’injonction christique d’abandonner les quatre vingt dix-neuf brebis pour aller chercher la brebis égarée, vous en avez fait quoi? Le retour du fils prodigue tout ça, ça ne vous dit rien? Et vous pensez que c’est ça, la « Nouvelle évangélisation »? Piétiner la mémoire de milliers de missionnaires en étant trop autistes pour savoir communiquer avec vos propres compatriotes?

A l’heure actuelle, où Uranus et Pluton sont en carré, Benoit XVI est revenu sur le Concile Vatican II. C’était avant de quitter son pontificat, les aspects de ces planètes durent quelques années. Il a déclaré que le « concile des médias », c’est à dire le vernis de communication, commençait à disparaitre pour révéler le vrai Concile théologique. Celui-ci, rappellons-le,  eut lieu lors d’une conjonction de ces mêmes planètes en Vierge. Or, donc, je vous le dis, écoutez ma prophétie: les planètes de la destruction et de la régénération, dans le signe de la culture et de la civilisation, auront pour effet de blesser mortellement la culture catholique, mais pas au sens où l’entendent beaucoup de critiques réactionnaires. Ce qui va mourir, c’est l’ethnocentrisme catho, tous ceux (et surtout celles, les petites mémés grenouilles de bénitier) qui ne sont dans la religion que parce que leurs pères et leurs pères avant eux y étaient, sans y mettre réellement un seul grain de foi. Ces mauvais ouvriers de la vigne qui vont prier puis persifflent, critiquent et harpagonnent joyeusement le reste du temps, critiquent les moeurs des autres en ignorant le pardon, et se complaisent dans leur petit milieu hermétique au monde réel, tous vont disparaître, car leurs coeurs secs ne sauront pas suivre l’Esprit Saint pour refonder l’Église sur la foi et l’expérience du divin. C’est aussi pour eux que le « concile des médias » a été fait, eux qui monopolisent encore la parole chrétienne. Ne comprenant pas que l’histoire les a déjà condamnés, ils se débattent en accélérant leur production de bondieuseries pleines de guimauves, achevant de se rendre ridicules aux yeux du public. Mais le Seigneur, lui, saura nommer de nouveaux ouvriers pour remplacer les anciens, pour qui il n’y aura que ténèbres, pleurs, grincements de dents et, pour tout dire, coups de pieds au cul. Le feu n’est pas mort, et l’avenir nous réserve bien des surprises.

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Perfection et ambition

Tiens, je me rends compte, en relisant l’article précédent, que j’ai commis quelques fautes de frappe. Mais bon, je ne vais pas les corriger, du moins pas tout de suite. Pas que j’aie la flemme ou que je manque de temps, c’est un choix conscient, par discipline personnelle. Il faut dire que, pour commencer ce blog, j’ai du lutter contre une nette tendance au perfectionnisme, ou plutôt à l’ambitionnisme. Si, comme mon correcteur orthographique, vous ne connaissez pas ce mot, c’est normal. Je viens de l’inventer, faute d’en trouver un adéquat dans mes réserves, pourtant extensives, de vocabulaire.

Le perfectionnisme! Malgré l’utilité de ce concept, par exemple pour donner une réponse pas trop pénible au recruteur qui vous demande votre plus gros défaut, on voit tout de suite les problèmes qu’il peut poser. Ne pas vouloir autre chose que la perfection, qui n’est pas de ce monde, c’est encore la meilleure façon de ne rien accomplir, dans ce monde mais aussi dans le prochain, comme l’illustre sans ambiguïté la parabole des talents. Cependant, le perfectionniste, si je comprends bien, semble être avant tout obsédé par le contrôle. Le résultat concret de ses actions, ou plus précisément, leur portée, lui est plus ou moins indifférent, du moment que tout est fait parfaitement. Ce qui, pour être franc, ne me ressemble pas vraiment, et mes anciens professeurs pourront vous le confirmer sans peine. Mais alors, que suis-je? Eh bien, ambitionniste: pour moi, l’ambition, le résultat concret des actions, est ce qui compte le plus. J’ai la phobie de me lancer dans une action qui ne me semble pas pouvoir réussir spectaculairement. Pour prendre un exemple concret: en choisissant un sport, le perfectionniste va choisir quelque chose qui lui plait, puis s’acharner dans la compétition et l’entrainement pour devenir un champion; alors que moi, je serais plutôt du genre à choisir exprès un sport dans lequel il me semble être doué, pour être sûr de gagner!

En astrologie, il y a une assez bonne façon de représenter ça, grâce à deux signes spécialistes du travail: la Vierge et le Capricorne. La Vierge est le signe du contrôle et du détail; amplifiez jusqu’à la caricature, et vous avez le perfectionnisme. Le Capricorne est le signe de l’ambition, et donc évidemment, il mène à l’ambitionnisme: au rejet des entreprises futiles, jusqu’à l’austérité. Le penchant pour l’optimisation et le cyni… la lucidité qui en découle peut aiguiser le sens stratégique. Après tout, le Capricorne est le signe d’exaltation de Mars! Mais bon, l’ambition est un objectif à long terme, pas toujours facile à supporter quand on voit les autres s’amuser. Même le perfectionniste, qui passe peut être son temps à couper les cheveux en quatre, mais au moins en retire un certain plaisir.

Bref, tout ça pour dire que je préfère me lâcher un minimum sur ce blog, de peur qu’il commence à demander trop de temps et de contrôle pour mes tendances optimisatrices. Mais évidemment, je ne m’interdis pas de venir corriger mes fautes plus tard; il ne faudrait pas que je me mette à optimiser mon relâchement!

Puer aeternus

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Hier soir, je me suis remis à parcourir le blog officiel de Jodorowsky. Au milieu de choses mignonnes mais parfois un peu superficielles à mon goût, on trouve parfois des idées intéressantes. Par exemple, j’étais parti pour me renseigner sur sa théorie de la psychogénéalogie, et, outre les infos que je cherchais, j’ai aussi trouvé du grain à moudre sur un concept qui me taraude depuis pas mal de temps: l’Enfant Divin, parfois aussi appelé enfant intérieur (notamment par les psychothérapeutes qui l’utilisent)

J’en avais surtout entendu parler dans le cadre de la psychologie de Carl Gustav Jung, aussi appelée psychologie des profondeurs. L’Enfant Divin y est un archétype, c’est à dire une fonction de la psyché douée d’autonomie, similaire aux complexes freudiens (dont Jung est co-inventeur). On en compte plusieurs, dont le Moi; or, celui-ci est le siège de la conscience. Il peut donc être tout à fait ignorant des autres archétypes, qui se comportent alors comme des personnalités cohabitant, plus ou moins pacifiquement, avec nous, c’est à dire notre Moi. L’Enfant Divin est considéré par Jung comme lié à l’archétype du Soi, l’idéal du Moi, dont le rôle est de guider la personnalité vers la réalisation totale de son potentiel; mais aussi à l’archétype du Fripon, le tricheur sacré, chargé de nous faire sortir de notre zone de confort. Il désire jouer et profiter de la vie, et on le voit surtout apparaître quand il se sent maltraité, c’est à dire quand nous sommes trop sérieux à son goût. On peut alors soit  le consoler par la distraction, le jeu, les plaisirs de la vie (c’est ce qui me semble être la voie suivie par les thérapies centrée sur l’enfant intérieur), soit suivre pleinement ses conseils. Il agit alors en germe du Soi, poussant le Moi dans la direction de la réalisation; un peu comme dans les comédies feel good américaines qui encouragent à « croire à ses rêves » en bon stakhanoviste du développement personnel, mais avec un résultat plus mature.

Car, évidemment, les caprices de l’Enfant Divin ne sont pas forcément adaptés à nos moyens et aspirations adultes, ainsi qu’aux desiderata des autres archétypes. Ce n’est qu’une graine, chargée de donner une première impulsion vers le véritable objectif, le Soi. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean 12:24).

Cependant, tout ça ne me semblait pas bien coller. Ce rôle, aussi vital qu’il paraisse, ne semble guère plus qu’un mélange entre le Soi et le Fripon, qui pourrait, qui sait, remplacer l’un ou l’autre au gré des cas cliniques. Et de plus, le fait qu’une structure de la personnalité, présente à l’âge adulte, soit destinée à disparaître et à se taire, me choquait. Qui plus est, je me posais des question sur la signification de la Lune en astrologie; souvent considérée comme féminine, il me semblait que l’archétype androgyne de l’Enfant Divin lui convenait mieux. En effet, le Soi, archétype androgyne, est associé au Soleil (lui-même généralement associé au masculin), et, dans la Kabbale, les deux luminaires sont sur le pilier central, androgyne, de l’arbre des Sephiroth (Soleil-Tiphereth, Lune-Yesod). Mais associer une planète à un archétype flou et à durée de vie limité serait peu pertinent.

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J’en étais donc là de mes questionnements quand je parcourrais le blog de Jodo, qui m’a présenté une idée nouvelle: que c’est l’enfnt divin qui est responsable des maladies. Oui, toutes. C’est à dire que, pour lui, toutes les maladies sont avant tout des symptômes de maladies psychologiques, des somatisations en somme. Et de même, certains accidents seraient des actes manqués, voire des tentatives de suicide déguisées. Si je ne suis pas convaincu que l’on puisse généraliser à ce point, les troubles somatoformes et les actes manqués existent certainement, et le concept de bénéfice des maladies psychiques est bien connu. Tout cela ressemblerait bien à un enfant cherchant à se faire dorloter. Mais j’en retiens surtout le concept de l’Enfant Divin comme archétype psychique contrôlant les énergies du corps. Ce qui est, bien probablement, son rôle désigné: l’archétype interface entre corps et esprit, naïf, spontané et exigeant comme le corps, mais capable d’un minimum de verbalisation.

En effet, l’Enfant Divin a déjà une longue histoire.  Ovide a inventé la locution puer aeternus pour désigner, à la base, Bacchus/ DIonysos; puis elle fut étendue à d’autres dieux de jeunesse éternelle et, surtout, de mort et résurrection: Attis, Osiris, ou encore Adonis. Or, le concept de mort et résurrection a été souvent attribué au Soleil, donc aux dieux solaires, mais aussi au Soi. D’une part, le dieu des morts Osiris ainsi que Dionysos, opposé par Nietzsche au très solaire Apollon, ne me semblent pas pouvoir facilement représenter l’astre du jour. D’autre part, comme on l’a vu, l’Enfant Divin est un potentiel du Soi, mais pas le Soi lui-même. Et c’est là qu’intervient un autre aspect de ces pueri aeterni: contrairement aux dieux solaires (volontiers rois, guerriers ou intellectuels), ce sont tous des divinités chtoniennes, liées à la fertilité ou au monde des morts, comme l’est souvent la Lune elle-même. Qui plus est, la Lune est exaltée en Tareau, signe par excellence de la fertilité. Enfin, sur l’Arbre des Séphiroth, Yesod-Lune est au contact avec Malkut-Terre, le monde physique, alors que Tipheret-Soleil ne l’est pas.

Il semblerait donc bien qu’il y ait au moins deux sortes de divinités de mort et résurrection, les solaires et les lunaires, toutes deux représentatives du Soi, toutes deux associées à des luminaires célestes, toutes deux sur le pilier central de l’arbre de vie, renforçant alors une unicité qu’il ne me semblait pas trop avoir, du moins dans la tradition hermétique. Reste à savoir ce qu’il en est pour l’idéal humain par excellence: Jésus-Christ.

Eh bien, tout simplement, il est les deux à la fois. Adulte, prêcheur et imprécateur, et sur la Croix, il est une divinité solaire, comme cela a souvent été remarqué (y compris par Jung). Mais on remarque qu’il est aussi très souvent représenté sous forme d’enfant; sous cette forme, Enfant Roi, et sous la forme de l’Agneau sacrificiel (comme l’est le Taureau astrologique), il est puer aeternus, force de vie et de fertilité éternelle.

Enfant, agneau, qui sera sacrifié le premier? Vote par SMS au 33666!

Adoration des Bergers, Lorenzo Lotto

Ouverture

A force de parcourir la blogosphère, m’accrochant aux (parfois rares) publications des (encore plus rares)  blogs qui éveillaient mon intérêt, j’ai fini par me rendre compte que deux choses me manquaient. D’une part je ne participais pas, et mes propres idées restaient lettre morte. D’autre part, la plupart des blogueurs que j’apprécie sont lucides et intelligents et donc, presque fatalement, pessimistes et désespérants.

Du coup, réussissant le tour de force d’être à la fois cynique et naïf, j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups en ouvrant ce blog.  Mon intention est de créer un espace de détente. Je laisse d’autres auteurs, plus guerriers que moi, aller au front contre le monde moderne, si ça leur chante. Quant à moi, j’écrirais pour ceux, qui, à commencer par moi, ont besoin d’espoir, tout en tâchant d’éviter (comme le titre de cet article l’indique, là encore) la facilité et le cucul new age.

Ça ne s’annonce pas facile, mais après tout, si l’espérance ne demandait pas d’effort, elle ne serait pas une vertu.